Le Regroupement des artisans des arts du cirque du Cirque du Soleil (RAAC), mené par Gabriel Dubé-Dupuis, interpelle le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon, pour que le million réclamé par les artisans contractuels soit déduit du prêt de quelque 200 millions US que Québec s’apprête à accorder au Cirque pour assurer sa survie.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le porte-parole du Regroupement des artisans des arts du cirque du CDS, Gabriel Dubé-Dupuis, n’a pas tardé à réagir au plan de sauvetage de Québec. Tant mieux si le gouvernement du Québec peut aider à sauver le Cirque, mais le travail effectué par les artisans contractuels doit être honoré, a-t-il insisté dans une lettre envoyée au ministre Fitzgibbon mercredi.

Le directeur de création demande au Cirque « un engagement formel de la part des actionnaires actuels à honorer les cachets et droits de suite qui sont dus aux membres du RAAC ». Ils souhaitent aussi obtenir « la garantie d’un statut particulier pour tous les artisans, qu’ils soient travailleurs autonomes ou en compagnie afin de les distinguer des fournisseurs conventionnels ».

Depuis sa sortie dans les médias il y a 10 jours, le RAAC a rallié 25 personnes de plus – pour un total de 85 artisans contractuels. Ils réclament un total de 1,15 million pour des contrats réalisés entre janvier et mars.

Les employés sont tous très solidaires. On ne veut pas que cette dette-là soit renégociée, refinancée ou recalculée d’une autre manière. On comprend très bien qu’il y a une procédure de rachat du Cirque, mais on veut être payés.

Gabriel Dubé-Dupuis, Regroupement des artisans des arts du cirque du Cirque du Soleil

Selon le porte-parole du RAAC, « un dialogue avec la direction du Cirque a été entamé, mais pour l’instant, il n’y a rien de changé. C’est le statu quo. »

Une « injustice »

Des artistes de cirque sondés mercredi n’en revenaient pas que le Cirque, ses partenaires financiers [TPG et Fosun en tête], et maintenant le gouvernement du Québec, ignorent toujours les réclamations des travailleurs « les plus vulnérables » de l’entreprise, qui sont aussi le visage du Cirque sur scène.

« Il y a une forme d’injustice à voir le Cirque recevoir une aide de 200 millions, mais ses artistes impayés pour un travail déjà fait, nous dit une artiste, qui souhaite rester anonyme par crainte de représailles du Cirque. Des artistes qui bientôt n’auront plus droit à la PCU [Prestation canadienne d’urgence]. De la même manière qu’il peut être choquant de voir le Cirque du Soleil recevoir cette aide et pas les autres compagnies de cirque du Québec… »

« La valeur de cette compagnie est aussi forte que la valeur de ses employés, insiste Gabriel Dubé-Dupuis. Là, on se rend compte que les employés créatifs, qui sont la raison pour laquelle les spectacles génèrent 15 % de profits, ne sont pas payés. Ce n’est pas acceptable. On s’est fait dire qu’il n’y avait rien pour nous dans les 50 millions prêtés par TPG ; là, on espère que le gouvernement du Québec va être sensible à notre demande. »

Le retour de Guy Laliberté bien perçu

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

De façon générale, le retour possible de Guy Laliberté, cofondateur du Cirque du Soleil, réjouit les artistes.

La Presse a discuté du retour possible du cofondateur du Cirque, Guy Laliberté, avec une demi-douzaine d’artistes qui ont travaillé de près avec lui. De façon générale, tous se réjouissent de la perspective de renouer avec leur ancien « guide artistique ».

« Guy Laliberté fait partie de l’ADN du Cirque du Soleil, a réagi la scénographe Anne Seguin Poirier, qui a notamment travaillé sur la nouvelle mouture d’Alegría, créée l’été dernier. Il est un mentor exceptionnel pour les équipes créatives et de production des spectacles. En tant que grand défendeur de la création, son retour dans la joute permettra, j’espère, de repositionner la création en avant-plan et de permettre aux Québécois de faire rayonner le cirque à nouveau. »

Gabriel Dubé-Dupuis se réjouit aussi à l’idée de retrouver son ancien patron.

« Sur le plan personnel, c’est sûr que j’ai toujours été inspiré par sa passion, son audace, le feu qu’il génère, c’est encourageant d’entendre quelqu’un défendre une démarche artistique forte pour le Cirque du Soleil. De ce côté-là, personne ne va critiquer le retour potentiel de Guy. Et je sais qu’il ne fait pas les choses à moitié, donc s’il décide de remettre les pieds là-dedans pour 10 ou 15 ans, il va le faire. »

Évidemment, tout peut encore arriver. D’autres entreprises québécoises pourraient prendre le contrôle du Cirque, dont Québecor, qui a publiquement manifesté son intérêt pour la multinationale. « Selon moi, il y a trois éléments clés, croit Gabriel Dubé-Dupuis, l’innovation, la créativité et l’imputabilité. Toute offre d’achat venant d’un investisseur ayant un mandat artistique et ayant de l’expérience dans le domaine est positive. »

Des voix plus critiques au retour de Guy Laliberté se font aussi entendre chez les artisans.

Une artiste de cirque qui a requis l’anonymat de crainte de ne plus pouvoir travailler pour l’entreprise a ainsi déclaré : « Depuis son départ [en 2015], la compagnie est orientée comme jamais dans la croissance et la recherche de profits, donc je crois que c’est une bonne chose pour la communauté de cirque de Montréal s’il revient. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi lui qui a vendu son entreprise à des fonds d’investissement privés américains et chinois pour empocher le plus d’argent possible… »