L’achat local est dans l’air du temps. Et Maxi veut en profiter en permettant à des PME québécoises dont la capacité de production est limitée d’approvisionner quelques supermarchés dans leur région. Objectif : 500 nouveaux produits d’ici la fin de l’année.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Ç’a été le plus gros bon de commande d’une shot en cinq ans. J’ai dit à mon associé : ‟Mais comment on va faire ?" C’est fou. C’est malade ! », raconte Bastien Poulain, fondateur et chef de la direction de 1642, un fabricant montréalais de tonics et de boissons gazeuses.

La PME a commencé à livrer à Maxi ses bouteilles de tonic mercredi matin. Elles côtoieront celles de sa grande rivale, l’entreprise britannique Fever Tree.

« La grande bataille dans l’agroalimentaire, c’est toujours l’accès aux tablettes. Et là, on a accès à une enseigne en forte croissance au Québec. Ça rend notre produit beaucoup plus accessible, se réjouit Bastien Poulain. On est très contents. C’est extraordinaire. » 1642 est, à son avis, « l’exemple parfait » de la PME propulsée par la tendance de l’achat local au Québec.

En entrevue, le grand patron de Maxi, Patrick Blanchette, explique que le processus pour intégrer un nouveau produit se fait désormais beaucoup rapidement. « Avant, ça prenait entre six mois et un an. Maintenant, on peut faire quelque chose en une semaine. » Jusqu’ici, 200 produits québécois additionnels ont fait leur entrée en magasin. Le but est en d’ajouter 300 autres d’ici la fin de l’année.

La ferme des Voltigeurs, à Drummondville, a profité du délai raccourci. Depuis trois semaines, ses poulets entiers sont vendus dans 11 Maxi à proximité des élevages. « On avait des surplus et on a fait des approches. Et comme il y a un engouement pour les produits du Québec, la porte était grande ouverte ! », relate le directeur au développement des affaires, Réal Quirouet.

L’entreprise est bien consciente, toutefois, que son produit n’est pas un « naturel » pour Maxi. « Ma crainte, c’est qu’il y ait des pertes, car je vends un produit haut de gamme, et ce n’est pas le créneau de Maxi », dit Réal Quirouet. Mais jusqu’ici, ce n’est pas un problème, assure-t-on.

Grand étonnement pour la pizzeria Como

La stratégie de Maxi a aussi créé la surprise à Delson, au sud de l’île de Montréal. La pizzeria Como vient de faire son entrée chez Maxi avec « une 12 pouces » surgelée dont le prix courant s’élève à 16,99 $. « Quand on a su pour Maxi, on n’y croyait pas trop, car ils vendent des produits à bon prix. Mais ils trouvent qu’il y a de la valeur dans notre produit premium », rapporte le propriétaire, Robert Porco.

Contrairement aux pizzas parfois vendues moins de 5 $, les siennes sont faites à la main, localement et avec des ingrédients « haut de gamme », fait valoir l’homme d’affaires, qui n’ambitionne pas de fournir tous les Maxi du Québec, sa capacité de production n’étant pas suffisante.

Maxi affirme qu’il « s’agit d’un virage important » dans sa stratégie d’approvisionnement puisqu’elle exigeait presque toujours de ses fournisseurs qu’ils « soient en mesure de livrer du tonnage et de desservir l’entièreté du réseau ».

L’épicier dit maintenant vouloir « venir en aide à certains producteurs dont les débouchés ont disparu en raison de la pandémie ». Mais ses produits courants sont là pour de bon. L’idée est d’avoir plus de « produits de niche » pour plaire à une clientèle qui se diversifie, fait valoir Patrick Blanchette.

Le distributeur de farine Farinex a justement commencé à approvisionner les Maxi en gros sacs de 20 kg « pour se sortir de la crise », puisque 25 % de ses clients ont fermé leurs portes en mars. « On a fait ça pour nous aider et aider Maxi. Mais ce n’est pas quelque chose qu’on veut poursuivre par la suite, indique la directrice générale, Sandra Drouin. La vente au détail, ce n’est pas notre niche. »

Nouvelle campagne publicitaire

Comme ce fut le cas par le passé, il n’est pas impossible que des produits vendus localement se retrouvent dans toute la chaîne, indique Patrick Blanchette en donnant l’exemple de la crème glacée Festin, de Saguenay.

Afin de favoriser l’achat local, Maxi a aussi décidé de mieux identifier les 1500 produits certifiés Aliments du Québec qu’elle vend déjà dans ses 114 magasins.

L’initiative sera notamment promue au moyen d’une nouvelle publicité mettant en vedette Martin Matte.