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Publié le 17 janvier
Charles Milliard Président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec

Depuis le début de la pandémie, les gouvernements ont été présents pour appuyer financièrement les entreprises qui ont été fortement impactées par l’application de différentes règles sanitaires. Fermetures forcées, distanciation, capacité réduite et obligation du port du masque ont nui au bon déroulement de leurs opérations.

Les employeurs du Québec ont été très coopératifs et ont investi temps et argent afin de lutter contre la COVID-19. Le milieu des affaires s’est d’ailleurs fortement mobilisé, et le fait de nouveau d’ailleurs, afin d’offrir des cliniques de vaccination en entreprise.

PHOTO FOURNIE PAR LA FCCQ

Charles Milliard, président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec

L’imposition de la vaccination obligatoire pour toute la population ne nous semble pas la meilleure approche dans le contexte actuel. La somme d’initiatives privées et de mesures collectives, combinée à la couverture vaccinale la plus large possible, nous permettra de vaincre cette pandémie. Les employeurs doivent toutefois avoir les moyens d’assurer des milieux de travailleurs sécuritaires.

Tant François Legault que Justin Trudeau ont incité à de nombreuses reprises les entreprises à demander la vaccination de leurs employés. Pourtant, la législation actuelle n’est pas claire quant au droit d’un employeur d’exiger la vaccination obligatoire de ses employés et il est encore moins certain qu’une telle exigence passerait le test des tribunaux.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a lui-même reconnu que les employeurs qui le faisaient naviguaient en zone grise. Plusieurs causes portant sur l’imposition de la vaccination en milieu de travail sont d’ailleurs entendues actuellement par le Tribunal administratif du travail. Rappelons également que le gouvernement du Québec a fait marche arrière après l’avoir exigé par décret dans le secteur de la santé.

Il est plus que temps de mettre fin à cette ambiguïté et de confirmer par l’adoption d’une loi claire le droit des employeurs d’exiger la vaccination de la part de leurs employés.

Ceux qui font ce choix afin de rassurer leurs clients, partenaires ou employés ne devraient pas risquer une poursuite judiciaire. Il est de la responsabilité du gouvernement d’assurer une cohérence et une légitimité aux exigences vaccinales.

Les employeurs ont l’obligation légale de protéger leurs employés et leurs clients. Non seulement ils ne peuvent imposer à leurs employés d’être adéquatement protégés contre le virus, mais ils ont seulement un accès très limité aux tests rapides, n’ont aucun accès à des tests de dépistage et ont une panoplie d’obligations en lien avec la pandémie. Il faut très rapidement remédier à cette situation intenable qui s’ajoute aux problèmes de pénurie de main-d’œuvre.

Il devient également de plus en plus évident que la COVID-19 sera dans nos vies pour de nombreuses années et qu’il faudra apprendre à vivre avec elle. Il est important de se doter des outils et des infrastructures qui nous permettront d’y faire face à long terme. Il nous faut notamment augmenter substantiellement la capacité de notre système de santé alors que nous entrevoyons déjà des défis importants en raison du vieillissement de la population. En donnant une assise juridique solide aux employeurs québécois qui souhaitent exiger la vaccination de leurs employés, le gouvernement du Québec ferait un geste fort. Le flou actuel ne sert personne, il est temps de nous donner collectivement les moyens d’agir dans l’intérêt de la santé publique.

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