Le célèbre Baiser du peintre autrichien Gustav Klimt, qui fête son premier centenaire, «c'est la Joconde du XXe siècle», s'exclame Agnès Husslein-Arco, directrice du musée Belvédère de Vienne où la toile est exposée en permanence.

Mis à jour le 28 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est un très grand honneur pour moi d'avoir une oeuvre connue dans le monde entier», précise à l'AFP Mme Husslein-Arco qui est également directrice des collections du vingtième siècle exposées dans ce château construit au début du XVIIIe pour le Prince Eugène de Savoie en plein coeur de Vienne.

Un homme et une femme enlacés tendrement, drapés dans une toile luminescente, donnent tout son sens à l'expression «ils ne forment qu'un». Même si les deux personnages sont peints dans l'intimité de l'étreinte qui précède l'instant juste avant le baiser, la toile est devenu le symbole de la sensualité de l'amour et est, avec la Joconde de Léonard de Vinci, la peinture la plus souvent reproduite dans le monde.

Selon une historienne de l'Art, Alice Strobl, Gustav Klimt se serait peint lui-même dans ce tableau avec une amie rousse mais restée anonyme. Le visage de l'homme est certes caché, mais selon l'experte on reconnaît le peintre à sa nuque musclée.

Cette gigantesque oeuvre d'art de 1,80 m sur 1,80 m, que Klimt (1862-1918) a commencé à peindre en 1905 après s'être inspiré des sculptures de son ami Rodin, est considérée comme l'aphothéose de sa «période dorée». Elle a eu sa première reconnaissance artistique internationale lors de la Kunstschau de 1909 à Vienne aux côtés de toiles de Van Gogh, Henri Matisse, Edvard Munch, et Paul Gauguin.

Le «Baiser» avait eu une première présentation publique un an plus tôt également à Vienne lors d'une exposition en hommage à l'empereur.

«Gustav Klimt avait choqué le public avec une toile jugée trop érotique» pour l'époque, explique Agnès Husslein-Arco.

Au premier étage du château-musée, l'oeuvre d'art illumine la grande salle de ses feuilles d'or sur un immense fond noir et protégée par une cage en verre. «J'adore, cette toile est splendide», s'enthousiasme Kate Dodd, une touriste anglaise en visite à Vienne, «Moi ça me donne des idées» ajoute son mari, Lee, en l'embrassant.

«C'est un tableau indémodable, il traverse les époques sans prendre une ride», s'extasie Vos Ever, touriste hollandais de passage à Vienne.

«Beaucoup de pays nous demandent de leur prêter la toile pour des expositions, mais on ne peut pas, elle reste ici, elle fait partie de Vienne», note la directrice du musée. «Elle a été prêtée une seule fois en 100 ans, c'était à l'occasion d'une exposition en Suisse dans les années 70», selon elle.

L'oeuvre «d'une valeur inestimable», selon la directrice, draine aussi beaucoup de visiteurs venus du monde entier vers le musée.

«Je suis venue d'Australie ici entre autre pour pouvoir voir le fameux +The Kiss+ de Klimt», raconte Lucy Tomas.

La magie du «baiser» se poursuit jusque dans la boutique près de la sortie du Belvédère où une multitude d'objets sont déclinés à l'image du célèbre tableau : tee-shirts, parapluies, crayons et calepins ainsi que sacs à provisions au milieu de services à café et montres-bracelets.

«On peut utiliser l'image du peintre car il est mort depuis plus de 70 ans» et il n'y a donc plus de droits d'auteurs à respecter, explique la directrice.

En 2008 le Belvédère a accueilli pas moins de 810.000 visiteurs. «Par contre nous n'avons pas enregistré d'augmentation de fréquentation le 14 février dernier, pour la Saint-Valentin», souligne Klara Böhm, responsable des relations avec la presse.