L’affrontement entre les deux grands transporteurs ferroviaires canadiens pour acquérir l’entreprise Kansas City Southern est un duel pour obtenir un accès direct au Mexique et mieux profiter de la reprise économique anticipée à la sortie de la pandémie.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le dévoilement, mardi, d’une offre du CN donnant à Kansas City Southern une valeur de 33,7 milliards US (environ 42,4 milliards CAN) survient un mois après la présentation d’une offre du CP valorisant le transporteur du Midwest américain à 29 milliards US.

Le conseil d’administration de Kansas City Southern avait précédemment donné son approbation à une fusion avec le CP. La direction du transporteur ferroviaire du Midwest américain a toutefois fait savoir mardi que la proposition du CN serait évaluée par le conseil d’administration.

À moins que le CP rapplique avec une proposition bonifiée, l’offre du CN risque d’être difficile à écarter. Cette proposition en argent et en actions du CN donne une valeur de 325 $ à l’action de Kansas City Southern, c’est-à-dire 27 % de plus que le cours boursier à la clôture lundi.

Les grands gagnants à l’heure actuelle sont les actionnaires de Kansas City Southern. Le titre de Kansas City Southern avait bondi de 11 % le 22 mars en réaction à l’offre du CP, et l’action s’est appréciée de 15 % mardi, à 295 $, après la divulgation de l’intérêt du CN.

« À première vue, bien que l’offre du CN soit supérieure d’un point de vue financier, le risque réglementaire est plus élevé que dans le cas de l’offre du CP, dont le réseau ne chevauche pas celui de Kansas City Southern. Et c’est un élément que le conseil d’administration de Kansas City Southern devra considérer en évaluant la proposition », commente l’analyste Benoit Poirier, chez Valeurs mobilières Desjardins.

La direction du CN estime que l’acquisition de Kansas City Southern pourrait permettre des synergies d’environ 1 milliard annuellement et la « vaste majorité » de ces synergies proviendraient des occasions de revenus additionnels.

Le CN et le CP font tous deux valoir les occasions de croissance dans le marché avec l’accord commercial Canada — États-Unis — Mexique, et le fait qu’une transaction avec Kansas City Southern permettrait la création d’un réseau nord-sud traversant le Canada, les États-Unis et le Mexique. Le CN et le CP appuient aussi sur les bienfaits environnementaux du transport sur rails pour réduire l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en réduisant la congestion routière.

« Les réseaux du CN et de Kansas City Southern sont hautement complémentaires et présentent peu de chevauchements. Un service plus sécuritaire et une efficacité énergétique accrue sur les itinéraires clés du Mexique jusqu’au cœur de l’Amérique se traduiront par un chemin de fer plus sûr, plus rapide, plus propre et plus fort », affirme le PDG du CN, Jean-Jacques Ruest.

La direction du CP soutient de son côté que la proposition du CN est « illusoire », « inférieure », « massivement complexe », et qu’elle crée des « impacts concurrentiels défavorables ».

Des actifs convoités

Les actifs de Kansas City Southern sont convoités depuis plusieurs années. Il y a huit ans, Benoit Poirier avait d’ailleurs publié un rapport de recherche dans lequel il affirmait que le CN et le CP étaient bien positionnés pour procéder à une acquisition de Kansas City Southern. Il soulignait notamment que les perspectives de croissance à long terme du Mexique et la dynamique de marché étaient des facteurs clés pour justifier une transaction.

Le moment est venu de procéder à une telle transaction maintenant que le conseil d’administration de Kansas City Southern est disposé à cristalliser la valeur pour les actionnaires.

Mettre en place un réseau ferroviaire qui relie le Canada, les États-Unis et le Mexique a beaucoup de valeur, a dit Jean-Jacques Ruest mardi au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes. « C’est pourquoi nous pouvons justifier notre offre », a-t-il dit.

« Le coût de la main-d’œuvre en Chine a augmenté au point que la fabrication au Mexique devient de plus en plus intéressante. Ce qu’il manque en Amérique du Nord est un véritable chemin de fer nord-sud, un chemin de fer qui peut vraiment rivaliser avec le transport par camions. »

L’action du CN a cédé 6 %, à 138,85 $, mardi, ce qui a fait glisser la capitalisation boursière de l’entreprise montréalaise sous la marque des 100 milliards à Toronto. Le titre du CP, de son côté, a cédé 2 %, à 447,71 $.

Le CP présente ce mercredi ses résultats de début d’exercice. Une conférence téléphonique est prévue en fin de journée. La direction pourrait en profiter pour émettre des commentaires additionnels sur le dossier Kansas City Southern.