Une exposition consacrée à l'artiste mexicaine Frida Kahlo s'ouvre samedi aux Palais des Beaux Arts de Bruxelles, prélude à un festival qui célébrera jusqu'en avril les 200 ans d'indépendance du pays et le centenaire de sa révolution.

Philippe SIUBERSKI AGENCE FRANCE-PRESSE

Dix-neuf toiles, une eau-forte et six dessins, issus du Museo Dolores Olmedo de Mexico, qui détient la plus grande collection privée d'oeuvres de Frida Kahlo (1907-1954), sont présentés dans un environnement sobre et contemporain, sorte de labyrinthe favorisant une rencontre intime avec une artiste dont le mythe porte parfois ombrage au travail.

Née d'un père d'origine allemande et d'une mère mexicaine d'origine indienne, Frida Kahlo est une femme «moderne, libre et libérée», souligne France De Kinder, la directrice des expositions du musée bruxellois.

Membre du Parti communiste mexicain, elle y rencontre Diego Rivera, peintre majeur de la révolution mexicaine. En 1937, le couple accueillera dans sa «Maison bleue» le révolutionnaire russe Léon Trotski, avec qui Frida entretiendra une liaison.

Mais, atteinte de la poliomyélite dès l'enfance, Frida Kahlo est victime à l'âge de 17 ans d'un dramatique accident d'autobus dont elle endurera les terribles séquelles toute sa vie.

Son oeuvre sera profondément marquée par cette douleur, accentuée par sa relation tumultueuse avec Rivera, dont elle divorcera avant de l'épouser à nouveau.

Présentées sur de grands panneaux inclinés à la manière de chevalets, surmontés pour certains de miroirs rappelant ceux qui surplombait le lit de Frida, les toiles présentées à Bruxelles couvrent les années 1927-1945, soit la quasi-totalité de la production d'une artiste souvent associée au mouvement surréaliste, bien qu'elle en rejetait l'étiquette.

Autodidacte, fortement inspirée par la nature et l'art précolombien, son principal sujet de représentation n'est autre qu'elle-même car, disait-elle, c'est ce qu'elle voyait le plus.

L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur «El Camion» («Le bus»), réalisé en 1929, où elle se dépeint en jeune bourgeoise sage et élégante.

Mais cette féminité disparaîtra au fur et à mesure que ses douleurs s'accentuent --elle subira 32 opérations et trois fausses couches-- et que sa relation avec Diego Rivera se détériore.

Au milieu des années 1940, ses portraits la représentent le visage fermé, un fort duvet au-dessus de la lèvre supérieure, les sourcils fournis. Une époque illustrée par le célébrissime «Autoportrait avec petit singe», l'un des clous d'une exposition qui voyagera ensuite à Vienne, Berlin et Paris.

«La colonne brisée» (1944), réalisée alors qu'elle était prisonnière d'un corset en acier, transpire la souffrance et la solitude, même s'il y luit encore une lueur d'espoir et une touche d'érotisme, preuve que cette femme n'a jamais réellement abdiqué.

«Frida Kahlo y su Mundo» vient en apéritif à une série d'évènements lancés simultanément le 11 février au Palais des Beaux-Arts: les expositions «Imagenes del Mexicano», ou 5.000 ans d'histoire en 150 portraits, «Mundos Mexicanos», ou le Mexique vu par 25 photographes contemporains, «El Horizonte Del Topo» (art contemporain) et «Le visage moderniste du Mexique» (architecture), ainsi que les concerts de «Mexico on stage».

Informations: «Frida Kahlo y su Mundo», jusqu'au 18 avril, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Programme complet du festival sur www.bozar.be