(Montréal) Le Groupe Crevier veut vendre son réseau de 174 stations-service pour miser sur le marché fragmenté du lubrifiant où les occasions de croissance seraient plus grandes.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

L’entreprise familiale de troisième génération a conclu une entente pour vendre ses stations-service ainsi que les activités de vente en gros à l’entreprise canadienne Parkland. Les deux entreprises n’ont pas voulu dévoiler le montant de la transaction.

Jean-François Crevier, président du Groupe Crevier, croit que son entreprise se trouvera en meilleure posture concurrentielle en misant sur le segment du lubrifiant mécanique avec Catalys Lubricants et Crevier Lubrifiants. Leurs produits sont utilisés pour les camions, la machinerie lourde, l’équipement industriel et les voitures. « On a l’occasion d’être un des seuls à créer une plateforme canadienne dans le segment du lubrifiant, pour avoir un réseau pancanadien, dit-il en entrevue. Ça va nous donner encore plus de leviers pour croître dans le futur. »

En comparaison, le réseau de 174 stations-service, dont 138 sont franchisées, est relativement modeste. « On est entouré de très gros joueurs, explique le dirigeant. Les économies d’échelles dans notre domaine sont hyperimportantes, tant pour l’alimentation [les dépanneurs] que pour le carburant. On a décidé que la croissance future serait meilleure dans un grand groupe et Parkland correspondait à ce profil. »

La vente devrait être finalisée au premier trimestre de 2022 et est soumise à l’approbation des autorités réglementaires. Pour le moment, Parkland, qui exploite notamment les enseignes Ultramar et Esso au Canada, ne veut pas se prononcer sur l’avenir de la marque Crevier. « Il est encore un peu tôt pour parler de notre stratégie de marque, répond Simon Scott, porte-parole de l’entreprise de Calgary. Il reste encore beaucoup de travail à faire entre maintenant et le moment où la transaction sera conclue. Ce que je peux vous dire est que nos marques Marché Express et Ultramar sont pertinentes dans le paysage québécois et qu’elles jouissent de la confiance des consommateurs. »

Fondé en 1945 par Émile Crevier, le Groupe Crevier a fait ses premiers pas dans la vente au détail de mazout de chauffage pour s’étendre dans la vente en gros de carburant et de produits pétroliers dans les années 1950. La société a développé son réseau de stations-service dans les années 1980, au moment où les géants de l’industrie quittaient les régions pour se concentrer sur les grands centres urbains.

L’avenir dans le lubrifiant

Avec la vente annoncée mardi, Groupe Crevier se déleste d’une part importante de son entreprise pour accélérer la croissance de ses activités de lubrifiants.

Les activités vendues représentent 60 % du bénéfice brut de l’entreprise, affirme son président. Ce dernier n’a pas précisé les montants en question, mais Parkland, pour sa part, estime que l’acquisition lui procurera un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) de 12 millions, avant les synergies.

Les sommes tirées de la vente permettront au Groupe Crevier de financer la croissance à l’interne et par acquisition. L’entreprise est présente dans le segment du lubrifiant depuis la fin des années 1980, mais c’est depuis 2009 avec l’acquisition des activités de Chevron au Québec que l’entreprise a accéléré la croissance. La société a par la suite acquis les activités de Chevron en Colombie-Britannique en 2013. Dans les sept dernières années, l’entreprise a réalisé environ une acquisition par année. « On veut continuer au même rythme pour doubler nos ventes d’ici cinq ans. »

Un nouvel entrepôt est déjà en service à Edmonton et d’autres ouvertures sont attendues dans les prochains mois. « On est déjà présent à plusieurs endroits au Canada et on veut terminer notre plan pour être capable de faire des livraisons dans toutes les villes du Canada dans la prochaine année. »

M. Crevier n’exclut pas d’étendre son entreprise aux États-Unis dans le futur, mais, pour les cinq prochaines années, les efforts seront concentrés sur le marché canadien, ce qui représente déjà « beaucoup de boulot ».