Les tournages se poursuivront, l’accès aux bibliothèques est élargi, mais les arts vivants et les musées continuent d’être confinés

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Les amateurs et artisans de séries télévisées, d’émissions de variétés et de cinéma peuvent se réjouir. En dépit du resserrement des mesures de confinement annoncé mercredi par le premier ministre François Legault, le travail continuera sur les plateaux de tournage et les lieux de captation. À cela s’ajoute une nouveauté, à savoir un élargissement des services dans les bibliothèques municipales afin de rendre accessibles des places de travail.

En faisant ces annonces, le premier ministre François Legault a reconnu l’importance de l’industrie culturelle en cette nouvelle période de confinement. « Je pense qu’il est important, ne serait-ce que pour nous divertir, que ces séries-là se poursuivent », a-t-il déclaré à propos des tournages.

« Nous sommes soulagés, a dit en entrevue Hélène Messier, présidente de l’Association québécoise de la production médiatique. Nous sommes heureux et reconnaissants de l’appui reçu par M. Legault. Nous remercions aussi la ministre de la Culture, Nathalie Roy, qui a défendu notre dossier, et les responsables de la Santé publique. »

Tant du côté de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) que de l’Association québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), on salue cette décision, tout en insistant sur le fait que depuis la réouverture des plateaux, en juillet, les cas de COVID-19 rapportés ont été isolés.

« Il y a eu des cas isolés, mais aucune éclosion », se félicite le réalisateur Gabriel Pelletier (Karmina, La peur de l’eau), président de l’ARRQ, qui regroupe quelque 800 membres. « Les mesures sont respectées, et les résultats le prouvent. »

À l’AQTIS, on est d’autant plus soulagés que l’année 2021 s’annonce intense. « Nous avons deux projets de films américains de 180 et 220 millions de dollars qui s’amorceront en mars, plus tôt que d’ordinaire, a souligné Gilles Charland, directeur général de ce syndicat de 7000 membres. On a fait la démonstration que la culture est un service essentiel. »

Il reste toutefois à définir les modalités de fonctionnement. Une rencontre prévue ce jeudi à 13 h 30 entre plusieurs représentants de l’industrie des arts et la ministre de la Culture, Nathalie Roy, apportera, chacun le souhaite, des précisions.

Chose certaine, tous ceux qui travaillent sur les plateaux de tournage n’auront pas de couvre-feu à respecter. « Les tournages et captations pourront continuer après 20 h, a dit Louis-Julien Dufresne, attaché de presse de la ministre Roy. Ils constituent un lieu de travail qui est, d’une certaine façon, considéré comme essentiel. Le premier ministre a dit que les Québécois avaient besoin de ça pour leur santé mentale, tant au niveau du divertissement que de l’information. C’est donc traité de cette façon-là. »

Bibliothèques

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La Grande Bibliothèque pourra rouvrir ses portes dans les prochains jours, mais attend les modalités d’application de Québec.

Quant à l’élargissement des services donnés par les bibliothèques municipales, où les prêts sont déjà autorisés, M. Legault l’a ainsi résumé : « On va permettre, tout en respectant les distanciations, d’aller étudier dans les bibliothèques municipales. L’objectif, entre autres, qui est visé est de permettre aux enfants qui n’ont pas l’internet haute vitesse à la maison d’y avoir accès. Et dans certains cas d’avoir une place tranquille pour étudier et pour lire. »

Saluant cette décision pour laquelle son organisme avait déjà fait des représentations, la directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, Ève Lagacé, n’en a pas moins été surprise. « On s’attendait plutôt à une fermeture complète, a-t-elle dit. Ce sont d’abord les étudiants qui vont en profiter. »

Ève Lagacé indique que les modalités d’application restent à définir.

Nous souhaitons par exemple que les places mises en disponibilité le soient sur réservation, dit-elle. Et nous souhaitons avoir la capacité de retracer les gens.

Ève Lagacé, directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec

On compte 1051 bibliothèques municipales dans la province, incluant la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ), navire amiral de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

« BAnQ attend les consignes gouvernementales avant de mettre en place à la Grande Bibliothèque les modifications relatives à l’accueil des usagers annoncées ce soir [mercredi] », nous a écrit Claire-Hélène Lengellé, responsable des relations avec les médias.

Les arts vivants écopent encore

Jointe en soirée, la présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, a déclaré être heureuse et soulagée pour les artisans des productions médiatiques, mais attristée de faire le constat que les arts de la scène restent confinés.

« J’ai une grande pensée pour les gens du secteur des arts vivants », dit-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La présidente de l’Union des artistes, Sophie Prégent

Avant l’adoption du budget du gouvernement, au printemps, nous allons faire des recommandations favorables à ce secteur qui a besoin d’une sérieuse relance.

Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes

Les spectacles musicaux sur scène écopent aussi. Beaucoup de spectacles étaient prévus dans les salles du Québec à compter de la mi-janvier. Des spectacles du printemps et de l’automne 2020 qui avaient été reportés, comme celui de Luce Dufault, d’autres planifiés depuis encore plus longtemps, comme celui de Vincent Vallières, et de nouveaux qui se sont ajoutés.

