La hausse imminente des taux d’intérêt fait craindre le pire pour ceux qui ont profité du crédit bon marché et qui supportent une lourde hypothèque, mais la catastrophe appréhendée n’aura pas lieu, selon les économistes de Desjardins et de la Banque Nationale.

Publié le 21 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

L’augmentation des taux aura certainement pour effet de freiner le marché immobilier, estime Jimmy Jean, économiste en chef de Desjardins, « mais il n’y a pas de scénario catastrophe en vue », a-t-il dit lors d’une rencontre virtuelle organisée par l’Association des économistes québécois et le Cercle finance du Québec pour discuter de ce que réserve l’année 2022.

La hausse des taux d’intérêt, qui sont à leur niveau plancher depuis près de deux ans, sera de toute évidence le premier évènement majeur à survenir cette année.

Matthieu Arseneau, économiste en chef adjoint de la Banque Nationale, est lui aussi d’avis que les ménages canadiens et québécois pourront encaisser les hausses de taux sans trop de mal.

« Le taux d’épargne a beaucoup augmenté pendant la pandémie », a-t-il fait valoir.

Au Canada, l’épargne accumulée équivaut à 12 % du produit intérieur brut, le niveau le plus élevé au monde, selon le Fonds monétaire international.

Au Québec, les ménages sont encore moins vulnérables à un relèvement des taux d’intérêt parce qu’ils ne sont pas aussi endettés qu’ailleurs au Canada, a-t-il précisé. La dette des ménages québécois représente 146 % du revenu au Québec, comparativement à 190 % en Ontario et à 181 % pour la moyenne canadienne.

L’économiste en chef de Desjardins note de son côté qu’une augmentation rapide des taux d’intérêt aura certainement pour effet de rendre l’accès à la propriété plus difficile. « Ça pourrait aussi faire diminuer la valeur des maisons, mais pas de façon marquée », estime-t-il. Certains marchés immobiliers en dehors des grandes villes continueront d’être favorisés par la généralisation du télétravail, selon lui.

Retour aux valeurs sûres

La hausse des taux d’intérêt aura une incidence sur les marchés financiers, et les investisseurs devront faire les bons choix pour en profiter. « Il faut commencer par baisser les attentes, parce que l’année qui vient de finir a été exceptionnelle », relève Matthieu Arseneau.

Cela dit, Jimmy Jean et lui estiment que les marchés boursiers offrent encore un bon potentiel en 2022. Ils conseillent d’éviter les technos, dont les titres sont fortement évalués et qui risquent de souffrir davantage de la hausse du coût des emprunts. Les perspectives sont par contre plus favorables pour les entreprises spécialisées dans les produits de base et dans le secteur financier, avancent-ils.

Il ne faut pas trop s’inquiéter de l’effet qu’auront les hausses de salaire sur les profits des entreprises, selon Jimmy Jean.

Avec leur niveau actuel de profits, elles sont tout à fait capables d’absorber la hausse des salaires.

Jimmy Jean, économiste en chef de Desjardins

Desjardins prévoit trois hausses des taux d’intérêt cette année, dont la première en mars, et la Banque Nationale en anticipe cinq, dont une dès la semaine prochaine.

Les deux économistes ont souligné la forte dose d’incertitude qui pèse sur les prévisions de ce début d’année partout dans le monde, à cause des répercussions de la cinquième vague de la pandémie. Desjardins et la Banque Nationale ont dû revoir à la baisse leurs prévisions pourtant récentes sur l’évolution de l’économie mondiale.

En ce qui concerne le Québec, Desjardins a ramené de 2,8 % à 2,2 % sa prévision de croissance pour 2022. La Banque Nationale, de son côté, l’a réduite encore plus, soit de 3,3 % à 2,6 %.