Avec l'aide de Pierre Marc Johnson, Gilbert Rozon commence à rencontrer des artistes, des hommes d'affaires et de 50 à 100 autres «libres penseurs» pour trouver des façons précises de fouetter Montréal.

Mis à jour le 13 févr. 2009
Paul Journet LA PRESSE

Le président-fondateur du Groupe Juste pour rire a déjà une vision: changer l'image de marque de Montréal. Sa proposition: «Montréal, ville de créateurs». Avec un Quartier des spectacles à l'architecture plus audacieuse. Plus d'argent pour faire connaître nos créateurs à l'étranger. Et de nouvelles politiques en immigration pour attirer des créateurs d'ailleurs. Toutes des solutions qui permettraient à Montréal de réussir dans la nouvelle économie. Voilà l'essentiel de la proposition qu'il présentait hier devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Une métropole culturelle, Montréal? Rozon juge l'idée irréaliste. «Le terme s'applique pour New York, Londres, Paris et peut-être Vegas. Mais pour Montréal, je ne pense pas. Les touristes étrangers ne nous perçoivent pas ainsi. Un branding, c'est ce qu'on perçoit de nous. Ça doit être pointu, authentique et constant, bâti sur du 20-25 ans.»

Il propose plutôt de miser sur les créateurs, comme le Cirque du Soleil, Robert Lepage, le Festival de jazz, Juste pour rire, l'OSM, Marie Chouinard, Céline Dion et d'autres artistes ici. «Leur réputation est une de nos meilleures cartes de visite. Ils nous aident à ouvrir des portes à l'étranger.» Pour cette nouvelle image, il s'inspire aussi de l'unique carrefour que constitue selon lui Montréal: une ville bilingue façonnée par la culture française, britannique et américaine.

Voilà pour l'image. Comment la diffuser? «Il faut être fort à l'étranger pour être fort ici», résume-t-il. M. Rozon avance quelques pistes de réflexion.

D'abord, l'image physique de Montréal. L'architecture du nouveau Quartier des spectacles l'inquiète. «On ne doit pas se limiter à l'esthétisme. Il faut de l'audace, il faut que ça dérange. (...) On a les créateurs, il faut être un peu plus fou et que ça paraisse.»

Un bon exemple selon lui: Bilbao, dont le musée spectaculaire a coûté 150 millions d'euros. Une somme qui vaut aisément la publicité donnée par cette signature architecturale, croit-il.

«Ce n'est pas grave si on prend une année ou plus avant de réaliser le Quartier des spectacles. L'important, c'est que ce soit bien fait.»

Autre suggestion: stimuler l'exportation. Il ne demande pas de simplement rétablir des programmes comme Routes commerciales, abolis par les conservateurs. Il propose des façons plus ambitieuses de «faire de l'exportation une clé». «Il faut faire résonner Montréal à travers nos créations, partout dans le monde», estime-t-il.

En plus d'exporter nos talents, il veut en importer de nouveaux. «New York et Toronto sont les deux villes nord-américaines les plus multiethniques. C'est sûrement un de leurs principaux actifs».

Le patron de Juste pour rire veut attirer plus d'immigrants polyglottes. Il assure ne pas remettre en question nos politiques d'immigration. Il dit chercher plutôt des «aménagements» pour attirer les créateurs, tels des incitatifs fiscaux, comme le fait déjà l'Irlande. «D'ici quelques années, la plupart des autres villes le feront», prévoit-il.

Il suggère aussi d'investir davantage dans les universités et autres infrastructures de l'économie du savoir. D'ailleurs, il rappelle que la «moyenne salariale en création est 50 % plus élevée que dans le secteur manufacturier». Et aussi que, selon une étude de l'économiste Patricia Besson, sur une période de 50 ans, l'investissement dans le haut savoir rapporte plus que dans toutes les autres formes de savoir.

Expansion de Juste pour rire

Gilbert Rozon dit ne pas trop s'inquiéter de l'impact de la crise économique sur les activités du Groupe Juste pour rire, qui mise surtout sur les marchés canadiens, américains, français et anglais. «L'endroit où je remarque le plus gros impact, c'est à Paris, où les salles sont plus difficiles à remplir en ce moment», indique-t-il.

Même si Juste pour rire concentre ses activités dans ces quatre marchés, il reste ouvert à des projets d'expansion ailleurs. Gilbert Rozon revient d'un voyage au Costa Rica. Des discussions ont aussi eu lieu avec des gens de Dubaï, de Mexico et d'Australie. «Nous restons toujours ouverts aux bonnes idées.»