(Milan) Depuis longtemps sur les rangs, la compagnie aérienne Lufthansa, associée au groupe de transport maritime italien MSC, a proposé lundi d’acquérir la majorité d’ITA Airways, née des cendres d’Alitalia et contrôlée par l’État italien.

Mis à jour le 24 janvier
Brigitte HAGEMANN Agence France-Presse

Cette proposition du géant allemand survient deux ans après une tentative avortée d’entrer au capital d’Alitalia, qui avait été placée sous administration publique en 2017 et peinait à trouver un repreneur.

La compagnie italienne « a reçu aujourd’hui une manifestation d’intérêt de la part du groupe MSC et Lufthansa pour acquérir la majorité d’ITA Airways », a-t-elle annoncé.

Peu après, Lufthansa a confirmé à l’AFP être « en discussion » avec MSC en vue d’un partenariat pour racheter la majorité du capital du successeur d’Alitalia.

Selon ITA Airways, les deux groupes ont demandé que « le gouvernement italien conserve une participation minoritaire dans la société ».

Interrogé par l’AFP, le gouvernement italien n’a pas souhaité réagir.

Dans la foulée de la cessation d’activité d’Alitalia après 74 années de vol mouvementées, ITA Airways avait pris son envol le 15 octobre dernier, dans un marché aérien qui peine à se relever des turbulences engendrées par la pandémie de COVID-19.

Objectif, le long-courrier

Au fil des années, l’État italien avait déboursé plus de 13 milliards d’euros pour tenter de remettre à flot la compagnie nationale. Mais rien n’y a fait, Alitalia a accumulé des pertes de 11,4 milliards d’euros entre 2000 et 2020 avant de mettre la clef sous la porte.

ITA Airways, qui aura mis moins de temps à trouver des repreneurs potentiels que son ancêtre, s’est dite « satisfaite que le travail accompli ces derniers mois pour donner de meilleures perspectives à la société commence à avoir les résultats attendus ».

La compagnie italienne était à la recherche de partenaires susceptibles d’entrer à son capital afin de se renforcer surtout dans le long-courrier.

La jeune société a enregistré un chiffre d’affaires de 86 millions d’euros entre la mi-octobre et fin 2021, soit 50 % de moins que prévu, en raison de la déferlante du variant Omicron qui a perturbé le secteur aérien. Au total, 1,26 million de passagers ont été transportés pendant cette période.

Alors qu’ITA Airways vise des comptes à l’équilibre au deuxième trimestre 2023, elle a essuyé une perte opérationnelle de 170 millions d’euros en 2021, conformément à son plan stratégique.

« Avec la moitié des recettes et un coût plus élevé du carburant, nous avons pu atteindre l’objectif prévu par le plan » grâce à des économies sur les coûts opérationnels, avait indiqué jeudi dernier son président Alfredo Altavilla.

MSC a confirmé l’annonce d’ITA Airways en assurant avoir manifesté au gouvernement son intérêt pour l’acquisition d’une participation « majoritaire » dans la compagnie italienne, en commun avec Lufthansa.

« Synergies positives »

Une telle transaction pourrait engendrer des « synergies positives pour les deux entreprises dans les secteurs du fret et du transport de passagers », a indiqué le groupe italien.

Prochaine étape, le gouvernement devra convoquer un conseil des ministres pour examiner les propositions, suivi d’un conseil d’administration d’ITA Airways, a expliqué à l’AFP une source proche du dossier.

En cas de feu vert des deux instances, Lufthansa et MSC bénéficieraient d’une période d’exclusivité de 90 jours pour examiner les comptes d’ITA Airways et négocier un contrat.

La jeune compagnie disposait en décembre de 2141 employés, moins que les 2800 recrutements annoncés initialement pour 2021. En 2022, elle embauchera « au moins 1000 personnes de plus, surtout des navigants », selon M. Altavilla.  

À titre de comparaison, Alitalia comptait 10 500 salariés, en incluant ceux des services au sol et de la maintenance, des branches qui seront vendues séparément.

ITA Airways, qui a acquis le seul secteur aviation d’Alitalia pour un euro symbolique, avait annoncé en décembre avoir passé une commande ferme de 28 avions à Airbus, portant sur sept monocouloirs A220, onze A320neo et dix long-courriers A330neo.

Si ITA Airways a débuté avec une flotte réduite de moitié par rapport à Alitalia, à 52 appareils, elle compte l’augmenter de 50 % pour passer à 78 avions au cours de cette année et atteindre 105 d’ici 2025.