Au cours de l'été, La Presse vous présente des frères et soeurs de création. Cette semaine : Benoît, François et Stéphane Archambault.

Samuel Larochelle LA PRESSE

Émulation, collaboration et réinvention. Ces trois mots résument le parcours créatif des frères Archambault et expliquent en partie comment François, l'aîné, est devenu l'un des dramaturges les plus respectés de sa génération, pendant que ses frères, Stéphane et Benoît, faisaient vibrer le Québec dans Mes Aïeux.

Petits, François et Stéphane s'amusaient avec des jeux de société durant trois semaines avant de se tanner. « Ensuite, on les réinventait pour jouer autrement », se souvient Stéphane, aujourd'hui âgé de 48 ans. Son cadet de cinq ans, Benoît, affirme qu'il est arrivé dans un milieu propice à développer sa sensibilité artistique naturelle. Et pourtant. « On vient d'un background très sportif, dit le rouquin de 43 ans. Notre père était très impliqué dans le baseball à Lorraine. Nos souvenirs de jeunesse sont surtout reliés aux sports. »

Toutefois, chez les Archambault, l'art cohabite avec le sport. « On a déjà inventé un jeu de hockey, en dessinant les joueurs, en les découpant et en simulant les parties, se remémore François. C'était la ligue mondiale, avec des équipes d'Égypte et de Chine ! On tenait un journal de la ligue, avec des articles sur les joueurs. »

Aussi farfelues soient-elles, leurs idées étaient accueillies par leurs parents, un directeur d'école et une enseignante au primaire. 

« Je me souviens d'un jeu au souper : on se déguisait, on sortait de la maison, on cognait et on disait qu'on était de la visite. On passait tout le repas dans nos personnages et nos parents jouaient le jeu complètement ! », raconte le comédien et chanteur Stéphane Archambault.

François se souvient d'avoir créé très jeune un journal sur leur famille, mais il a l'impression que Stéphane a ouvert la voie. « Quand il a commencé à faire de l'improvisation au secondaire, je trouvais ça dont extraordinaire, dit-il. J'aurais aimé en faire, mais j'étais plus réservé. N'empêche, ça a ouvert la porte plus sérieusement aux arts. » Le principal intéressé renchérit en évoquant la place qu'occupait l'impro à la maison. « Quand la LNI jouait à la télévision, c'était sacré. On écoutait ça en famille. »

L'éveil musical

Quand il était enfant, Benoît a appris le piano avec l'instrument hérité de leur grand-mère. « J'y ai fait mes premières frasques artistiques. Cela dit, mes frères étaient défricheurs. Pour eux, il y avait un pas à faire, alors que pour moi, ça allait plus d'emblée. » Il se reprend aussitôt. « En même temps, il y avait déjà deux artistes dans la famille, alors pourquoi je le deviendrais aussi ? J'ai déjà analysé les choses selon la loi de la moyenne. Mais au fond, j'étais autant artiste qu'eux. »

Stéphane croit que leur saine cohabitation s'explique entre autres par le fait que chacun avait son terrain de jeu. « Moi, je faisais de l'impro. François écrivait. Benoît faisait de la musique. Éventuellement, ça s'est flouté. Mais au départ, les niches étaient assez précises pour que personne n'ait l'impression de faire ce que l'autre faisait. » Avec le temps, les frontières se sont effacées. Pendant que Stéphane s'épanouissait à l'impro, François produisait des chansons avec Benoît. « Benoît blowait avec sa musique, et moi, j'écrivais les paroles, dit-il. On produisait une toune en une soirée. »

Au cégep, le cadet a fait partie d'un groupe, La prochaine chicane, qui chantait plusieurs chansons de François. « J'ai aussi remporté le Festival en chanson de Petite-Vallée en 1998, avec les textes de François », ajoute Benoît.

Quelques années auparavant, ses grands frères avaient fait leur chemin à l'École nationale de théâtre (ENT) : François a été admis au programme d'écriture un an avant que Stéphane soit accepté en interprétation. L'acteur a d'ailleurs porté les mots de son aîné à plusieurs reprises durant sa formation. « À l'école, le premier exercice devant public des étudiants en première année est de jouer des textes des deuxièmes années, souligne Stéphane. J'ai joué du François Archambault et j'étais extrêmement fier ! Non seulement parce que c'était mon frère, mais parce que les autres élèves de ma classe tripaient sur son travail. » Également à l'ENT, il a chanté des textes de François, mis en musique par Benoît.

Emporté par le grand succès de Mes Aïeux au côté de son frère acteur et chanteur, Benoît Archambault a un jour ressenti le besoin de créer en solo.

D'abord en créant des disques de musique pour enfants : Les Pourquoi. Puis, en illustrant un livre, qui a été publié l'année dernière. « J'adore faire partie du groupe, mais j'ai aussi besoin de mon espace pour m'accomplir pleinement. »

En plus de préparer le retour du groupe en 2019, Benoît a goûté à nouveau au plaisir de créer avec François, en présentant il y a quelques semaines un spectacle de chansons pour adultes, qu'il a composées sur les textes de son aîné. Ce dernier chérit également un rêve artistique impliquant ses frères : une comédie musicale.