Les divisions Production, Distribution et Transport avec lesquelles Hydro-Québec a vécu pendant 24 ans étaient « une vue de l’esprit » et n’avaient aucune existence réelle, selon sa présidente-directrice générale, qui les a abolies peu de temps après à son arrivée à la tête de la société d’État.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« C’était une grosse patente chez nous, mais ça n’était absolument rien dans les faits », a expliqué Sophie Brochu hier à Québec aux parlementaires réunis à l’occasion de l’étude de crédits du ministère de l’Énergie et des Ressources.

Créées en 1997 pour faciliter les activités d’Hydro-Québec sur le marché américain nouvellement déréglementé, les divisions n’étaient pas du tout des filiales gérées de façon indépendante, a-t-elle expliqué.

L’abolition de ces divisions ne nuira pas à Hydro-Québec sur le marché américain, a assuré Sophie Brochu. Elle a mentionné qu’au premier trimestre de cette année, dont les résultats seront connus sous peu, les exportations d’électricité aux États-Unis ont atteint un sommet trimestriel historique.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec

On a eu des conversations avec la Régie de l’énergie et les organismes de réglementation des marchés américains et personne n’a soulevé ça [la question de la séparation fonctionnelle]

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec

Il y a toujours eu « des garde-fous » pour prévenir les abus de marché et ces garde-fous demeurent, selon Sophie Brochu. Mais l’entreprise est débarrassée de ses « royaumes » et fonctionnera mieux, dit-elle. « Aujourd’hui, je dirige une organisation. Ce n’est pas la ligue nationale Hydro-Québec, c’est une Hydro-Québec ».

Une perte de temps

La PDG d’Hydro-Québec a été longuement interrogée par les députés Ruba Ghazal et Saul Polo sur le fait qu’elle a conservé son siège au conseil d’administration de la BMO, qui lui rapporte 225 000 $ par année. Avec son salaire d’Hydro-Québec, elle est mieux payée que le premier ministre du Québec.

« On s’attend à une exclusivité de fonction de la part du PDG d’Hydro-Québec », a mentionné Saul Polo.

Sophie Brochu a fini par perdre patience. « Mon temps de fin de semaine, j’ai le droit de l’utiliser comme je veux », a-t-elle rétorqué. Elle a soutenu qu’elle ne siège pas au conseil de la banque pour le salaire, mais pour développer des réflexes sur le plan financier qui lui sont utiles comme dirigeante d’entreprise.

Si je voulais faire des sous, je ferais autre chose que diriger Hydro-Québec.

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec

Au député qui lui suggérait de renoncer à sa rémunération de la BMO, Mme Brochu a répliqué qu’il n’en était pas question. « Un homme ne ferait jamais ça ! », a-t-elle lancé au député.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources, Jonatan Julien, a appuyé Mme Brochu, mais la députée Ruba Ghazal est revenue sur le sujet de sa double rémunération. « Vous êtes la seule PDG de société d’État qui a bénéficié d’une exception » pour recevoir une rémunération d’une entreprise privée, a-t-elle souligné.

Sophie Brochu a trouvé que c’en était trop. « On avait deux heures pour discuter des enjeux d’énergie et vous ratatinez ça à Sophie Brochu et à ma rémunération, a-t-elle répliqué. On est passé à côté de quelque chose pour lequel toute une équipe s’était préparée. »

« Ça ne fait que me rappeler pourquoi je ne vais pas en politique », a-t-elle dit à un moment du débat.