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Attendre le prochain rôle...

Maxime Collin a joué le personnage principal dans... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Maxime Collin a joué le personnage principal dans le film Léolo. Il est maintenant propriétaire d'une entreprise de nettoyage d'automobiles.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Louise Leduc
La Presse

En 2005, 9311 enfants ont auditionné pour être Aurore. L'été dernier, 1300 fillettes ont espéré très fort incarner Aurélie Laflamme, l'héroïne de la série de l'heure chez les adolescentes. Beaucoup d'appelées, aucune élue: Aurélie a finalement été dénichée dans une agence de casting.

Même quand on est choisi, rien n'assure que son étoile restera au firmament. Rock Demers, à qui l'on doit La guerre des tuques et 21 autres «Contes pour tous», explique que le casting d'un enfant n'a rien à voir avec celui d'un adulte. On ne choisit pas un enfant pour ses qualités d'acteur. Au contraire, on choisit un enfant qui ne joue pas, qui, au naturel, par son caractère, colle parfaitement au personnage.

Au fil des ans, Rock Demers a permis à 250 enfants de se voir au grand écran. Combien ont poursuivi une carrière d'acteur, une fois adulte? «Six, il y en a six, sur les 250», dit-il.

Maxime Collin ne pourrait s'en étonner. Léolo, en 1992, c'était lui. Entre 9 et 15 ans, il a eu plusieurs autres rôles, notamment dans le film Matusalem. «À cette époque-là, les projets se chevauchaient, j'étais une machine à apprendre des textes. 

«À 17 ans, je me suis trouvé un peu trop chargé. J'ai voulu ralentir et comme je ne travaillais plus, on m'a oublié. C'est comme ça dans ce milieu. Pas de demi-mesure. Soit tu travailles comme un fou, soit plus rien n'arrive.»

Maxime Collin a fait une formation de courtier d'assurances, puis s'est lancé en affaires dans un salon d'esthétique automobile. N'empêche, il ne décroche pas tout à fait. «J'ai un ami qui étudie en cinéma, qui a un projet de film et j'espère en faire partie.»

De la même façon, dans son enfance et jusqu'à 21 ans, Marie-France Monette a travaillé, travaillé, travaillé. Elle a joué trois ans dans Watatatow, sept ans dans Ent'Cadieux, tenu un premier rôle dans L'enfant d'eau, filmé aux Bahamas. La grosse vie, le glamour, jusqu'à ce que pour elle aussi, du jour au lendemain, plus rien. «Les premiers jours, les premières semaines, tu restes à côté du téléphone. Je n'ai pas fait de dépression mais j'ai déprimé pas mal! Or, dans ce milieu-là, il ne faut surtout pas dire que tu ne décroches pas de rôle. Il faut toujours avoir l'air occupé, hop la vie.»

«C'est un job de séduction, dit aussi Katherine-Lune Rollet, qui a joué neuf ans dans Watatatow et qui fait aujourd'hui des chroniques sur le web pour Tourisme Montréal. Il faut toujours avoir l'air d'avoir plein de projets, d'être désirée. Jamais, au grand jamais, donner l'impression de ne pas réussir. Entre nous, on ne parle pas de nos peurs, ça ne se dit pas, mais dès qu'il y a une pause dans ta carrière, on se dit: Pourquoi les gens ne m'aiment pas

Marie-France Monette a assuré ses arrières en suivant une formation en intervention auprès des délinquants et ne cache pas que si elle avait des enfants, elle serait très réticente à les envoyer dans cette galère du cinéma et de la télévision qui, souvent, ne fait qu'un temps. Tout en disant cela, elle ne cache pas qu'en parallèle, oui, elle continue de passer des auditions.

Mais pourquoi? Demande-t-on à chacun de nos interviewés qui, manifestement, ne font jamais leur deuil. Pourquoi ne jamais tourner complètement le dos à cette vie faite d'insécurité et d'exposition continuelle au rejet?

Parce qu'il est difficile de faire autre chose. Marie-France Monette évoque cette amie qui a eu de beaux rôles, puis qui n'en a plus eu elle non plus, et qui s'est faite vendeuse de souliers. «Les gens la reconnaissaient, lui posaient des questions. Ce n'est vraiment pas évident», dit Marie-France Monette.

Le syndrome Lemay-Thivierge

Il y a cela, cette difficulté à faire autre chose, mais il y a aussi le syndrome Guillaume Lemay-Thivierge. Guillaume Lemay-Thivierge, le petit gars du Matou, qui était tout feu tout flamme et qui ensuite, pendant près de 10 ans, a sombré dans l'oubli. Puis, depuis 2006, il est partout.

«Je les regarde, lui et Mariloup (Wolfe), et je me dis que si je m'étais accroché, ça aurait pu être moi, ça», lance Maxime Collin.

