C’est la période creuse de l’année où l’on pitonne frénétiquement à la recherche d’une nouvelle série qui ensoleillera notre printemps gris nucléaire, un peu comme le nouveau vidéoclip de Taylor Swift aux couleurs des Mini Eggs de Cadbury.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

Dans cette mer de reprises et de contenus transférés de chaînes spécialisées vers les antennes principales, cette quête de l’impossible rêve n’est pas évidente.

Je profite toujours de l’accalmie à la télé québécoise pour revenir à mes séries chouchoutes, que j’ai négligées au profit des mèches rouges de la jeune Anémone dans Une autre histoire à Radio-Canada. Que voulez-vous ? On ne fait pas toujours des choix éclairés en période de surcharge.

Me voilà donc complètement absorbé par la troisième saison de The Good Fight et par la deuxième saison de Killing Eve. Ça fait du bien de dévorer des émissions par pur plaisir et non par obligation. Non pas que je me plaigne de mon sort professionnel, loin de là. Reste qu’il y a des limites à se passionner pour une tête coupée, bouillie et cachée dans une sacoche dans 5e rang.

La troisième saison de The Good Fight (Une lutte exemplaire), que j’achète à la pièce sur iTunes, est formidable. Il s’agit de l’une des meilleures séries judiciaires des dernières années. Et ce dérivé – le bon vieux spin-off – de The Good Wife a même surpassé la qualité de la série originale.

Au Québec, vous n’entendrez jamais parler de Justin Trudeau et de François Legault dans Les honorables ou Ruptures, par exemple. La télé québécoise vit trop souvent dans une bulle imperméable aux références contemporaines. À l’inverse, The Good Fight se colle de très près à l’actualité, principalement la politique américaine.

La superbe héroïne Diane Lockhart (Christine Baranski), une avocate stylée, vive d’esprit et très drôle, est plus obsédée que jamais par Donald Trump. Elle rejoint même un mouvement de résistance 100 % féminin pour nuire aux chances de réélection du président républicain.

Pause, ici. The Good Fight, malgré son biais pro-démocrate, ne fait pas la morale à ses téléspectateurs. C’est une série intelligente qui s’attaque à des enjeux fondamentaux comme les iniquités salariales basées sur la couleur de la peau, ou la conciliation travail-famille au sein d’un grand cabinet de Chicago.

C’est à la fois comique et sérieux, superficiel et profond, de même que loufoque et intense. Les épisodes de The Good Fight abordent également le phénomène du doxxing (divulgation de données personnelles), les troll farms russes (ou web-brigades) ainsi que le mouvement des « gilets rouges », un groupe fictif de suprémacistes blancs qui perturbent le déroulement des élections.

Et attendez de découvrir le nouvel avocat Roland Blum (excellent Martin Sheen), inspiré du sulfureux Roy Cohn, un ex-conseiller de Donald Trump qui a notamment mené la chasse aux communistes dans les années 50. Il est spectaculaire.

Malheureusement pour les téléspectateurs francophones, la diffusion d’Une lutte exemplaire traîne la patte. La chaîne Séries+ a récemment épuisé les épisodes de la deuxième saison et n’a pas confirmé de date de mise à feu pour le troisième chapitre.

Dans la section Véro.tv de l’Extra de Tou.tv (vous suivez toujours ?), Une lutte exemplaire 2 débarquera le 11 juillet, tandis que le troisième volet ne sera accessible qu’à l’été 2020.

Killing Eve, maintenant. Les deux premiers épisodes de la deuxième saison, relayés par la chaîne canadienne Bravo, ont été couci-couça, trop lents à décoller. Mais depuis deux semaines, pow ! c’est redevenu aussi palpitant qu’au début.

PHOTO AIMEE SPINKS, FOURNIE PAR LA BBC

Sandra Oh (Eve Polastri) dans Killing Eve

Notre espionne préférée, Eve Polastri (Sandra Oh), en découd maintenant avec une nouvelle tueuse aux méthodes douces et sophistiquées, qu’elle a baptisée « le Fantôme ».

Mais voilà. L’autre tueuse en série, la modeuse Villanelle (Jody Comer), ne digère pas qu’Eve la délaisse et s’organise pour rester sur son écran radar. Je ne vous dévoilerai pas comment Villanelle s’y prend, mais ça reste dans l’humour noir et décalé qui caractérise ce captivant thriller britannique.

L’espionne en chef Carolyn demeure un mystère en soi. Dans quelle équipe joue-t-elle ? Elle semble toujours avoir un coup d’avance sur ses collègues.

CraveTV offre la première saison de Killing Eve en anglais, tandis que Club illico propose la version française.

Si vous aimez les dialogues cinglants, les missions périlleuses en Europe et une certaine ambiguïté dans les rapports entre la chasseuse et sa proie (allô, Clarice Starling et Hannibal Lecter), vous devez absolument consacrer du temps à Killing Eve. C’est mortel comme série.