Le ton a monté une fois de plus, samedi, dans les négociations entourant le renouvellement de la convention collective des débardeurs du port de Montréal, alors que le syndicat menace de déclencher une grève générale illimitée.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

L’annonce fait suite au préavis de 72 heures que l’Association des employeurs maritimes (AEM) avait fait parvenir au syndicat avant de suspendre certaines conditions de rémunération.

Débutant le mardi 13 avril, à 18 h, la grève consisterait en « la cessation complète de la disponibilité pour du travail de seine et du travail en prolongation sur le territoire du port de Montréal, incluant le terminal Contrecœur », a indiqué le syndicat dans un communiqué de presse. Les heures supplémentaires cesseraient aussi à partir du 14 avril.

Le nombre maximal de débardeurs visés par la grève est de 1151 travailleurs.

Plus tôt samedi, l’AEM avait annoncé son intention « de retirer la garantie de revenus et de cesser de rémunérer les heures non travaillées » afin de « pallier les effets néfastes d’une telle baisse de volume ». Elle avait aussi signalé qu’elle avait « exercé son droit » en donnant un préavis de trois jours au comité exécutif syndical.

Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, l’AEM a écrit que le port de Montréal « a subi une importante baisse de volume de 11 % en mars, causée par l’incertitude et l’anxiété générées par la situation liée aux relations de travail ».

Une réunion d’urgence s’est tenue durant la journée, a ensuite confirmé le président du Syndicat des débardeurs, Martin Lapierre, par voie de communiqué.

Des négociations ont eu lieu « au cours des quatre derniers jours » entre les deux parties, a affirmé le communiqué. Le syndicat ajoutait que « pour la première fois en sept mois, l’employeur a véritablement négocié », tout particulièrement sur des demandes « touchant la conciliation travail/vie personnelle et les horaires de travail », qui figurent parmi les principaux points de litige depuis le début de ce conflit.

Une table de négociations « toujours vivante »

Vendredi après-midi, les parties se sont quittées « en précisant toutes deux aux médiateurs que la table de négociation était toujours vivante », martèle M. Lapierre. L’employeur aurait toutefois précisé à ce moment qu’il « étudiait ses options ».

Rappelons que le syndicat des débardeurs a rejeté la plus récente offre patronale à 99,7 %, le 21 mars, soit le dernier jour d’une trêve de sept mois qui avait mis fin à la grève d’août 2020. La convention collective des débardeurs du port de Montréal est échue depuis 2018.

Fin mars, La Presse rapportait que l’AEM avait acheté de l’espace publicitaire dans les principaux journaux de Montréal « pour faire le point sur le statut des négociations » avec les débardeurs. On y affirmait que les débardeurs du port de Montréal ont un salaire annuel moyen de 126 000 $, qu’ils travaillent 16 jours par période de 21 jours et que leurs quarts de travail ne durent généralement que quatre ou cinq heures.

Les débardeurs, eux, contestent cette vision « simpliste ». Le syndicat avait d’ailleurs rapidement déploré cette stratégie, en accusant la partie patronale de vouloir régler le conflit de travail au tribunal de l’opinion publique plutôt qu’à la table des négociations. « C’est le plan de l’employeur de ne pas négocier et de demander au gouvernement de faire sa job », avait fustigé le conseiller syndical de la section locale 375 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Michel Murray. Selon lui, cette offensive médiatique vise à « convaincre l’opinion publique que les débardeurs sont des méchants et que ça va nécessiter une intervention gouvernementale ».