L’engouement des Montréalais pour les lieux de villégiature se confirme en cet été de la COVID-19, selon des chiffres de la société de la Couronne responsable en matière d’habitation. La petite ville de Saint-Donat peut clairement en témoigner, a constaté La Presse.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Patrick Bourbeau, sa conjointe et leurs trois enfants ont quitté leur duplex du quartier Saint-Michel à Montréal pour s’installer à Saint-Donat en 2020. La famille loue dans le noyau villageois une maison dont elle deviendra propriétaire en novembre prochain.

« On est vraiment contents. On vit notre lune de miel. Durant l’été, ç’a été super. On avait la plage et du plein air pour les enfants », dit le travailleur communautaire qui cherche à réorienter sa carrière.

En trois mois, de juin à août inclusivement, 75 ménages du Grand Montréal ont, comme fera bientôt la famille Bourbeau, acheté une propriété à Saint-Donat. Ils étaient deux fois moins nombreux l’été précédent.

Ville de 4000 habitants aux 81 lacs et aux plus de 200 kilomètres de sentiers pédestres en forêt, Saint-Donat se trouve à 140 kilomètres de Montréal, environ une heure quarante de route.

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Patrick Bourbeau et sa fille Adèle

Ces chiffres colligés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) ont été présentés par l’analyste de marché Francis Cortellino le 9 octobre devant l’Association des économistes québécois, dans le cadre d’un webinaire portant sur l’économie du Québec et le marché immobilier résidentiel en temps de pandémie.

L’été dernier, près de 7 acheteurs sur 10 à Saint-Donat provenaient de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal. Un an plus tôt, c’était 6 acheteurs sur 10.

Le territoire de la RMR recoupe l’île de Montréal, Laval, la Rive-Sud et les couronnes nord (y compris Saint-Jérôme) et sud (jusqu’à Saint-Jean-sur-Richelieu).

Un centre d’attraction

Beaucoup de gens sont venus s’installer dans le village de Saint-Donat en raison de la COVID-19, raconte le nouveau Donatien Patrick Bourbeau. Résultat : de nouveaux visages se font voir à l’école du village. Selon le centre de services scolaire des Laurentides, le nombre d’élèves au primaire serait passé de 153 à 162 en un an, un gain de 6 %.

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Joé Deslauriers, maire de Saint-Donat

Je n’ai jamais vu ça ! Depuis trois ans, on vit des années records. L’an dernier, on se disait que ça allait s’arrêter à un moment donné, sauf que la COVID est arrivée.

Joé Deslauriers, maire de Saint-Donat, au sujet de l’activité immobilière qui a cours dans sa municipalité

Les droits de mutation, perçus sur les transactions et déterminés selon le prix de vente des propriétés, ont quasiment doublé en un an. Au 30 septembre, les droits s’élevaient à 1,2 million pour 449 transactions, comparativement à 680 000 $ pour 313 ventes à pareille date en 2019.

Qui achète ?

Le cas de la famille Bourbeau, qui utilise sa propriété de Saint-Donat comme résidence principale, reste toutefois l’exception, d’après la SCHL. « Oui, des gens du Grand Montréal ont acheté en plus grand nombre à Saint-Donat, observe Francis Cortellino dans un entretien, mais les achats importants auxquels on assiste présentement à Saint-Donat semblent plus concerner l’achat d’une résidence secondaire », avance-t-il.

L’économiste arrive à cette conclusion après avoir constaté que trois acheteurs sur quatre à l’été 2020 n’ont toujours pas vendu leur résidence située dans la RMR de Montréal. Pour le quart restant, les acheteurs ne possédaient pas au départ de propriété et reçoivent leur compte de taxe foncière de Saint-Donat à une adresse dans la RMR de Montréal.

C’est la demande de résidences secondaires qui explique la forte hausse du nombre de reventes que connaissent des secteurs de villégiature comme Saint-Donat et Sainte-Agathe en 2020.

Francis Cortellino, économiste à la SCHL

Les courtiers immobiliers France Chandonnet et Gilles Belhumeur, qui ont leur bureau rue Principale, ne contredisent pas la SCHL. « Les acheteurs ont souvent une maison entièrement payée à Montréal et leurs jeunes sont encore aux études, au cégep ou à l’université. Ils viennent vivre dans le Nord, mais gardent la maison de Montréal pour des raisons familiales », explique M. Belhumeur, qui confirme l’engouement des acheteurs pour son coin de pays. Les surenchères et les offres multiples sont fréquentes, assure le natif de Saint-Donat.

« Dans les trois dernières années, on volait à la vitesse d’un avion, poursuit le courtier ayant 10 ans d’expérience. Avec la COVID, on a embarqué dans une fusée. Les projets de chalet sont devenus pressants pour certains. Pour les autres, ils ont réalisé que tant qu’à faire du télétravail de la maison, il valait mieux le faire au bord de l’eau. »

Selon Mme Chandonnet, une maison au village coûte de 200 000 à 300 000 $. La résidence secondaire de montagne se détaille un demi-million et plus. Les bords de l’eau sur les grands lacs varient de 800 000 $ à 2 millions, voire plus. Autour des lacs de plus petite taille et plus éloignés du village, les propriétés se vendent 400 000 $ et plus.

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Les courtiers immobiliers Gilles Belhumeur et France Chandonnet disent avoir vendu 70 propriétés, dont de nombreuses sur le bord de l’eau.

Le marché du neuf n’est pas en reste

Le nombre de permis de construction et de rénovation se compare avantageusement à l’année 2019, qui était déjà une période record : 51 nouveaux logements sont sortis de terre depuis le début de l’année. Dix projets domiciliaires sont actuellement proposés aux acheteurs potentiels sur le territoire de la municipalité. À ces statistiques s’ajoute la construction d’une résidence pour personnes âgées. La valeur cumulative des projets s’élève à près de 53 millions.

En outre, le promoteur Développements Outstanding, propriété de René Schubert, a commencé la mise en marché des condos et condos locatifs du Projet Archambault au centre-ville de Saint-Donat, qui donne directement sur le lac. Il s’agit de la première phase du projet ayant fait l’objet d’un article dans La Presse en janvier 2019.

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