Barcelone, Leipzig et Amsterdam l’ont tenté. Marseille et Paris prévoyaient se lancer, avant que les nouvelles mesures plus strictes n’entrent en vigueur. Des concerts-tests se tiennent dans certaines villes d’Europe afin d’observer si des évènements d’ampleur devant public sont possibles en temps de pandémie. Alors que la saison des festivals est à nos portes, que veulent dire ces expérimentations pour le Québec ?

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Des milliers de personnes rassemblées

Fin mars, à Barcelone, un concert-test a vu 5000 spectateurs se réunir, sans distanciation, pour un concert rock… en salle ! Les masques étaient obligatoires, la ventilation a été renforcée et chacun devait passer un test rapide dont le résultat négatif garantissait l’accès au spectacle. L’expérience clinique en est maintenant à observer, pendant deux semaines, combien de spectateurs ont contracté la COVID-19. Le précédent test du genre dans la ville catalane, avec 500 spectateurs, avait permis de constater qu’il n’y avait eu aucun cas à la suite du rassemblement. Voilà déjà plusieurs mois que des tests de ce genre sont menés. Le Ziggo Dome d’Amsterdam, plus grand aréna de la capitale, a accueilli 1300 personnes, début mars, lors d’un concert de musique électronique. Les spectateurs, divisés en cinq groupes, devaient avoir un test PCR négatif et recevaient des consignes distinctes à des fins d’observation. En août 2020, plus d’un millier de personnes ont assisté à un concert dans un aréna de Leipzig, en Allemagne. Les conditions étaient les mêmes qu’à Barcelone et les chercheurs responsables de l’étude ont affirmé après analyse qu’une ventilation adéquate, un protocole d’hygiène strict et une capacité d’entrée limitée permettaient de maintenir « très bas » le risque de propagation.

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Machines de tests rapides antigéniques d’ID NOW

Possible au Québec ?

« Ça me semble peu plausible qu’on aille de l’avant avec des évènements comme les expériences en Europe où on essaie de reproduire des conditions prépandémie pendant la pandémie », affirme le DDavid Kaiser, chef médical à la Direction régionale de santé publique. La vaccination et l’avantage saisonnier qu’amène l’été permettent d’espérer « d’avoir quelque chose d’intéressant » en matière d’évènements. Mais la tentative barcelonaise « n’est pas dans les cartons dans la perspective montréalaise », ajoute-t-il. « Entre ne rien faire du tout et l’approche des quelques expériences européennes, on est au milieu. » Les concerts-tests en Europe ont majoritairement compté sur un test rapide antigénique pour l’attribution de laissez-passer. Or, ces tests, contrairement au PCR que l’on utilise majoritairement pour dépister au Québec, « ne sont pas très bons pour identifier les personnes malades ou pas, affirme l’expert. Utilisés dans un concert, il y a des risques très élevés de mauvais résultats ». « Ils ne peuvent être utiles que lorsqu’on les utilise en série, ajoute-t-il. Par exemple, dans un milieu de travail où l’on teste les employés tous les deux jours. » Le Québec possède une grande quantité de ces tests rapides. Mais « le fait qu’il y ait des tests rapides disponibles ne change pas le fait que leur performance limite leur utilisation dans certains contextes », indique le DKaiser. « Nous n’avons pas de projets d’utilisation de tests rapides dans le contexte de grands évènements, mais demeurons ouverts à des projets éventuels. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Caroline Proulx, ministre du Tourisme

Retour souhaité par le gouvernement

Plusieurs scénarios pour la reprise sont sur la table du cabinet du Tourisme, explique la ministre Caroline Proulx. Son souhait, affirme-t-elle, est que les festivals et évènements puissent avoir lieu à l’été. « On regarde ce qui se fait, on voit comment ils s’organisent », dit-elle des concerts-tests en Europe. Au Québec, ces expériences sont « un élément additionnel qu’on doit considérer dans l’étude des possibilités de tenue de festivals et évènements », croit la ministre du Tourisme. Mais les premiers échos qu’elle a reçus de ces évènements-tests indiquent que « ce sont des opérations coûteuses et assez lourdes sur le plan logistique ». La possibilité n’est toutefois pas complètement écartée et sera discutée, comme toutes les autres avenues envisageables, avec la Santé publique. Quand ? « Impossible pour le moment de vous répondre, admet la ministre Proulx. La situation épidémiologique évolue très rapidement. Pour le moment, la situation fait qu’on n’aura pas ces discussions demain. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Roy, PDG du REMI

Les festivals prêts et en attente

Le Regroupement des évènements majeurs internationaux (REMI) suit de très près les différentes initiatives à l’étranger. « On est très à l’affût, on fait de la veille et on fait beaucoup de propositions, explique Martin Roy, président-directeur général du REMI. Tous les articles comme celui sur Barcelone, on les envoie à nos membres et au gouvernement. » Les Francos, le Festival de jazz, le Festival d’été de Québec, Osheaga, Juste pour rire et plusieurs autres comptent parmi les membres du REMI. « Ils ont tous fait des scénarios, certains jusqu’à huit différents, en fonction de la situation sanitaire et de la façon dont elle pourrait évoluer », rapporte Martin Roy. Au vu des expériences européennes, les grands évènements québécois ont « toute une panoplie d’options », mais attendent maintenant que le gouvernement et la Santé publique se prononcent. « Prudemment optimiste », Martin Roy affirme que, contrairement à la France, qui permettrait un nombre absolu de personnes pouvant se réunir, on espère plutôt au Québec « un raisonnement qui considère la capacité des sites, les installations et si on est capables de forcer la distanciation physique ». Dans l’Hexagone, d’ailleurs, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a dit en février que des concerts-expériences auraient lieu au printemps, à Marseille et à Paris, afin de trouver les meilleures conditions pour la réouverture des lieux de spectacle.

PHOTO ALEXIS AUBIN, ARCHIVES LA PRESSE

Prestation du groupe Ragers lors de la 2e édition du festival Santa Teresa, en 2018

Les premiers annoncés

Le festival Santa Teresa a été le premier à annoncer, le 23 mars, qu’il aurait bel et bien lieu à la fin du mois de mai. « Tout le monde me demande comment je fais pour déjà annoncer », lance Patrick Kearney, directeur général de l’évènement. La réponse est simple : à Santa Teresa, une partie des prestations s’est toujours donnée dans l’église Sainte-Thérèse-d’Avila. Puisque les spectacles en salle sont permis pour l’instant, le festival présentera cinq soirées avec 250 personnes par représentation. Pour les prestations extérieures, parce qu’il se déroule très tôt dans la saison, Santa Teresa ne peut rien prévoir pour l’instant, faute de consignes. Si l’autorisation des rassemblements extérieurs arrive à temps, on compte se baser sur le modèle des « enclos ». À Newcastle, au Royaume-Uni, l’été dernier, quelque 2500 personnes ont assisté à un concert du Britannique Sam Fender. Les spectateurs ne portaient pas de masques et chaque groupe (ou « bulle ») était placé dans des sortes d’enclos métalliques faits de barrières. C’est aussi de cette façon que le Festival de musique émergente, à Rouyn-Noranda, a réaménagé sa zone extérieure en septembre dernier. Pour l’instant, Patrick Kearney croise surtout les doigts pour que les salles de la région ne soient pas forcées de fermer de nouveau. « On n’a pas mis 100 % de nos œufs dans le présentiel », signale toutefois l’organisateur, qui rappelle que le volet numérique de Santa Teresa se maintient. « Si c’est l’hécatombe, on twistera. »