C’est le portefeuille des placements privés de la Caisse qui a été la catégorie d’actifs qui a produit encore cette année les plus forts rendements de l’institution, avec une progression de 20,7 %, surpassant, et de loin, la performance de 8,3 % générée par ses placements boursiers. Mieux encore, la valorisation des participations privées de la Caisse dans les entreprises technologiques lui a permis de récupérer les gains qui lui ont échappé à la Bourse en raison de sa faible exposition aux titres technologiques à New York.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

On dit souvent que les entreprises du secteur privé sont plus performantes que celles du secteur public. On pourrait dire la même chose des placements privés par rapport à ceux qui sont réalisés sur les marchés publics.

PHOTO FOURNIE PAR LIGHTSPEED

Les participations privées que la Caisse détenait dans les entreprises Nuvei et Lightspeed avant qu’elles ne s’inscrivent à la Bourse et la valorisation que ces titres ont générée durant la dernière année ont été bénéfiques à la Caisse.

À la Caisse de dépôt, la différence entre les deux types d’investissements est marquante. Année après année, le portefeuille des placements privés arrive à produire plus de rendement que toutes les autres catégories d’actifs où la Caisse investit, que ce soit la Bourse, l’immobilier, les infrastructures ou les revenus fixes.

Et le portefeuille de placements privés est le seul portefeuille de la Caisse qui réussit à battre son indice de référence, et avec une marge considérable. Pour la dernière année, la Caisse a généré 20,7 %, alors que son indice de référence a enregistré une plus-value de 9,9 %. Sur cinq ans, les placements privés cumulent des gains de 14,9 %, contre 9,9 % pour l’indice de référence.

Seul le portefeuille de revenus fixes de la Caisse arrive à surpasser son indice de référence sur les horizons de 1 et 5 ans, mais avec un écart favorable de moins de 100 points de base.

Cette année encore, les gestionnaires du portefeuille boursier de la Caisse ont été incapables de battre leur indice de référence. Le rendement de 8,3 % obtenu par la Caisse est inférieur à celui de 12,9 % de l’indice.

Comme l’a expliqué Charles Émond dans sa présentation des résultats annuels jeudi matin, la sous-performance de la Caisse est essentiellement attribuable au fait que l’indice de référence a été dopé par la forte appréciation boursière enregistrée par huit titres de technologies, soit les Amazon, Google et Tesla de ce monde.

Ces huit titres de grandes entreprises technos ont été responsables de 70 % des gains réalisés par l’indice S&P 500 pour l’ensemble de l’année. Or la Caisse ne détenait pas une participation significative dans ce panier de titres qui ont explosé en 2020 sous une forte impulsion spéculative.

Le PDG de la Caisse estime que le rendement généré par ces huit grandes entreprises représente 87 % du différentiel de 4,6 % entre le rendement de 12,9 % de l’indice de référence et celui de 8,3 % obtenu par la Caisse. Quand même.

Des gains qui compensent

Selon Charles Émond, le profil défensif de la Caisse et sa forte exposition au marché boursier canadien – qui a été nettement moins explosif – expliquent donc l’écart de rendement avec l’indice de référence.

Mais les participations financières privées que la Caisse a prises dans les entreprises technologiques lui ont permis de compenser les gains non réalisés sur la Bourse américaine.

Les participations privées que la Caisse détenait dans les entreprises Nuvei et Lightspeed avant qu’elles ne s’inscrivent à la Bourse et la valorisation que ces titres ont générée durant la dernière année ont permis à la Caisse de se refaire.

La Caisse détient aussi de nombreuses participations privées dans d’autres entreprises de technologies qui sont méconnues du grand public parce qu’elles n’ont pas le statut des vedettes boursières.

Par exemple, la Caisse est actionnaire depuis 2017 de l’entreprise Eddyfi Technologies de Québec, qui conçoit et développe des technologies d’inspection et de tests pour les propriétaires de grandes infrastructures industrielles.

L’entreprise a accéléré depuis quelques années son expansion mondiale en réalisant plusieurs acquisitions à l’international et la Caisse a continué de l’appuyer financièrement lors d’une dernière ronde de financement de 107 millions, il y a un an.

Si l’entreprise faisait aujourd’hui l’objet d’une transaction, sa valeur dépasserait le milliard, mais elle poursuit plutôt son expansion grâce à des actionnaires privés comme la Caisse de dépôt, sans avoir à rendre des comptes chaque trimestre à des investisseurs boursiers impatients.

Avec ses placements privés, la Caisse arrive donc à faire contrepoids à la dictature des marchés, des résultats à court terme et des modes passagères, en prenant des positions significatives dans le capital d’entreprises qui ont une vision à long terme de leur développement.

La Caisse a eu du succès avec ses placements privés en technologies, mais aussi dans le secteur des sciences de la santé et des services. Il faudra voir comment les choses vont évoluer parce que le marché des placements privés est actuellement convoité comme jamais partout sur la planète.

Parce que de plus en plus de capitaux et de firmes d’investissement cherchent à investir dans le développement de nouveaux champions, à l’abri des feux de la Bourse.