À la suite de la démission de deux représentants de Quebecor jeudi dernier, le conseil d'administration de l'ADISQ réplique discrètement. Mardi en fin de journée, le c.a. a exprimé sa déception aux membres démissionnaires, J. Serge Sasseville et Pierre Marchand, refusant d'accorder toute interview aux médias.

Alain Brunet LA PRESSE

Par la voie d'une lettre adressée aux deux représentants de Quebecor et transmise à 89 professionnels de l'industrie à qui on avait fait parvenir la lettre de démission la semaine dernière, le c.a. de l'ADISQ se rend à l'évidence: impossible de concilier les deux visions qui s'opposent depuis plusieurs mois déjà au sein de l'association de producteurs québécois.

D'une part, la majorité absolue des membres du c.a. de l'ADISQ est favorable à une règlementation de l'internet afin d'y favoriser une diffusion et une rémunération équitable aux créateurs et producteurs des contenus musicaux qui y circulent. De l'autre, les membres démissionnaires de Quebecor voient dans toute perspective de réglementation de l'internet un frein au développement de l'économie des contenus à l'ère numérique.

Encore faut-il rappeler que les entreprises que représentent M. Sasseville et M. Marchand pèsent lourd dans l'industrie de la musique au Québec: Groupe Archambault est une puissante chaîne de magasins de CD/DVD/livres, Distribution Sélect et Musicor sont les plus importantes structures indépendantes de distribution physique de la musique au Québec.

Or, ces entreprises de Quebecor sont également liées à Vidéotron, puissant fournisseur d'accès internet; plusieurs acteurs de l'industrie de la musique y voient un lien dans le refus catégorique des démissionnaires de réglementer l'internet de quelque manière.

Or ce lien n'est pas souligné dans la réplique modérée du c.a. de l'ADISQ qui, grosso modo, se limite à l'acceptation de cette scission importante au sein de l'industrie musicale québécoise.

«Bien que votre démission de quitter notre conseil ne nous arrive pas comme une surprise, elle nous déçoit. Néanmoins, nous respectons votre décision compte tenu du modèle d'affaires de plus en plus divergent entre votre groupe et celui de la très grande majorité des entreprises membres de l'ADISQ. Dans ce contexte, il nous semble naturel que vous soyez arrivés à un constat d'impossibilité de siéger au conseil d'administration d'une association telle que l'ADISQ...», peut-on lire dans cette lettre dont La Presse a obtenu copie.

Visiblement, le conseil d'administration ne semble pas enclin à creuser davantage le fossé qui le sépare des entreprises de Quebecor qui distribuent et vendent au détail les contenus de plusieurs producteurs membres de l'ADISQ: «Nous espérons qu'à ce titre, il nous sera possible de trouver ensemble un modèle de collaboration fructueuse compte tenu de la relation d'affaires entre Quebecor, notamment Distribution Select, et plusieurs des membres producteurs rassemblés sous l'égide de l'ADISQ», souligne le conseil.

Les signataires de cette lettre sont Claude Larivée, président de l'ADISQ, Paul Dupont-Hébert, président sortant de l'association, Mark Lazare, vice-président vidéo, Stéphanie Moffatt, secrétaire, Georges Tremblay, trésorier, Michel Bélanger, Éli Bissonnette, Pierre-Luc Durand, Jacinthe Marleau, Benjamin Masse, Luc Piette, Jacques Primeau, administrateurs. On remarque l'absence de la signature de l'administrateur Mario Labbé, propriétaire de la maison Analekta, qui a déjà exprimé son désaccord face à la position adoptée par la majorité des membres du c.a. dans le contexte numérique.

Cette crise importante au sein de l'ADISQ pourrait évoluer au cours des prochains mois. L'assemblée générale des membres est prévue le 15 juin, et le retrait définitif des entreprises de Quebecor aura lieu le 31 août, ce qui ne compromet pas l'admissibilité de leurs artistes au prochain gala.