Les promoteurs feront part de leurs inquiétudes quant à l’impact du projet de règlement de Montréal sur les logements sociaux sur l’attractivité de la ville-centre. Leurs porte-paroles passeront en audition plus tard cette semaine devant l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La Ville veut obliger tous les promoteurs de projets résidentiels de cinq logements et plus à contribuer à la construction de logements sociaux, abordables et familiaux. Ce faisant, l’administration Plante vise comme objectifs la mixité sociale, une ville abordable et la rétention des familles. Selon la Ville, cette approche équilibrée minimise l’impact négatif du règlement sur l’offre de logements et son prix.

Les promoteurs immobiliers n’en croient rien, peut-on lire dans le mémoire de leur lobby, l’Institut de développement urbain du Québec (IDU). Ses membres sont des propriétaires, des promoteurs, des investisseurs, des prêteurs, des professionnels et des fournisseurs de services à l’industrie immobilière. L’IDU passera devant l’OCPM jeudi.

Les paramètres du projet de règlement de Montréal sont parmi les plus contraignants en Amérique du Nord.

L’Institut de développement urbain du Québec

« La majorité des règlements d’inclusion en Amérique du Nord sont de nature incitative, mais plusieurs s’appliquent même aux projets de plein droit [qui ne nécessitent pas de dérogations au zonage]. Cependant, tous, à notre connaissance, prévoient des compensations ou des incitatifs pour les promoteurs. Le bonus de densité est le plus utilisé. »

Le règlement de Montréal ne prévoit rien à cet égard, sauf peut-être des subventions pour la décontamination.

« Sans compensations ou incitatifs, poursuit l’IDU dans son mémoire, les obligations de logements inclusifs se traduiront par une perte de rendement, qui sera en partie récupérés par une augmentation de prix. »

Augmentation de 6 % du prix des condos au centre-ville

D’après le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui a été mandaté par la Ville pour estimer l’impact de sa réglementation, les prix devront augmenter de 6 % au centre-ville pour financer les logements sociaux et abordables, à défaut de quoi l’offre glissera de 26 %. Dans les autres quartiers, la hausse de prix serait plus modeste, à 2 %, pour éviter une baisse de l’offre de 12 % des unités de condos.

« On peut facilement anticiper que le projet de règlement aura un effet d’éviction vers les banlieues d’une partie de la classe moyenne, qui ne sera pas en mesure d’absorber ces hausses de prix », craint l’IDU.

Le Mouvement Desjardins avançait la même hypothèse dans une étude publiée le 29 août et qui est citée dans le mémoire de l’IDU.

La Ville défend son règlement en mettant en évidence qu’il favorisera la construction de 600 logements sociaux annuellement dans une ville qui en a cruellement besoin, soit 50 % de plus qu’actuellement.