Bon, l’idée n’est pas de partir en peur ni de vouloir prétendre que tout va pour le mieux, mais force est de constater que certains indicateurs nous révèlent que l’activité économique semble en voie d’émerger du confinement dans lequel elle a été brutalement emmurée depuis l’éclosion de la pandémie de coronavirus.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Le vieil adage boursier « Sell in May and go away », qui rappelle aux investisseurs qu’il vaut mieux vendre ses actions en mai, un mois où, traditionnellement, la valeur des titres amorce un recul qui durera jusqu’au mois d’octobre, ne s’est visiblement pas matérialisé cette année.

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La Bourse de Toronto était en chute libre en mars dernier.

Bien au contraire, les marchés nord-américains ont poursuivi durant tout le mois de mai la remontée qu’ils avaient entreprise en avril dans la foulée du dramatique effondrement boursier provoqué par la pandémie de COVID-19 qui s’est déroulé du 20 février au 23 mars, lorsque les marchés ont accumulé des pertes de plus de 35 %.

Depuis le 1er avril, l’indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto s’est apprécié de près de 12 % et les indices des Bourses américaines ont généré des gains semblables et mêmes supérieurs. Il faut aussi rappeler que les marchés avaient amorcé un retournement important depuis l’atteinte de leur creux le 23 mars.

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Et avec les premiers jours de transaction du mois de juin, on observe que le mouvement haussier se poursuit toujours, ce qui fait que l’indice S&P 500 est à moins de 10 % de son sommet historique atteint le 20 février dernier et que l’indice canadien est maintenant à 14 % de retrouver son niveau record de tous les temps.

Ce qui étonne le plus les analystes, c’est que cette remontée des cours boursiers se déploie seulement un mois après le début d’une grave récession.

Les investisseurs sont convaincus que les plans de soutien massif pour la relance économique qu’ont adoptés les différents gouvernements vont permettre une sortie de crise rapide, et ils sont aussi prêts à consentir des ratios cours-bénéfices plus élevés pour les titres boursiers qu’ils achètent.

Lorsque les marchés boursiers se sont effondrés à partir du 20 février pour mettre un terme au plus long marché haussier de l’histoire le 11 mars suivant, il était évident que ce comportement était annonciateur d’une puissante récession. Ce qui s’est rapidement avéré.

On peut maintenant penser que le retournement de marché auquel on assiste pourrait être un indicateur précurseur d’une activité économique positive. On est évidemment loin d’être sortis du bois et de la récession qui est encore en plein déploiement, mais on peut espérer que les marchés anticipent une voie de sortie que l’on ne voyait pas se dessiner aussi vitement.

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La résorption de la progression de la pandémie que l’on observe à l’échelle mondiale est certes le facteur déterminant qui commande l’optimisme des marchés et pourrait permettre éventuellement une relance économique probante.

Il reste évidemment plusieurs inconnues qui peuvent survenir et altérer ce scénario optimiste, dont évidemment l’éclosion d’une nouvelle vague de contamination du satané virus ou encore la multiplication incontrôlée de faillites d’entreprises de tous les secteurs économiques.

Un retour encourageant

Parmi les autres facteurs qui seront déterminants pour la mise en place d’une reprise économique porteuse et conséquente, il y aura bien sûr le retour au travail des millions de personnes qui ont été forcées au chômage en raison de la pandémie.

Le taux d’emploi reste un indicateur avancé de l’activité économique qui est fondamental, et on ignore encore comment tous ces gens qui ont perdu leur emploi vont réussir à réintégrer la fonction qu’ils occupaient avant le déclenchement de la crise.

L’emploi est aussi un fort liant de cohésion sociale, et le nombre important de chômeurs qu’a produit la crise du coronavirus aux États-Unis contribue certainement à alimenter le climat de tension sociale extrême qui prévaut aux États-Unis.

Cela dit, on peut déjà constater que le déconfinement progressif de l’activité économique commence à porter ses fruits chez nous au Québec et nous démontre des signes encourageants en vue d’une prochaine relance.

Ainsi, l’ouverture lundi des centres commerciaux à l’extérieur du Grand Montréal a obtenu un succès relatif qui mérite d’être souligné.

À Québec, les deux principaux centres commerciaux appartenant à Ivanhoé Cambridge, soit Place Ste-Foy et Laurier Québec, ont entrepris leurs activités avec un taux d’occupation de 65 % de leurs commerces.

Pour leur première journée d’activités, ces deux centres commerciaux ont enregistré lundi un achalandage de clientèle équivalant à 69 % de celui du même jour l’an dernier, ce qui n’est quand même pas négligeable compte tenu des mesures de distanciation physique qu’il fallait respecter.

L’activité économique redémarre progressivement et tout le monde en avait bien besoin. La route vers la prospérité de jadis va être longue et peut-être parfois tortueuse, mais l’important, c’est de s’y engager avec confiance.