Il ne faut pas s’attendre à un effet rapide de la hausse des taux d’intérêt de 0,25 % à 0,50 % annoncée mercredi par la Banque du Canada sur l’inflation galopante qui sévit au pays.

Publié le 3 mars
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Les principales sources d’inflation sont différentes de ce qu’elles étaient lors des combats précédents contre l’inflation, rappelle Dominique Lapointe, économiste de la Banque Laurentienne. « Les hausses du prix de l’énergie et des aliments ont des origines mondiales et la Banque du Canada n’a pas de contrôle là-dessus », explique-t-il.

Le gouverneur de la Banque du Canada le reconnaît lui-même. « L’invasion de l’Ukraine exerce des pressions à la hausse supplémentaires sur les prix de l’énergie et des produits de base alimentaires. Cela fera monter l’inflation partout dans le monde », dit le communiqué qui annonce le début de la lutte contre l’inflation au Canada.

La Banque s’attend maintenant à une inflation plus élevée que ses prévisions de janvier. L’inflation mesurée par l’Indice des prix à la consommation a atteint 5,1 % en janvier.

La hausse des taux d’intérêt aura toutefois un effet plus rapide sur d’autres sources importantes d’inflation, comme le logement et tout ce qui s’achète à crédit, dont les voitures, précise l’économiste.

La hausse du taux directeur entraîne une augmentation équivalente du coût de tous les emprunts à taux variable, comme les marges et les cartes de crédit, et les prêts hypothécaires à taux variable.

Même si une augmentation des taux d’intérêt est attendue depuis des mois et que les emprunteurs ont eu le temps de s’y préparer en bloquant leur taux, les taux variables restent très populaires, relève Benoit Durocher, économiste de Desjardins. « En décembre 2021, selon Statistique Canada, 55 % de tous les nouveaux prêts consentis par les banques canadiennes étaient à taux variable, comparativement à 25 % en décembre 2020 », précise-t-il.

Benoit Durocher est lui aussi d’avis que la politique monétaire du Canada aura peu d’influence sur les prix du pétrole et des aliments, qui continueront de grimper. Mais la situation économique du Canada, où la croissance est forte et le chômage bas, ne justifiait plus le maintien des taux d’intérêt à leur niveau plancher, dit-il. « La banque centrale ne cherche pas à appuyer sur les freins, mais veut appuyer moins fort sur l’accélérateur. »

À 0,50 %, le taux directeur de la Banque du Canada reste historiquement très bas, rappelle Benoit Durocher, et d’autres hausses seront nécessaires pour rétablir l’équilibre monétaire chamboulé par la pandémie.

La Banque du Canada a d’ailleurs répété mercredi que les Canadiens devaient s’attendre à d’autres augmentations du taux directeur.

Dans la mesure où la croissance de l’économie se poursuit et où les pressions inflationnistes restent fortes, le Conseil de direction s’attend à ce que les taux d’intérêt doivent encore augmenter.

La Banque du Canada

Les autorités monétaires doivent aussi annoncer un plan de réduction du bilan de la banque centrale, gonflé à un niveau record par l’achat massif de titres d’emprunt du gouvernement fédéral depuis deux ans. Cette réduction du bilan aura le même effet que les hausses du taux directeur pour resserrer les conditions de crédit et calmer l’inflation.

La hausse de mercredi était la première augmentation des taux d’intérêt au Canada depuis octobre 2018. Il faudra plusieurs autres augmentations pour que le taux directeur revienne à son niveau d’avant la pandémie, soit 1,5 %.

Les économistes de la Banque Nationale et de Desjardins s’attendent à ce que le taux directeur augmente encore en avril, malgré la crise ukrainienne et les incertitudes de son impact sur l’économie mondiale. Leur prévision de cinq hausses cette année apparaît maintenant moins probable, soulignent-ils.

En savoir plus

  • 49 $ de plus par mois
    Un taux hypothécaire variable à 0,90 % passera à 1,15 % à la suite de la décision de la Banque du Canada. Selon Ratehub.ca, un emprunt hypothécaire de 436 116 $ amorti sur 25 ans avec un versement mensuel de 1624 $ coûtera maintenant 1673 $, soit 49 $ de plus par mois ou 588 $ par année.
    SOURCE : RATEHUB.CA