(Québec) Québecor estime avoir entre les mains une « solution solide, pérenne et viable » pour assurer la survie du Cirque du Soleil. L’entreprise de presse québécoise confirme avoir « engagé des discussions » avec la Caisse de dépôt et placement du Québec et Investissement Québec, entre autres, pour faire valoir ses visées. Elle est prête à investir des centaines de millions.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Québecor veut protéger ce fleuron québécois, notamment en rapatriant l’actionnariat de contrôle au Québec et en s’assurant de préserver le siège social à Montréal » a écrit le grand patron, Pierre Karl Péladeau, dans une lettre adressée à quatre ministres fédéraux québécois, que La Presse a pu consulter.

Samedi, La Presse révélait que Québecor se posait en sauveur du Cirque du Soleil, qui se trouve au bord du gouffre financier en raison de la pandémie de la COVID-19. Le Cirque a cependant fait parvenir une mise en demeure à Québecor lui demandant de retirer ou corriger certaines informations publiées dans ses plateformes médiatiques.

Le Cirque soutient que l’entreprise de M. Péladeau mène en parallèle une campagne visant à nuire à son redressement pour ainsi bénéficier d’une valorisation moindre pour l’acheter.

De son côté, Québecor critique la direction du Cirque dans une déclaration publique diffusée lundi après-midi. Le conglomérat déplore « l’absence d’empressement d’agir de la part de la direction du Cirque, car, chaque jour qui passe, l’avenir de cette entreprise s’hypothèque dangereusement et les forces créatives, auxquelles se rattachent des milliers d’emplois, subissent un préjudice important ».

Québecor dit avoir été étonné de constater l’ampleur des difficultés du Cirque du Soleil. « Qu’une entreprise de cette envergure n’ait eu dans ses coffres les liquidités minimales pour pourvoir à l’essentiel laisse dubitatif », écrit Québecor. Surtout, lit-on dans la déclaration, si on considère l’analyse de la firme Moody’s, qui avait jugé sévèrement la situation financière du Cirque.

« La politique financière [du Cirque] qui favorise les actionnaires a augmenté le risque de crédit, ce qui, combiné à la récente détérioration de la performance, a résulté d’une situation financière plus précaire », écrivait Moody’s.

Québecor dit aussi avoir considéré dans un premier temps « un financement à court terme de plusieurs dizaines de millions de dollars afin d’assurer une rémunération aux milliers d’employés [du Cirque] ainsi que de faire face aux paiements des différentes obligations, dont notamment les comptes impayés des collaborateurs/trices depuis plusieurs mois »

Lettre aux ministres fédéraux

Dans sa lettre adressée aux ministres, Steven Guilbeault, François-Philippe Champagne, Pablo Rodriguez et Mélanie Joly, M. Péladeau indique « avoir pris connaissance des représentations effectuées par le Cirque du Soleil auprès [du] gouvernement » pour obtenir une aide financière du fédéral.

« […] Nous aimerions vous informer que Québecor a informé la direction du Cirque ainsi que leurs créanciers [de son intérêt] à participer à une solution qui assurerait la pérennité de cette très grande marque québécoise de réputation internationale avec une expertise unique en création de contenus événementiels », écrit-il.

« Réelle motivation »

Québecor dit avoir posé une série de « gestes concrets » pour « témoigner de [son] intérêt » envers le Cirque du Soleil. L’entreprise a notamment « engagé des discussions » avec la Caisse de dépôt – propriétaire à 20 % du Cirque – Investissement Québec, le Fonds de Solidarité de la FTQ et la Banque Royale du Canada.

« Nous continuons de tenter d’obtenir l’accès aux informations financières complètes pour ainsi avoir un vrai portrait de la situation actuelle du Cirque et d’en savoir plus sur les démarches pour assurer le financement à court terme de l’entreprise », écrit M. Péladeau.

Québecor assure également avoir communiqué aux conseillers financiers du Cirque sa « réelle motivation » de participer à une solution soit par un financement à court terme et/ou à une recapitalisation à long terme. L’entreprise explique aussi avoir retenu les services de conseillers financiers et juridiques « pour être [prête] à décider et exécuter rapidement toute solution retenue ».

Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle dimanche, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, n’a pas fermé la porte à une aide de Québec.

« Les nouveaux propriétaires, s’il y a de nouveaux propriétaires, qui viennent nous voir, la première chose qui est importante c’est que le centre de décision demeure ici au Québec et deuxièmement, que le capital que nous mettrions soit protégé parce que l’on gère l’argent du public », a-t-il indiqué.

Sans vouloir commenter l’intérêt particulier de Québecor, le ministre a indiqué que la pérennité du Cirque du Soleil doit passer par une restructuration de son capital. « Nous, au gouvernement, on est aux premières loges. On regarde ce qui se passe. On n’est pas dans la prise de décision présentement et on va possiblement aider dépendamment des structures qui seront présentées », a-t-il expliqué.

M. Fitzgibbon a soutenu que le Cirque, malgré qu’il soit détenu à 80 % par des intérêts étrangers est un « moteur » énorme pour le Québec.

Le Cirque traîne une dette d’environ 1 milliard et ne touche plus aucun revenu depuis que ses activités sont paralysées par la crise de la COVID-19. Les 44 spectacles en représentation dans le monde ont été arrêtés. La direction du Cirque a mis à pied 95 % de son effectif le 19 mars, soit 4679 employés.