Or, les représentations des quatre prochaines semaines n’auront pas lieu. Les diffuseurs et producteurs ne sont pas étonnés. « On s’y attendait un peu avant Noël que le retour ne serait pas tel que prévu à partir du 11 janvier. Mais là, c’est la réalité », a dit le producteur Martin Leclerc, qui avait au menu entre autres les spectacles de Luce Dufault et de Brigitte Boisjoli.

Mais pas question d’annuler la saison d’hiver au complet, a indiqué Catherine Simard, de La maison fauve, qui s’occupe de Vincent Vallières. « On va y aller d’une annonce gouvernementale à l’autre. Vincent, il a des shows prévus tous les week-ends jusqu’en juin… alors quand ils vont annoncer que ça reprend, la fin de semaine d’après, il sera sur scène ! »

Les diffuseurs aussi sont prêts à rouvrir dès qu’ils en auront l’autorisation. « On était prêts pour janvier et on le sera encore, dans le respect des normes sanitaires », a affirmé David Laferrière, du théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme et président de l’organisme RIDEAU, qui regroupe plus de 350 salles au Québec. S’il n’est pas surpris de l’annonce de mercredi, il s’inquiète quand même pour la suite.

Nos équipes sont complètement démobilisées. Et ce qui me fait peur, c’est l’adhésion du public, ce lien de confiance qu’on a avec lui. Ce jeu de ping-pong va finir par avoir un impact.

David Laferrière, du théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme et président de l’organisme RIDEAU, qui regroupe plus de 350 salles au Québec

Quant à la captation des spectacles, les gens de la musique s’attendaient à ce qu’elle se poursuive.

« Ce qui est bon pour pitou est bon pour minou », nous a dit le PDG du site lepointdevente, Yannick Cimon-Mattar, qui rappelle que les tournages d’évènements virtuels se font « avec les mêmes contraintes et les mêmes règles que les séries télévisées, et dans le même but. C’est assez clair que ça va continuer ».

Depuis le début de la pandémie, celui qui se décrit comme un « fournisseur de services » a diffusé plus de 2000 spectacles virtuels et vendu « des centaines de milliers de billets ». « Nous, on est prêts pour le confinement. Ce sont les producteurs qui devront demander des éclaircissements. »

Martin Leclerc, qui produit les spectacles-conférences L’histoire de mes chansons, dont les enregistrements doivent avoir lieu bientôt pour une diffusion en mars, croit aussi que les captations vont continuer. « Si on entre dans la même catégorie que les plateaux, on est admissibles, comme à l’automne. Mais ça va dépendre des salles, si elles veulent nous accueillir ou non. Ce sera au cas par cas. »

Musées et centres d’art restent fermés

Par ailleurs, il n’y a pas de changement pour les musées et les centres d’art, qui demeurent fermés. Trois musées montréalais que nous avons joints prenaient acte de la décision du gouvernement. « Nous ferons notre part et nous nous conformerons aux directives gouvernementales, a indiqué Marie-Josée Robitaille, responsable des communications au musée de Pointe-à-Callière. On garde le moral dans cet effort du Québec de faire retomber la courbe ! »

« Gardons espoir que ce reconfinement soit le dernier ! », a ajouté Roxane Dumas-Noël, responsable des relations publiques et des évènements au Musée d’art contemporain de Montréal.

« On ne peut pas être contre la vertu, a dit Pascale Chassé, directrice des communications au Musée des beaux-arts de Montréal. On est déçus, mais on est résilients ! Surtout, quand on va se déconfiner, on espère dans quatre semaines, on démontrera que les musées sont un milieu sécuritaire. Car on peut faire notre part dans la société. Quand on parle de maladie mentale, les gens ont besoin des musées. »

La culture, ce n’est pas juste la télévision ! Si on veut s’émerveiller et se cultiver, il y a aussi les musées.

Pascale Chassé, directrice des communications au Musée des beaux-arts de Montréal

Les galeries d’art qui ont pu rester ouvertes en novembre et jusqu’à la période des Fêtes devront toutefois fermer leurs portes jusqu’au 8 février au moins. « Les galeries ne sont pas des commerces essentiels, a confié Emily Robertson, de la galerie Robertson Arès, qui comprend la situation. Comme le mentionne M. Legault, le collectionneur pourra faire la cueillette de ses œuvres achetées à la porte de la galerie et nous pourrons continuer nos livraisons. Donc, de notre côté, on garde le momentum, et les ventes vont bon train ! »

« La galerie, le marché de l’art existe bien encore, ajoute André Laroche, de la galerie Laroche Joncas. L’art est une bouée pour plusieurs. Pour ne pas se noyer. Si c’est un autre mois de restrictions pour nous, on peut comprendre. On a eu un sérieux coup de main du fédéral pour le loyer. Ça a fait baisser le stress de plusieurs crans. Il faut s’armer de patience, mais la rue Sainte-Catherine face au Belgo est maintenant rouverte ! Ensemble, on passera à travers. Restons solidaires, restons forts ! »