Du Téléjournal à Juste pour rire, de Washington à Paris, en passant par Télé-Québec et TVA, Stéphan Bureau aime bien rebondir là où personne ne l’attend. À la veille de sa (re)prise de micro à ICI Première, La Presse a rencontré le communicateur au parcours atypique.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

Pudique et expansif. Profond et léger. Ambitieux et marginal. Confiant et vulnérable… Stéphan Bureau est une bête difficile à cerner. Un électron libre qui a toujours eu de l’ambition, mais jamais de plan d’action.

On le rencontre au 23e étage de la « vieille » tour de Radio-Canada, le matin de l’annonce du trépas de Jocelyne Blouin, avec qui il a travaillé au Téléjournal. L’animateur de 54 ans a appris la nouvelle de sa mort il y a quelques heures. Il a encore les yeux humides. « Je l’ai invitée l’été dernier à mon émission. Jocelyne ne m’a jamais mentionné sa maladie. Par pudeur, sans doute. Je l’admirais. Jocelyne parlait de la météo avec rigueur, comme une scientifique qui aborde la science. »

En 35 ans de carrière, Stéphan Bureau a touché à tout : journaux, revues, télévision, documentaires, grands entretiens. Or, c’est à la radio qu’il a fait « ses premières armes ». C’était dans les années 80, sous l’œil bienveillant de son mentor parti trop tôt, en 2016, Jean-François Doré. « La radio de Radio-Canada a été mon école. Et Jean-François, mon professeur. Je passais pratiquement des journées entières dans la tour du boulevard René-Lévesque. Je débutais le matin à CBF-Bonjour, avec l’équipe de Joël Le Bigot ; l’après-midi, je faisais des chroniques pour l’émission de Michel Désautels ; puis, le soir, je collaborais à Sept heures bonhomme, animée par Jean-François [Doré], à qui je pense très souvent encore. »

La souplesse de la radio

Cet été, Bureau ne fait pas un retour à la radio : il consolide plutôt sa présence sur les ondes de Radio-Canada. Il prend le relais de Catherine Perrin dans le créneau matinal avec Bien entendu, nouvelle émission socioculturelle réalisée par Sylvain Houde. De plus, l’animateur poursuit sa collaboration à la série Les grands entretiens sur ICI Première, ainsi que son émission Notes de voyage, le dimanche sur ICI Musique.

Cet engagement radio-canadien le rend heureux. 

« À la radio, il y a peu de limites à mes ambitions. Tout est possible (ou presque), parce que c’est un médium qui a de la souplesse, et qui est moins dispendieux que la télévision. »

— Stéphan Bureau

L’animateur ne fréquente pas les réseaux sociaux, parce qu’il ne veut pas « s’exposer à la méchanceté des autres ». Il n’a pas le câble ni de télévision chez lui… depuis au moins 10 ans ! En 2003, lorsqu’il a laissé Le téléjournal, Bureau a cessé de regarder le bulletin de fin de soirée. Pourquoi avoir pris cette décision ? « Pour ne jamais être pris en défaut de juger ou de commenter le travail de mes successeurs… »

Le téléroman de l’actualité

De toute façon, l’ancien chef d’antenne de TVA et de Radio-Canada affirme ne pas être « un énorme consommateur de nouvelles ». Et il fait une importante nuance entre information et nouvelles. « La nouvelle, c’est le téléroman de l’actualité, illustre-t-il. Elle est souvent sans fin et sans sens, même si elle est parfois percutante. Tandis que s’informer, c’est justement chercher du sens. »

« La vie est faite de grands cycles, dans la nature comme dans la politique ou l’économie. Je pense qu’il faut sortir de l’actualité immédiate pour arriver à mettre ces cycles en perspective. Pour mieux comprendre le monde. »

— Stéphan Bureau

Une chose que Stéphan Bureau a comprise, et depuis longtemps, c’est que « la liberté est un muscle qui s’entretient ». 

Jamais l’animateur ne sera prisonnier d’un travail ou d’un contrat qui le rend malheureux ou lui fait perdre le contrôle de sa vie. Certains le voyaient remplacer Alain Gravel le matin, un contrat qui l’aurait lié encore plus fermement à la société d’État. A-t-il été approché par la direction ? « Je ne commenterai pas ça. Je n’ai jamais joué au gérant d’estrade. »

Lorsqu’on lui demande s’il est ambitieux ou non, il répond : « J’ai toujours eu l’ambition de faire de grandes choses, de “réussir”, entre guillemets. Mais je ne suis pas carriériste. »

Entre ses (nombreux) voyages et ses rencontres avec les personnalités de ce monde, Stéphan Bureau est surtout un grand curieux qui a choisi le bon métier pour faire partager sa curiosité. À l’instar d’autres gens dans la profession, Bureau arrive mal à faire la distinction entre son travail et sa vie : « L’un nourrit l’autre, explique-t-il. Même quand je ne produis rien durant des mois, je travaille. Ce que je retire de mes expériences personnelles, mes voyages, tout cela peut me servir dans mon travail. Par exemple, si je lis un roman de Balzac pour le plaisir, ma lecture risque de devenir un segment d’une émission à la radio. »

À l’ère des fausses nouvelles, cet homme libre qui trace sa route sans suivre une ligne droite ne croit pas à la mort du journalisme ni à la fin du contenu sérieux dans les médias. « La seule chose qui a changé, c’est la technologie, dit-il. Il faut s’adapter. J’ai dans mon téléphone près de 500 heures de balados. Je me demande quand je vais trouver le temps pour écouter tout ça ! »

Bien entendu sera diffusée dès le 17 juin, en semaine, de 9 h à 11 h 30, sur ICI Première.