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LINO, l'artiste de la vie au Centre de design de l'UQAM

Aujourd'hui, à l'âge de 44 ans, LINO peint... (Photo Michel Brunelle, collaboration spéciale)

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Aujourd'hui, à l'âge de 44 ans, LINO peint avec bonheur et une sage mesure.

Photo Michel Brunelle, collaboration spéciale

Illustrateur, affichiste, peintre, scénographe et auteur, LINO est un artiste de la vie qui en traduit les ombres et les lumières. Célèbre pour ses affiches du Théâtre de Quat'sous, de l'Opéra de Montréal, du Théâtre PàP et du Festival d'Avignon, il présente au Centre de design de l'UQAM jusqu'au 30 octobre une rétrospective de ses oeuvres. La Presse l'a parcourue en sa compagnie.

LINO. Quatre lettres écrites verticalement sur le bord de ses affiches. Les lettres du nom d'un artiste montréalais qui aime fureter dans des espaces inconnus pour bâtir son oeuvre au gré de rencontres nourrissantes.

Pour bien saisir son chemin artistique en visitant l'exposition qui lui est consacrée au Centre de design de l'UQAM, il faut lire LINO, un livre sur sa vie et son oeuvre qui vient d'être publié chez Alto avec la collaboration de Marc H. Choko, commissaire de cette rétrospective et professeur à l'École de design de l'UQAM.

«Dans ce livre, je ne voulais pas tant parler des oeuvres que du désir de création, de ce qui m'a motivé», explique LINO. Le livre évoque en effet son travail et contient des réflexions de ceux qui ont joué un grand rôle dans sa démarche, notamment le philosophe Pierre Bertrand, le dramaturge Wajdi Mouawad  ou l'homme de théâtre Claude Poissant.

Devenu dessinateur dans sa prime jeunesse, LINO (de son vrai nom Alain Lebrun) a vite une attirance pour l'image. Sa carrière d'illustrateur prend son envol après sa formation en design graphique et sa rencontre en 1999 avec le designer Mario Mercier qui lui présente Mouawad, lequel va lui ouvrir les portes de l'univers des mots.

«Les mots sont arrivés quand j'ai rencontré Wajdi parce que lui me parlait de ses auteurs, dit-il. J'ai vu alors le modèle d'un artiste engagé, une inspiration pour moi car il luttait pour quelque chose et il n'y avait pas de concessions.»

Cette rencontre a permis à cet épris de justice d'intégrer un espace dans lequel il pouvait assouvir son envie de dire. L'exposition présente ainsi les premières illustrations qu'il a créées pour des quotidiens comme La Presse ou encore le Globe and Mail où son Saddam Hussein devenu loup a fait fureur en 2002. «J'avais envie d'éveiller les gens à leur humanité, dit-il. C'est ça qui me tentait le plus en dessinant, de dire aux gens que si tout change, on est des êtes humains vulnérables. On a des défaillances. Il ne faut pas l'oublier.»

Depuis le début de sa carrière, c'est très souvent son indignation vis-à-vis d'injustices qui ont déclenché la fulgurance de ses oeuvres, comme on le voit dans sa série d'affiches pour Amnistie internationale. Si les laissés-pour-compte l'ont toujours intéressé, il a travaillé aussi pour des institutions. L'Opéra de Montréal en 2006. Le Festival d'Avignon en 2009. Et bien sûr pour la pièce Incendies, de Mouawad, avec cette fameuse affiche où un loup sanguinaire boit le lait qui s'écoule du sein d'une femme.

«Pour moi, ce sont mes deux plus belles affiches. Le rouge, le noir, le côté universel de l'image. Une violence et une douceur en même temps. Comme ce que fait Wajdi.»

L'affiche du Festival d'Avignon, résultat d'un gros travail, décrit avec des croix rouges ressemblant à des bombardiers ou aux ailes des martinets de la Cité des papes, le chaos de la barbarie et le tourbillon de la création de l'événement théâtral français.

Après avoir découvert la philo et rencontré des libres penseurs, LINO a trouvé un nouveau sens à son travail. Il a créé trois romans graphiques où il laisse errer son âme. L'exposition montre quelques planches de ses romans dont le dernier, La saveur du vide, témoigne de sa maturité, avec un propos à la fois brutal et trivial.

L'exposition reconstitue aussi dans sa forme réelle son atelier-cocon niché dans l'usine B. «Je trouvais important qu'on entre dans l'intimité de mon travail pour voir les objets qui m'entourent. Des clés pour comprendre mon travail.»

Ombre qui se profile sur son chemin, la disparition de l'affiche peinte remplacée par des photos l'inquiète bien sûr. «Aujourd'hui, l'affiche c'est Madonna ou le dernier film de Depardieu. Du vide avec des noms et des dates. Le théâtre PàP est le seul à Montréal qui utilise encore du visuel représentant le texte des comédiens. Dans les autres théâtres, ce sont des photos. D'ici 5 ou 10 ans, il n'y aura peut-être plus que des panneaux digitaux comme à Las Vegas...»

Aujourd'hui, à l'âge de 44 ans, LINO peint avec bonheur et une sage mesure. Il enseigne, écrit et puis il réalise heureusement encore quelques oeuvres graphiques. Il a ainsi créé une affiche pour les 100 ans de la maison d'édition française Gallimard. Il travaille aussi en scénographie et conserve l'idée de créer un film sur le processus de création.

Après ses 15 ans de réalisations présentés à l'UQAM, LINO poursuit sa quête. «Il n'existe pas de sommet pour les artistes, dit-il. Un artiste au sommet est un artiste mort. Je veux poursuivre cette envie et repousser les limites.»

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Rétrospective LINO

Jusqu'au 30 octobre

Centre de design de l'UQAM

1440, rue Sanguinet, Montréal




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