Aussi à son aise dans les comédies loufoques que dans le cinéma d'auteur, John C. Reilly a été choisi par Roman Polanski pour le quatuor de choc de Carnage. L'acteur n'en revient toujours pas.

Mis à jour le 27 juill. 2016
Marc-André Lussier LA PRESSE

John C. Reilly avait déjà été pressenti pour interpréter au théâtre l'un des rôles de God of Carnage, l'adaptation américaine du Dieu du carnage, une pièce à quatre personnages de l'auteure française Yasmina Reza. Un horaire de tournage trop serré l'en a toutefois empêché.

«C'est fou car je me vois bien davantage comme un acteur de théâtre que comme une vedette de cinéma! confie le comédien au bout du fil. Et puis, comme un appel venu de nulle part, mon agent m'apprend que Roman Polanski souhaite me voir à Paris pendant deux mois pour tournerCarnage sous sa direction. J'ai dit oui tout de suite, dès que j'ai repris mes esprits après être tombé de ma chaise!»

John C. Reilly a été bien servi à cet égard. Selon lui, le film de Roman Polanski réunit le meilleur des deux mondes, tant à l'écran que dans sa fabrication. L'acteur a en effet pu répéter en compagnie du cinéaste et de ses trois partenaires de jeu, Jodie Foster, Kate Winslet et Christoph Waltz, pendant deux semaines avant même la première prise de vues.

«Il y avait vraiment une dynamique théâtrale pendant les répétitions, explique l'acteur. Au cours de cette étape, Roman nous a laissé la plus totale liberté dans nos déplacements, et il insistait pour que nous fassions ce qui nous semblait être le plus naturel possible. Il a composé sa mise en scène en fonction de nous. Et aussi en fonction du fait qu'au cinéma, le spectateur est avec les personnages, à l'intérieur même de la pièce, coincés avec eux. L'expérience est probablement plus intense qu'au théâtre, alors que le public observe en témoin depuis un point de vue extérieur.

«Les deux semaines de répétitions ont aussi servi à faire de petits ajustements dans la traduction, poursuit-il. Rien de très important. Mais Jodie, qui parle parfaitement bien le français, a pu faire valoir auprès de Roman sa sensibilité d'Américaine afin que les répliques soient encore plus justes dans un contexte new-yorkais. Nous avons ensuite pu répéter dans les vrais décors. Au terme des répétitions, nous pouvions enchaîner la pièce d'un bout à l'autre.»

Ça tourne au vinaigre

Carnage est un huis clos. Mis à part la scène du début, où l'on voit de loin un enfant en agresser un autre dans un parc à Brooklyn, tout le film se déroule à l'intérieur d'un appartement bourgeois new-yorkais. C'est là que sont réunis les parents des deux enfants impliqués dans l'agression, qui ont décidé de se rencontrer pour discuter de l'affaire et trouver un règlement à l'amiable. Les échanges entre ces adultes responsables et éduqués sont évidemment très polis et courtois au départ, mais la discussion tourne vite au vinaigre. Et se transforme progressivement en un véritable jeu de massacre.

John C. Reilly incarne Michael, une bonne pâte qui semble en apparence bien s'accommoder des valeurs empreintes de rectitude politique que met de l'avant sa femme Penelope (Jodie Foster).

«Je ne sais pas pourquoi Roman m'a choisi et je ne le lui ai pas demandé, souligne l'acteur. Je crois qu'il a simplement vu des similitudes entre ma personnalité d'acteur et celle du personnage. J'ai quand même trouvé cela un peu troublant. À la fin, je me suis aperçu que je partageais plus de points communs avec Michael que je ne l'imaginais au départ. Peut-être Roman a-t-il décelé chez moi des choses que je ne savais pas moi-même! Quand Michael tombe dans le cynisme et l'amertume, je trouve ça plus difficile.»

Carnage, un projet que Polanski a élaboré alors qu'il était en résidence surveillée en Suisse, reste l'un des plus grands souvenirs professionnels de John C. Reilly.

«Au début, j'étais un peu intimidé à l'idée de travailler avec un si grand cinéaste, mais Roman n'a strictement rien à cirer du mythe qui l'entoure. Il est très drôle, toujours enthousiaste, et doté d'un instinct très sûr. Je l'ai côtoyé quotidiennement tous les jours; j'ai partagé pratiquement tous ses repas. Jamais il n'a été question de ses malheurs ou de ses démêlés avec la justice. Sa préoccupation, c'est le cinéma. Très franchement, ce fut très inspirant de côtoyer un homme de 78 ans aussi vivant, malgré tout ce qui est survenu au cours des dernières années et les épreuves qu'il a traversées dans sa vie. J'ai trouvé ça beau à voir.»

Tourné vers l'Europe

Par ailleurs, John C. Reilly ne cache pas son penchant pour le cinéma européen. Il est d'ailleurs aussi de la distribution de We Need to Talk About Kevin, un film de la Britannique Lynn Ramsey, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, dans lequel il donne la réplique à Tilda Swinton.

«Si je pouvais travailler seulement en Europe, je le ferais, souligne l'acteur. J'aime la vie là-bas. J'ai aussi l'impression qu'il y a davantage de rôles pour un acteur de mon genre. Les grands studios ne savent pas trop quoi faire avec moi. Cela dit, j'ai quand même la chance de me faire offrir des rôles intéressants. Et heureusement, il se produit encore de bons films américains!»

En attendant, John C. Reilly espère le prochain appel qui le fera encore tomber de sa chaise.

Carnage prend l'affiche en version originale anglaise, en version doublée française et en version originale avec sous-titres français le 6 janvier.