L’Association des employeurs maritimes (AEM) a acheté de l’espace publicitaire dans les principaux journaux de Montréal, lundi matin, « pour faire le point sur le statut des négociations » avec les débardeurs. Le syndicat déplore cette stratégie et accuse la partie patronale de vouloir régler le conflit de travail à la cour de l’opinion publique plutôt qu’à la table des négociations.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Dans la publicité publiée lundi matin, l’Association des employeurs maritimes rappelle que les débardeurs du port de Montréal ont un salaire annuel moyen de 126  000 $, qu’ils travaillent 16 jours par période de 21 jours et que leurs quarts de travail ne durent généralement que 4 ou 5 heures.

« On voulait faire le point sur le statut des négociations et rectifier certains faits, a affirmé Martin Tessier, président de l’AEM, en entrevue avec La Presse. Les conditions salariales sont généreuses pour des gens qui sont dans le manufacturier. »

M. Tessier a également souligné qu’à cause de la menace d’une grève qui plane sur le port de Montréal, le volume de cargo qui y est traité a diminué de 1,8 % entre janvier 2020 et janvier 2021, alors qu’il a plutôt augmenté de 9 à 15 % dans les principaux ports de la côte est américaine durant la même période.

Selon lui, cette baisse est entièrement attribuable à « l’incertitude et l’anxiété » que vivent les importateurs et exportateurs qui choisissent de dérouter leurs marchandises vers d’autres ports, de peur que les activités du port de Montréal soient perturbées comme elles l’ont été lors de la grève de l’été dernier.

Pas une surprise pour le syndicat

Michel Murray, conseiller syndical de la section locale 375 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), n’est pas surpris que l’employeur ait recours à des publicités pour tenter de faire bouger l’opinion publique.

« C’est le plan de l’employeur de ne pas négocier et de demander au gouvernement de faire sa job », a-t-il déclaré lundi après-midi. Selon lui, cette offensive médiatique vise à « convaincre l’opinion publique que les débardeurs sont des méchants et que ça va nécessiter une intervention gouvernementale ».

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Murray, président du syndicat des débardeurs du port de Montréal

M. Murray croit que le chiffre des 16 jours travaillés sur 21 n’est pas représentatif de la réalité habituelle des débardeurs.

« Ils ont pris les chiffres de l’année dernière où il y a eu une grosse baisse en juillet et août à cause du ressac de la pandémie en Europe et [où] il y a eu 22 jours de grève », a-t-il expliqué.

À titre comparatif, une personne qui travaille 5 jours par semaine pendant toute l’année travaille l’équivalent de 15 jours sur 21. Les débardeurs doivent également être disponibles pour travailler pendant 19 jours sur 21.

Selon les deux parties impliquées, les négociations achoppent sur les questions de conciliation entre le travail et la vie personnelle plutôt que sur les conditions salariales.

Le syndicat a bon espoir d’en arriver à une entente négociée avec la partie patronale et ne croit pas que le gouvernement fédéral aura à intervenir dans le conflit qui dure maintenant depuis 30 mois.

Le syndicat des débardeurs a rejeté la plus récente offre patronale à 99,7 %, le 21 mars, soit le dernier jour d’une trêve de 7 mois qui avait mis fin à la grève d’août 2020.

Récemment, de nombreuses associations commerciales et industrielles comme la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Conseil du patronat du Québec, l’Association du camionnage du Québec et Manufacturiers et Exportateurs du Québec ont envoyé une lettre à la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, pour lui communiquer leurs inquiétudes quant aux répercussions qu’aurait une nouvelle grève des débardeurs et pour l’enjoindre à agir afin que le conflit de travail se règle rapidement.

Le 17 mars dernier, le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a rejeté une plainte de l’employeur qui accusait le syndicat de négocier de mauvaise foi. Le CCRI a néanmoins critiqué le syndicat pour ses agissements de l’été dernier.

« Le Conseil a de la difficulté à voir d’un bon œil le fait que le syndicat a déclaré une grève en août 2020 avant même d’avoir fourni à l’employeur les précisions nécessaires concernant ses revendications et sans avoir présenté ses revendications monétaires et salariales. Cela nous semble tout à fait irresponsable et non conforme à un processus de négociation raisonnable », écrit le CCRI dans sa décision.

Le syndicat des débardeurs possède un mandat de grève de ses membres qui est valide jusqu’au 15 avril prochain. Il doit donner un préavis de 72 heures avant de tomber en grève. Michel Murray n’a pas voulu commenter la possibilité d’une nouvelle grève.

La convention collective des débardeurs du port de Montréal est échue depuis 2018.