«En même temps, oui, c'est reparti pour Guillaume Lemay-Thivierge, mais pour combien de temps? Ça peut retomber n'importe quand», lance Steve Gendron, qui sait lui aussi de quoi il parle.

À 4 ans, il a fait sa première publicité. À 9 ans, il a décroché un premier rôle dans La postière, de Gilles Carle. Ont suivi Omertà, un rôle dans Matusalem, Le club des 100 watts, etc.

«On habitait à Shawinigan, mon père était camionneur et par moments, on se rendait à Montréal cinq ou six fois par semaine pour des tournages», dit-il.

Il adorait, vraiment. «Une belle vie.»

La belle vie, jusqu'à ce que tout s'arrête.

«J'ai ressenti un énorme vide, un très grand mal à l'âme, poursuit Steve Gendron. À 20 ans, j'ai fait une grosse dépression. Encore aujourd'hui, dans mon corps, je me sens comme si j'avais 60 ans. Je crois que j'ai eu, dans la vingtaine, le syndrome du gars qui a toujours travaillé et qui prend sa retraite : du jour au lendemain, tous tes bobos ressortent.»

Lui aussi espère encore rebondir. En attendant, il a fondé une école de théâtre. «Sortir complètement du milieu, je ne pourrais pas. Ce n'est pas juste pour le jeu. À mon école, je joue. Je m'ennuie du milieu, je m'ennuie des familles de tournage.»

Encore aujourd'hui, fréquemment, «des gens me reconnaissent dans la rue, et ça me fait du bien, même s'ils me parlent du passé. C'est agréable d'entendre qu'on m'a trouvé bon, qu'on me dise de ne pas lâcher».

Marianne Fortier, qui a décroché le fameux rôle d'Aurore, en 2005, connaît bien ces histoires. «On m'en a parlé, de Guillaume Lemay-Thivierge, qui n'a rien eu pendant des années, après le Matou. Je suis consciente qu'il y a un risque, mais j'ai tellement d'ambition que je suis sûre qu'il y aura quelque chose.»

Pour elle, après Aurore, il y a eu autre chose: un premier rôle au cinéma, dans Maman est chez le coiffeur, et de petits rôles dans des téléséries. «J'ai eu Aurore, trois ans plus tard, j'ai eu ce rôle, alors je me dis que si le cycle de trois ans se poursuit, je suis à la veille de décrocher quelque chose d'autre.»

Marianne écoute néanmoins les conseils de tous les acteurs qui lui ont dit et répété de ne jamais abandonner ses études. Elle fréquente toujours l'école et compte se diriger en cinéma au cégep.

Comme Juliette Gosselin, enfant-vedette du film Nouvelle-France, qui, à terme, entend aller à l'université en cinéma. «Je continue de passer régulièrement des auditions, mais pour l'instant, je suis à un âge transitoire. J'ai 18 ans, j'ai l'air plus jeune et pour jouer des filles de mon âge, ils prennent des filles de 22 ou 23 ans. C'est sûr que je m'ennuie un peu du glamour, des rôles, mais en même temps, je sais qu'on ne peut pas toujours rester sur un petit nuage et être tout le temps la coqueluche.»

Ces deux filles-là n'envisagent aucunement elles non plus faire totalement autre chose, pas plus que Sarah-Jeanne Labrosse, qui a incarné la soeur aînée d'Aurore, en plus de jouer dans Bon Cop, Bad Cop, dans Un été avec les fantômes, dans Nos étés et dans Trafic humain. Elle étudie en cinéma au cégep Dawson. «Depuis un an, je faisais pas mal de doublage parce que c'était plus tranquille, côté auditions. Quand on sort de l'adolescence, c'est plus difficile (de décrocher des rôles) parce que l'on change beaucoup et que les gens du milieu ne savent plus trop de quoi on a l'air. Chaque fois, on recommence à zéro. Mais là, je suis super contente, je viens de décrocher un rôle important dans le film sur le commandant Piché!»

Chose certaine, quand on a goûté à ce fruit, on ne s'en détourne pas, parce qu'il est trop bon. Trop formidable. «Du début à la fin d'un film, j'aime tout, tout, tout, lance Marianne Fortier. J'adore le tournage, j'adore la première, j'ai adoré faire la tournée de promotion d'Aurore, à travers le Québec. À Montréal, surtout, il y avait des flashs, des caméras partout!»

Elle a tout, tout, tout aimé, à une exception près, cette question récurrente, de talk-show en talk-show. «On me demandait tout le temps : Pis, as-tu un petit chum?  C'était jamais «un chum» C'était toujours: « un petit chum ».»

«Chaque fois, je ne répondais pas, je disais que c'était ma vie privée, mais j'étais en cinquième année et non, je n'en avais pas, de «petit chum »!»




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