Passeport vaccinal obligatoire ou non, ce n’est pas le risque de transmission de la COVID-19 entre collègues qui préoccupe les assureurs collectifs, mais plutôt l’anxiété que suscite l’idée d’un retour au bureau.

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

L’assureur Beneva (auparavant SSQ et La Capitale) gère actuellement un flot élevé d’appels d’entreprises qui s’interrogent sur le retour de leurs employés sur les lieux de travail. « C’était aussi le cas l’an dernier, car les travailleurs essentiels devaient être au travail », se rappelle Éric Trudel, vice-président exécutif, assurances collectives, de Beneva.

Le passeport vaccinal, que les employeurs « ont le droit d’exiger », selon le premier ministre François Legault, ne fait toutefois pas vraiment partie des conversations. « Quand les employeurs nous interpellent, on les conseille selon les bonnes pratiques de la CNESST, explique Éric Trudel, en entrevue. Ça devient une décision de l’employeur. On dit qu’on va les accompagner pour bien gérer leur retour au travail. »

Est-ce que leur décision d’imposer ou non le passeport vaccinal pourrait dépendre d’augmentations de primes de leurs assurances collectives ? De leur côté, les assureurs pourraient-ils proposer une telle mesure à leurs clients pour éviter des hausses de primes ? « Non, on n’impose pas le passeport vaccinal à nos clients pour éviter une hausse des primes. On ne serait pas légitimés de le faire, répond Éric Trudel. Mais on dit à nos clients que c’est important de prendre position, d’encourager la vaccination. »

« Le statut vaccinal des individus, auquel nous n’avons d’ailleurs pas accès, n’a actuellement aucune incidence sur notre processus de souscription ou sur les taux d’assurance collective », écrit aussi Mylène Bélanger, conseillère principale, relations publiques de la Sun Life, dans un courriel.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Vaccinateur

Chez Groupe conseil Ringuet et Associés, le passeport vaccinal n’est pas dans les discussions non plus. « Je n’ai aucune question à ce sujet, explique Jimmy Côté, consultant en avantages sociaux. Aucun employeur ne me parle de ça et les assureurs n’ont rien émis à ce sujet. Les organisations ne semblent pas préoccupées par ça. C’est déjà compliqué de pourvoir des postes à cause de la pénurie de main-d’œuvre, alors ils ne veulent pas créer de remous en parlant de passeport vaccinal. »

« La seule question que j’ai eue, c’est : est-ce que mon assureur pourrait refuser de verser une prestation d’invalidité à cause de la COVID-19 pour quelqu’un qui n’est pas vacciné ? », rapporte Maryse Malo, actuaire et leader opérationnel de Lafond Avantages sociaux et actuariat. « Peut-être que quelque chose va émerger sur cet aspect. Et ce serait logique. »

Le taux élevé de vaccination dans la population ne fait pas craindre d’hécatombe dans les milieux de travail, même lors d’un retour à la nouvelle normalité. Les cas de COVID-19 ne seront pas un enjeu majeur, croit Éric Trudel. « Il y en aura [des cas], mais les taux de vaccination sont bons, dit-il. Les gens ne devront pas être hospitalisés et ça ne causera pas nécessairement d’invalidité. »

PHOTO FOURNIE PAR BENEVA

Éric Trudel, vice-président exécutif, assurances collectives, de Beneva

Pleins feux sur la santé mentale

Actuellement, la préoccupation de part et d’autre est ailleurs. La santé psychologique des employés est un sujet davantage abordé. Selon un sondage de Canada Vie réalisé en juin dernier, 46 % des Canadiens ont peur de contracter la COVID-19 en retournant au bureau. « On voit que c’est le bout le plus préoccupant, note Éric Trudel. Surtout avec l’isolement, le prolongement des délais pour consulter un psychologue et pour avoir certaines [interventions chirurgicales]. Le retour dans les milieux de travail amène de l’anxiété. »

Selon Beneva, les cas d’invalidité de courte durée liés au virus sont très bas. Toutefois, les problèmes liés à la santé mentale peuvent être plus coûteux, car ils entraînent des invalidités plus longues. « On anticipe que les coûts pour la santé psychologique vont augmenter », affirme Éric Trudel.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Jimmy Côté, consultant en avantages sociaux

« La santé psychologique obtient la palme dans les réclamations, ajoute Jimmy Côté. De 30 % à 40 % des cas de demandes de règlement sont liés à la santé psychologique, ce qui représente 70 % des coûts (sommes versées à des employés de la part des assureurs). La COVID-19 a mis une pression supplémentaire, mais les coûts augmentent chaque année. Les assureurs mettent toutes leurs billes là-dedans. »

Ceux-ci informent ainsi leurs clients, proposent des outils d’accompagnement ou encore incluent un programme d’aide aux employés et la télémédecine dans les forfaits d’assurances collectives. « Je fais ajouter systématiquement à l’assurance un programme d’aide aux employés, explique Maryse Malo. Il y a un coût lié à ça, mais c’est minime, de 3 $ à 5 $ par mois par employé. Par ailleurs, les programmes de télémédecine sont dans l’air du temps à cause de la COVID-19, car les applications existent et de moins en moins de gens ont un médecin de famille. Ça fait baisser l’absentéisme. »