En acceptant d’injecter quelques centaines de millions de dollars supplémentaires dans l’A220, le gouvernement Legault voudrait permettre à l’État de rester actionnaire du programme un peu plus longtemps, selon les informations obtenues par La Presse. Pour Québec, cela augmenterait les chances de récupérer une partie de ses billes.

Publié le 17 janvier
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Les deux partenaires de la Société en commandite Airbus Canada (SCAC) discutent en raison d’un appel de capitaux du géant européen. Actionnaire à hauteur de 25 %, Québec a deux options : injecter de nouvelles sommes et maintenir sa participation à 25 %, ou voir celle-ci être diluée en optant pour le statu quo.

Investissement Québec (IQ) – le bras financier du gouvernement québécois – pourrait allonger « plus de 200 millions », selon Le Journal de Montréal. Il n’a pas été possible d’obtenir des précisions à propos de la somme.

Les discussions sont toujours en cours. Ottawa n’est pas impliqué. Airbus n’a pas voulu commenter, lundi. D’après ce qu’il a été permis d’apprendre, le gouvernement Legault souhaiterait repousser l’année à laquelle la multinationale peut racheter la participation de Québec dans ce programme qui a déjà reçu 1,3 milliard et est toujours déficitaire. La rentabilité n’est pas prévue avant 2025.

« Pour avoir une chance de récupérer une partie de l’investissement, l’objectif, c’est de repousser le moment du rachat », a indiqué une source gouvernementale qui n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement.

Initialement fixé à 2023, l’échéancier du rachat avait été repoussé de trois ans lorsque Bombardier avait tiré un trait sur l’aventure de la C Series, en février 2020.

Aux commandes du programme depuis 2018, sans avoir eu à verser un sou, Airbus est désormais actionnaire à hauteur de 75 %. Les sommes qui seraient injectées par le gouvernement Legault serviraient à soutenir l’accélération de la cadence de production, l’élément sur lequel mise la multinationale pour rentabiliser l’A220 et réduire les coûts de production.

La structure de la SCAC lui permet d’emprunter sur les marchés, mais si Airbus injecte des sommes dans le programme, l’État doit emboîter le pas s’il désire éviter une dilution.

En remontée

Après les turbulences de la pandémie, qui se sont accompagnées d’une disette au chapitre des nouvelles commandes, l’A220 est voué à un bel avenir, croit l’expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill John Gradek. Celui-ci se demande toutefois si le gouvernement Legault doit délier les cordons de la bourse.

« Comme contribuables, on peut se poser la question, dit le spécialiste. Airbus a un très bon produit entre les mains. Mais on dirait qu’ils veulent augmenter la production sur le dos du Québec plutôt que d’investir seulement leur propre argent. »

Selon le plus récent rapport du Fonds de développement économique (FDE), la « juste valeur » du placement était « nulle » en date du 31 mars 2021. Depuis, l’A220 a recommencé à prendre de l’altitude en accumulant les commandes.

En 2021, l’avion a obtenu 64 contrats fermes. En tenant compte des lettres d’intention et des engagements, le total grimpe à environ 100 appareils.

Cela pourrait contribuer à rehausser l’investissement de l’État dans le programme. Selon le rapport du FDE, il existait un « risque important », l’an dernier, de ne pas récupérer la totalité de la somme injectée dans l’A220.

La cadence de production doit prochainement passer à six appareils par mois : quatre à Mirabel et deux à Mobile, en Alabama. Le rythme doit progressivement s’établir à 14 avions mensuellement. Il y a 497 avions à livrer dans le carnet de commandes, ce qui représente plusieurs années de production.

Airbus ambitionne ultimement de proposer une version allongée de l’A220. Il s’agirait du troisième appareil de la famille. Ce projet fait l’objet de rumeurs depuis plusieurs années. La semaine dernière, la haute direction de l’avionneur avait toutefois indiqué qu’il n’y avait pas de « décision imminente » dans ce dossier.

2500 

C’est l’effectif d’Airbus à Mirabel affecté à l’A220. À Mobile, en Alabama, il y a 400 salariés qui assemblent l’avion.