Le Mouvement Desjardins a confirmé lundi la réélection de son président du conseil d’administration et chef de la direction, Guy Cormier. Aucun autre candidat ne s’est manifesté lors de la période de mise en candidature, qui a pris fin le 13 décembre dernier.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La réélection sans opposition survient malgré la tourmente de la crise de protection des renseignements personnels de près de 6 millions de ses clients. Le second mandat de quatre ans de M. Cormier débutera officiellement à l’issue des assemblées générales annuelles du Mouvement Desjardins, prévues le 28 mars 2020 à Québec.

Quels sont les défis pour un président réélu sans opposition ?

Rétablir la réputation de Desjardins

Est-ce que la crise des renseignements personnels qui sévit chez Desjardins depuis juin dernier risque d’endommager sa réputation dans le marché hautement compétitif des services financiers ?

La gestion de la crise des renseignements personnels et, surtout, de ses répercussions sur la bonne continuité des affaires de Desjardins à court et moyen terme s’annonce comme un défi considérable pour le président Guy Cormier avant même que s’amorce son deuxième mandat.

Jusqu’à maintenant, la haute direction de Desjardins prétend qu’il y a absence de dommages importants, alors que l’ajout net de membres se poursuivrait dans les caisses et que la provision pour frais spéciaux serait suffisante à seulement 70 millions.

Gérer les critiques envers la gouvernance

« Desjardins doit évoluer dans sa pratique de gestion des risques et de sa gouvernance du conseil d’administration », avait commenté le ministre québécois des Finances, Eric Girard, après que Desjardins eut révélé une autre aggravation substantielle de la crise des renseignements personnels et quelques jours à peine après que son président du conseil et chef de la direction, Guy Cormier, eut limogé deux de ses principaux adjoints de la haute direction.

Depuis, cette remarque du ministre Girard, qui supervise notamment la Loi sur les coopératives de services financiers et l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui ont autorité sur Desjardins, a trouvé écho parmi des analystes de la bonne gouvernance d’entreprise.

Leur préoccupation principale ? Est-ce que l’occupation simultanée des postes de président du conseil et de chef de la direction par un même haut dirigeant demeure appropriée chez Desjardins ? D’autant que cette pratique de gouvernance a déjà été mise de côté parmi les entreprises d’envergure au Canada, a priori parmi les grandes banques et principales concurrentes de Desjardins.

Donc, même réélu sans opposition, Guy Cormier aura-t-il la capacité et la volonté d’amorcer ce débat ?

Gérer le risque d’une économie moins favorable

La prochaine année s’annonce plus compliquée dans le secteur des services bancaires et financiers, afin de maintenir des résultats d’exploitation satisfaisants en dépit du ralentissement de l’économie.

Parmi les analystes du secteur bancaire, on multiplie les avertissements aux investisseurs d’un risque accru de pertes sur prêts de clients des banques touchés par le ralentissement. Le risque de volatilité accrue sur les marchés financiers, un secteur d’activité habituellement des plus rentables parmi les entreprises de services bancaires, pourrait nuire aux prochains résultats trimestriels.

Le Mouvement Desjardins a peu de chances d’échapper aux conséquences de cette détérioration attendue de la conjoncture économique.

Et ce, malgré la bonne tenue récente de l’économie québécoise d’où provient la majeure partie de ses 17 milliards en revenus et de ses 312 milliards d’actifs.

Pour le président Guy Cormier, ce contexte laisse présager ce qui pourrait s’avérer d’une ampleur inégalée depuis la crise financière et la récession d’il y a 10 ans.