(Québec ) Le président de Force jeunesse, Simon Telles, ne mâche pas ses mots. Si François Legault n’abolit pas les clauses de disparité de traitement d’ici la fin de la session parlementaire, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) aura « trahi » la jeunesse québécoise, soufflant du même coup sur les braises du cynisme envers les politiciens.

Publié le 27 avril
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Cette mise en garde lancée en entrevue avec La Presse survient alors que le premier ministre répondra ce mercredi aux questions de l’opposition lors de l’étude des crédits budgétaires pour le volet jeunesse. « M. Legault est en voie de briser sa promesse. On est très inquiets. Ça serait un dur coup pour les jeunes que cet engagement ne soit pas respecté », martèle M. Telles.

Depuis l’adoption d’une loi par le précédent gouvernement libéral, les syndicats et les employeurs ne peuvent plus négocier dans les conventions collectives des clauses qui privent les plus jeunes travailleurs d’avantages accordés aux employés embauchés avant eux. Afin d’éviter des conflits de travail, employeurs et employés ont, par exemple, accepté par le passé d’imposer un régime de retraite moins avantageux aux nouveaux effectifs sur la simple base d’une date d’embauche.

Si cette pratique est aujourd’hui interdite, des clauses qui ont été négociées avant l’adoption de la loi sont toujours permises et en vigueur. Selon des données récoltées par Force jeunesse, qui datent de 2019, il resterait plus de 80 régimes de retraite avec de telles disparités au Québec. L’organisme estime qu’elles touchent environ 15 000 jeunes travailleurs.

Promesse électorale

Lors de sa plus récente campagne électorale et à quelques occasions depuis, François Legault a réitéré son intention d’abolir les clauses de disparité de traitement. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a également sollicité un avis au comité consultatif du travail et de la main-d’œuvre.

Dans des lettres envoyées par Force jeunesse au gouvernement de la CAQ au cours des derniers mois, l’organisme rappelle que « le statu quo n’est pas une option dans le cadre de ce dossier » et que « l’absence d’action en matière de clauses de disparité de traitement risquerait de fragiliser la confiance des jeunes travailleurs envers votre gouvernement, qui leur a pourtant promis d’agir ».

À moins que le ministre du Travail ou que le premier ministre nous sortent un lapin de leur chapeau d’ici la fin de la session parlementaire, pour le moment, rien ne nous indique que ce dossier sera réglé. Ça contribue au cynisme que les jeunes ont envers la politique.

Simon Telles, président de Force jeunesse

« Ce qu’on veut, c’est donner un délai aux parties patronale et syndicale pour qu’elles négocient l’abolition des clauses de disparité de traitement en trouvant des régimes qui, même s’ils sont distincts, sont équivalents. Ce n’est pas un enjeu théorique. C’est un enjeu qui touche beaucoup de jeunes », ajoute-t-il.

Enjeu historique

La question des clauses de disparité de traitement (souvent appelées clauses « orphelins ») ne date pas d’hier. Des membres du gouvernement caquiste, comme le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et même le chef de cabinet de François Legault, Martin Koskinen, ont milité au sein de Force jeunesse sur ce sujet par le passé.

Lorsqu’elle était dans l’opposition, la Coalition avenir Québec a également déposé un projet de loi en réponse à celui du gouvernement libéral de l’époque, proposant d’abolir les clauses de disparité de traitement une fois pour toutes.

« On était donc convaincus qu’en ayant un gouvernement de la CAQ, ce dossier serait rapidement réglé », déplore le président de Force jeunesse.