Étonnant, mais vrai : Klô Pelgag a repris Un nouveau monde, chanson du film d’animation Aladdin sorti en 1992, au cours d’un spectacle au Club Soda de Montréal. La musicienne n’est pas la seule milléniale dont l’enfance a été marquée par Disney. Voici cinq autres témoignages.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE 

« Les deux premiers films que j’ai regardés ici en français sont Le roi lion et Pocahontas », dit Mehdi Bousaidan, comédien et humoriste arrivé au Québec à l’âge de 5 ans, en 1996.

Mehdi Bousaidan, humoriste

C’est à 5 ans que Mehdi Bousaidan est arrivé au Québec, en 1996. « Les deux premiers films que j’ai regardés ici en français sont Le roi lion et Pocahontas, se souvient l’humoriste d’origine algérienne. Ça a pris au moins 20, 30 ou 40 fois avant que je les comprenne. J’apprenais des mots à l’école, je réécoutais le film et je me disais : “Ah ok, là, je comprends !” Ç’a été bien important pour moi : j’ai appris à parler français avec les films de Disney. »

Mehdi Bousaidan a ensuite découvert Aladdin. « C’était mon préféré, parce que c’était celui auquel je m’identifiais le plus, se souvient-il. Aladdin, c’était cool parce que c’était un personnage arabe. » Le petit Mehdi ne réalisait pas qu’Aladdin avait des traits très caucasiens, tandis que le méchant Jafar avait des traits plus arabes, ce qui a été reproché au film. « On ne le remarquait pas, mais ça entre quand même dans l’imaginaire collectif », croit-il aujourd’hui.

Le comédien et humoriste estime que les films de Disney ont appris à sa génération que le malheur – et la mort – fait partie de l’existence. « Je ne l’ai heureusement pas encore vécu, mais je sais qu’à un moment donné, Mufasa va mourir dans ma vie, dit-il en faisant allusion à la fin tragique du père dans Le roi lion. Dans Disney, il y a toujours une partie du film où tout va mal. On le sait qu’il y aura des drames dans nos vies, que ça fait partie de la game. »

PHOTO FOURNIE PAR LES GRANDS BALLETS CANADIENS DE MONTRÉAL

« Mon film fétiche était La petite sirène », témoigne Maude Sabourin, danseuse des Grands Ballets canadiens.

Maude Sabourin, ballerine

« Mon film fétiche était La petite sirène, témoigne Maude Sabourin, danseuse des Grands Ballets canadiens. La petite sirène m’a marquée avec son univers différent. Ce monde sous-marin était vraiment ludique et me transportait ailleurs. J’adorais les personnages, et particulièrement le crabe Sébastien ! Il était si mignon et si attendrissant. Ariel me faisait rêver aussi, quand elle parlait de la façon dont elle imaginait le monde terrestre. Ce monde vu dans ses yeux semblait rempli des plus belles aventures possible. »

Petite, Maude Sabourin regardait les Disney « en boucle », en format VHS. « Évidemment qu’ils m’ont marquée, comme plusieurs autres de ma génération, dit-elle. Ces films offraient de la magie pure, du rêve et stimulaient l’imaginaire. Je les adore toujours et, parfois, j’en regarde un… »

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Marianne Ferrer, illustratrice, était charmée par La petite sirène. « J’avais zéro intérêt pour le côté romantique de l’histoire, je voulais juste passer mon temps parmi les poissons », précise-t-elle.

Marianne Ferrer, illustratrice

« Ma sœur et moi avons passé une bonne partie de notre enfance à regarder et re-regarder (parfois le même film trois fois de suite, au grand malheur de nos parents) notre collection de VHS de films animés », dit Marianne Ferrer, illustratrice.

Elle aussi était charmée par La petite sirène. « J’avais zéro intérêt pour le côté romantique de l’histoire, je voulais juste passer mon temps parmi les poissons, précise-t-elle. J’avais une forte connexion avec Ariel. Il n’y a pas un moment sous l’eau où je ne prétendais pas être une créature marine. » La curiosité d’Ariel l’interpellait. « J’avais, moi aussi, une collection de petits trésors : des statuettes, une boîte de mini-coquillages, des morceaux de verre de mer que j’avais trouvés. Ariel avait une admiration pour des objets qui nous semblent réguliers, mais qui deviennent fascinants et artistiques avec un point de vue différent. »

En vieillissant, elle s’est, comme d’autres, interrogée sur la morale de l’histoire. « Je méprisais le fait qu’Ariel, comme la grande majorité des princesses Disney, n’existe que pour trouver un amour de façon très traditionnelle et hétéronormative, observe Marianne Ferrer. Mais il y aura toujours une petite partie de moi qui regarde vers l’eau et ne veut rien d’autre qu’être sous l’océan. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

« La bande sonore du Roi lion, c’est marquant pour toute notre génération », dit l’autrice Marie Demers.

Marie Demers, autrice jeunesse

Très jeune, Marie Demers a beaucoup écouté le classique Cendrillon de Disney. « J’avais le VHS, se souvient-elle. Mais je suis mal à l’aise de vanter ces films-là, considérant le fait que maintenant, j’écris mes Contes culottés [NDLR : des contes revisités, publiés chez Dominique et compagnie], où j’essaie de défaire toutes les histoires stéréotypales. »

L’autrice reconnaît la qualité des chansons de plusieurs films de Disney. « La bande sonore du Roi lion, c’est marquant pour toute notre génération, admet-elle. La petite sirène, c’est aussi une des meilleures bandes sonores. Mais c’est dur de vanter ce film, quand on voit la taille du personnage d’Ariel. Tu regardes comment elle est faite et ça donne envie de vomir. Je pense à mon anorexie à l’adolescence et je me dis : je pouvais bien ! À cause de cela, j’ai de la misère avec Disney. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

« J’aime beaucoup quand il y a de l’humour dans les histoires pour enfants, mais j’aime encore plus quand on ose le tragique, et qu’on le fait avec sérieux », affirme Alex A., bédéiste.

Alex A., bédéiste

« Bizarrement, le film de Disney qui m’a le plus marqué étant enfant est La petite sirène », dit le créateur de l’agent Jean. Pourquoi ? « Parce que c’est un film qui n’avait pas peur de montrer de vraies choses dramatiques, tragiques, même violentes, à son public, répond-il. La scène où le roi Triton détruit le repaire secret de sa fille me hante encore… Ou encore la scène finale où la méchante, Ursula, se fait littéralement empaler par un gigantesque bout de bois, durant un violent orage.

« J’aime beaucoup quand il y a de l’humour dans les histoires pour enfants, mais j’aime encore plus quand on ose le tragique et qu’on le fait avec sérieux, affirme Alex A. On peut dire que les films de Disney ont souvent excellé dans ce domaine. »