Sous la loupe des autorités à Québec et à Ottawa dans la foulée de l’acquisition d’une entreprise liée à un individu qui entretiendrait des liens avec des membres des Hells Angels, le producteur de cannabis Hexo ne fait plus l’objet de vérifications de la part de Santé Canada – responsable de l’attribution des licences.

Publié le 5 janvier
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

L’entreprise établie à Gatineau, au cœur d’une réorganisation stratégique pour régler ses difficultés financières, a récemment obtenu cette confirmation de la part du Ministère. L’information n’a pas été diffusée publiquement. « Pour l’instant, nous considérons que notre examen est terminé et nous n’avons pas l’intention de vous demander des informations supplémentaires », lit-on dans une correspondance émanant de Santé Canada que La Presse a pu consulter.

En novembre dernier, Le Journal de Montréal avait révélé que le producteur ontarien Redecan, acheté par Hexo en mai dernier pour 925 millions en espèces et en actions, comptait parmi ses actionnaires la famille de l’entrepreneur ontarien Josh Hill.

Le quotidien avait publié des photos montrant M. Hill avec des hommes identifiés par le reportage comme des membres des Hells Angels. Une autre photo montrait M. Hill entouré de Peter James, actuellement administrateur d’Hexo, et William Montour.

Hexo est l’un des principaux fournisseurs de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Examen des antécédents

Selon le cadre réglementaire fédéral entourant le cannabis, les administrateurs et les cadres d’un producteur de marijuana doivent faire l’objet d’un examen des antécédents criminels mené par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour prouver qu’ils n’ont pas de liens avec le monde interlope. Ils doivent aussi obtenir une autorisation de sécurité. « Hexo est très satisfaite de la conclusion des vérifications de Santé Canada, a indiqué l’entreprise dans une déclaration, mardi. C’est un témoignage qui démontre que nous opérons aux plus hauts standards de conformité réglementaire. »

M. Hill était à la tête d’une des sociétés à numéro qui figuraient parmi les actionnaires de Redecan avant son acquisition par Hexo. Si les autorités fédérales avaient décelé des irrégularités, les permis du producteur auraient pu être révoqués. Les détails entourant les démarches de Santé Canada n’ont pas été précisés.

Au Québec, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) effectue des vérifications à la suite d’une demande de l’Autorité des marchés publics (AMP) – responsable des attestations qui permettent aux entreprises de soumissionner à des contrats publics. Hexo détient un certificat pour faire des affaires avec la SQDC.

Les difficultés du producteur de marijuana, qui a réalisé trois acquisitions récentes (Zenabis, Redecan et 48North), ont entraîné une importante réorganisation l’automne dernier. Son cofondateur et chef de la direction, Sébastien St-Louis, ainsi que le chef de l’exploitation, Donald Courtney, sont partis. C’est Scott Cooper, qui était précédemment à la tête de Truss Beverages, une coentreprise entre Molson Coors Canada et Hexo, qui a pris les commandes.

L’entreprise a perdu 117 millions au premier trimestre terminé le 31 octobre. La nouvelle direction a annoncé, le mois dernier, un plan stratégique afin de réduire ses coûts et de rationaliser ses activités, notamment. Hexo figure au Registre des lobbyistes du Québec puisqu’elle aimerait obtenir un coup de pouce financier de l’État. Le gouvernement Legault a écarté ce scénario pour le moment.

À la Bourse de Toronto, mardi, l’action du producteur de cannabis a clôturé à 91 cents, en hausse de 3 cents, ou 3,4 %. Le titre avait atteint près de 42 $ en avril 2019.