Avec ses nouveaux Embraer E195-E2 – avion rival de l’A220 d’Airbus – Porter Airlines s’apprête à proposer une nouvelle option entre l’aéroport Montréal-Trudeau et Toronto. C’est la première étape d’une expansion qui devrait mettre la table pour de nouvelles liaisons directes depuis la métropole québécoise.

L’entreprise torontoise est surtout connue pour ses avions à hélices qui atterrissent à l’aéroport Billy-Bishop, au centre-ville de la Ville Reine. Cela changera le 1er février, quand les nouveaux avions de ligne de Porter relieront l’aéroport Montréal-Trudeau à l’aéroport Pearson, l’une des plaques tournantes de l’industrie aérienne au pays.

« Nous pensons qu’avec le temps, nous offrirons davantage de liaisons sans escale à partir de Montréal, explique le directeur des communications et des affaires publiques de l’entreprise, Brad Cicero. Montréal-Pearson n’est qu’un point de départ. Nous espérons offrir plus de choix depuis la métropole. »

Porter a reçu les cinq premiers appareils de la commande passée en juillet 2021 – et bonifiée l’an dernier – qui a officiellement mis fin à son engagement préalable à l’endroit de l’ancienne C Series de Bombardier. Les E195-E2 entreront en service mercredi prochain.

Le transporteur s’est engagé à commander jusqu’à 50 avions et dispose d’options sur 50 autres appareils. L’objectif : une offensive dans des marchés comme Toronto, Montréal, Ottawa et Halifax ainsi qu’aux États-Unis et dans les Caraïbes. Les nouvelles destinations devraient être annoncées au fur et à mesure que la flotte de Porter grandira.

Un acteur de plus

L’industrie canadienne a vu des compagnies à bas prix comme Flair Airlines, Lynx Airlines et Canada Jetlines s’installer dans le paysage concurrentiel depuis la pandémie.

L’expansion de Porter en est à ses balbutiements, mais l’expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill John Gradek croit que Porter est outillée pour venir jouer dans les plates-bandes d’acteurs comme Air Canada, WestJet et Air Transat.

On parle d’une compagnie qui connaît bien le marché nord-américain. Les voyageurs connaissent déjà la marque. On se retrouvera peut-être avec un vrai concurrent dans le marché nord-américain. Surtout qu’elle devrait avoir entre 15 et 20 de ses nouveaux avions d’ici la fin de l’année.

John Gradek, expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill

Comment Porter peut-elle tirer son épingle du jeu ? En ciblant les voyageurs qui optent pour la classe économique, une catégorie négligée, selon M. Cicero, de Porter.

« La plupart des compagnies se concentrent sur leurs clients réguliers ou tentent de les séduire avec les prix, dit-il. Pourtant, la plupart des gens voyagent en classe économique et ils ne sont pas très bien traités. Nous voulons continuer à faire ce que l’on fait. Offrir des rafraîchissements et des collations à notre clientèle en vol et un accès au WiFi. »

Une vitrine

Première compagnie aérienne à exploiter l’E195-E2 en Amérique du Nord, Porter avait signé une lettre d’intention, il y a une décennie, pour acheter jusqu’à 30 appareils C Series. La commande était conditionnelle à l’agrandissement de la piste d’atterrissage à Billy-Bishop, ce qui ne s’est jamais matérialisé. Porter a finalement choisi de se tourner vers Embraer, un appareil assemblé à l’étranger, pour son expansion. Visiblement, la rapidité à obtenir des avions et le prix payé a pesé dans la balance.

« Le moment [de livraison] a certainement joué un rôle, a dit M. Cicero. Nous avons une stratégie et le calendrier de livraison d’Embraer y répondait. C’était l’un des éléments évalués. L’A220 est un excellent appareil, mais nous avons opté pour Embraer. »

PHOTO FOURNIE PAR PORTER.

Porter pourrait acheter jusqu'à 100 avions de ligne E195-E2 d'Embraer.

Airbus a récemment indiqué que les créneaux de livraison étaient complets jusqu’en 2029 pour ses avions monocouloirs, ce qui complique la tâche pour une compagnie aérienne qui souhaite obtenir de nouveaux appareils rapidement.

Selon les prix catalogue, la valeur des commandes pourrait frôler les 8 milliards. Les transporteurs obtiennent généralement de généreux rabais, qui peuvent parfois varier entre 60 et 70 % du prix affiché. Cela est probablement le cas pour Porter, qui a opté pour une famille d’avions qui n’accumule pas les commandes.

« Porter a certainement obtenu un excellent prix, affirme M. Gradek. La compagnie est le client de lancement en Amérique du Nord et Embraer a certains problèmes. C’était sûrement difficile de dire non. »

Une situation similaire était survenue lorsque Bombardier avait décroché une commande auprès de Delta Air Lines, en 2016, qui allait s’avérer névralgique pour la survie du programme désormais appelé A220. La presse spécialisée avait calculé que le transporteur américain avait réussi à obtenir un prix d’environ 28 millions US pour la plus petite version de l’avion, dont le prix suggéré était de 79,5 millions US.

En savoir plus

  • 2006
    Année de fondation de Porter Airlines
    SOURCE : Porter airlines
    29
    Nombre d’avions à hélices Dash 8-400 actuellement exploités par Porter
    SOURCE : PORTER AIRLINES