Alors qu’ils s’attendaient à ce que la hausse des tarifs soit limitée à 3 % pour tous les clients d’Hydro-Québec comme l’avait promis le gouvernement, les commerces, les PME et les grandes entreprises doivent encaisser une augmentation record du coût de l’électricité, la plus forte depuis au moins 15 ans. Et ils sont sous le choc.

À partir du 1er avril 2023, les commerces et les petites entreprises verront leur facture d’électricité augmenter de 6,4 %, alors que le tarif préférentiel qui s’applique aux grandes entreprises (tarif L) grimpera de 4,2 %, selon les chiffres fournis par le ministère de l’Économie. Seule la hausse du tarif résidentiel sera limitée à 3 %.

« Une hausse de 6,4 % qui s’ajoute à toutes les autres augmentations de coûts, ça va rendre la vie des petites entreprises très difficile », déplore François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

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François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

La FCEI estime que la facture des PME grimpera de 250 millions, soit deux fois plus que si la hausse avait été limitée à 3 %. Ça fera particulièrement mal aux commerces de détail et aux restaurants, et à toutes les PME qui ont été les plus touchées par la pandémie, précise François Vincent.

Les grandes entreprises, pour leur part, encaissent un choc épouvantable, estime leur porte-parole Jocelyn Allard, président de l’Association des consommateurs industriels d’électricité.

Pour beaucoup de ces entreprises, l’électricité compte pour 50 % et plus de leurs coûts de production. Elles avaient intégré dans leur planification budgétaire une augmentation des tarifs de moins de 3 %, pas de 4,2 %.

Quand ta facture d’électricité est de 50 millions par année, une différence de 2 %, ce n’est pas petit.

Jocelyn Allard, président de l’Association des consommateurs industriels d’électricité

La décision du gouvernement de limiter l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec à 3 % pour les clients résidentiels seulement n’est même pas une bonne nouvelle pour les consommateurs, estime Option consommateurs.

« Les entreprises vont inclure la hausse du coût de l’électricité dans le prix de leurs produits, explique Sylvie de Bellefeuille, conseillère budgétaire et juridique de l’organisme. Nécessairement, les gens vont payer plus cher. »

Selon elle, la décision du gouvernement est « insensée » parce qu’elle ne protégera pas les consommateurs contre la hausse des prix, elle contribuera au contraire à l’inflation.

« On ne comprend pas », renchérit François Vincent, de la FCEI. « Le gouvernement annonce un bouclier anti-inflation pour la population, mais pas pour les entreprises. C’est sûr que ça va avoir un impact sur les prix », dit-il.

Près des trois quarts des entreprises québécoises de la FCEI ont indiqué dans un sondage qu’elles feraient passer la hausse de leurs coûts dans le prix de leurs produits et services, rappelle François Vincent. « Pour les autres, je pense par exemple aux petites librairies, ce sera encore plus dur. »

La prévisibilité ?

Dans un projet de loi mort au feuilleton avant l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale avant les élections, le gouvernement sortant avait annoncé que toutes les catégories de tarifs d’électricité seraient limitées à une augmentation de 3 %.

Le projet de loi qui vient d’être redéposé à la reprise des travaux parlementaires concerne maintenant uniquement les tarifs résidentiels, d’où la mauvaise surprise pour les entreprises.

La responsabilité de fixer des tarifs d’électricité a été retirée à la Régie de l’énergie en 2019, alors que la loi 34 adoptée sous le bâillon par le gouvernement a décrété que les tarifs augmenteraient désormais au taux d’inflation pour le Québec, qui est actuellement de 6,4 %.

Cette nouvelle méthode de fixation des tarifs d’électricité, unanimement décriée par les entreprises, les consommateurs et les spécialistes en énergie, avait l’avantage, selon le gouvernement, d’offrir plus de « prévisibilité » sur le coût de l’électricité, notamment pour les entreprises qui doivent planifier leurs décisions à long terme.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que « la prévisibilité a pris le bord », déplore le porte-parole des consommateurs industriels, pour qui la hausse prévue le 1er avril prochain est le double de ce à quoi ils s’attendaient.

La hausse des tarifs des entreprises n’a rien à voir non plus avec les besoins d’Hydro-Québec, sur lesquels était basée la décision tarifaire de la Régie de l’énergie avant la loi 34. « Compte tenu de la situation financière d’Hydro-Québec, qui fait des profits record cette année, les tarifs limités à 3 %, c’est encore trop, selon nous », observe la porte-parole d’Option consommateurs.

En faisant le pari que le taux d’inflation est immuable, le gouvernement « a manqué de vision, selon Sylvie De Bellefeuille. Malheureusement, tout ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est : on vous l’avait bien dit ».

En savoir plus

  • 5,3 %
    La dernière hausse importante des tarifs d’électricité, qui remonte à 2006
    Hydro-Québec