(Ottawa) De nombreux députés conservateurs de l’ouest du pays ont dû trouver des façons de convaincre leurs électeurs du bien-fondé de la nouvelle politique du parti concernant la tarification sur le carbone.

Stephanie Taylor La Presse Canadienne

Le parti propose de mettre en œuvre un « prix » sur le carbone pour les particuliers, une sorte de programme de récompenses qui consisterait à facturer aux Canadiens les carburants à base d’hydrocarbure qu’ils achètent et à accumuler des fonds dans un compte d’épargne personnel.

Pour les grands émetteurs au Canada, les conservateurs mettraient en œuvre un prix sur le carbone, mais en concordance avec d’autres puissances mondiales.

Le député de Calgary-Signal-Hill, Ron Liepert, reconnaît que sa ligne téléphonique n’a pas dérougi et sa boîte aux lettres électronique était bien remplie dans les jours ayant suivi l’annonce du chef Erin O’Toole. Il dit avoir alors reçu au moins une dizaine de courriels et une demi-douzaine d’appels par jour.

« Il ne fait aucun doute que j’ai eu un certain nombre d’électeurs, et je n’ai sûrement pas tort si je dis que tous les autres députés conservateurs de l’Ouest aussi, qui m’ont demandé pourquoi un tel changement », raconte-t-il.

La Presse Canadienne a contacté tous les députés conservateurs de la Saskatchewan et la plupart de ceux de l’Alberta pour discuter des réactions de leurs électeurs sur le nouveau plan conservateur. La majorité d’entre eux ont refusé de commenter ou n’ont carrément pas répondu.

En fait, ces élus ne mentionnent même pas cette question sur les réseaux sociaux.

Michael Bernstein, le directeur général de Clean Prosperity, un groupe qui plaide pour que les conservateurs adoptent la tarification du carbone depuis la défaite de 2019, applaudit la démarche de M. O’Toole, même s’il y apporte des bémols.

« C’est certainement une politique créative, lance-t-il. Il est très difficile de comprendre comment cela fonctionnera réellement. »

M. Liepert partage les raisons qui ont poussé les stratèges conservateurs à modifier le point de vue du parti sur la question. Selon lui, les conservateurs ont besoin de plus de victoires en Ontario pour former un gouvernement. Il estime que le temps de renoncer à son opposition à la tarification du carbone est venu.

Le député souhaite convaincre ses électeurs que le programme conservateur ne propose pas une taxe véritable.

« Permettez-moi de présenter cette analogie : lorsqu’on achète une caisse de 24 de Pilsner, il y a une consigne de 10 cents par canette attachée à cela, n’est-ce pas ?, fait-il valoir. On est tous d’accord avec cela. Et je leur demande s’ils considèrent cela comme une taxe et ils me répondent que ce n’en est pas une puisqu’ils peuvent récupérer la somme en allant porter les canettes au magasin. Et bien c’est la même chose pour [le programme]. »

M. Liepert dit que les gens ont tendance à « en convenir à contrecœur », mais il y aura toujours des récalcitrants pour qui « une taxe demeure une taxe ».

La députée de Yorkton-Melville, en Saskatchewan Cathay Wagantall évoque également la consigne sur les bouteilles pour présenter la nouvelle politique conservatrice dans sa circonscription rurale.

« Tout le monde a été quelque peu surpris, bien sûr, mais en même temps, une fois que j’ai lu la mesure afin de m’en faire une idée juste, j’ai pu la comprendre », dit-elle.

Mme Wagantall est convaincue que les compétences provinciales en matière d’environnement seront respectées, une chose, selon elle, sur laquelle le caucus a insisté. Et comme M. Liepert, elle a eu de nombreuses discussions avec des électeurs bouleversés ou confus.

« Plus nous parlons, plus ils sont compréhensifs et ils veulent simplement en parler. Je n’ai jamais eu l’impression de ne pas être entendue. »

Mais toutes les conversations ne semblent pas aussi cordiales.

M. Liepert ignore s’il perdra des électeurs. Plusieurs lui ont écrit pour exprimer leur dégoût envers le parti et lui dire leur intention de voter pour le nouveau parti Maverick dirigé par un ancien député conservateur, Jay Hill.

Celui-ci dit qu’il représente vraiment les gens de l’Ouest et compte ne présenter des candidats que dans les Prairies. Il reproche aussi à Erin O’Toole de proposer « une taxe bidon sur le carbone ».

M. Bernstein craint que la position mi-figue, mi-raisin des conservateurs pourrait leur coûtera l’appui des électeurs ciblés.

« Les attentes des électeurs, bien que nous devrons le vérifier dans les sondages, continueront probablement d’évoluer également en fonction de ce qu’ils attendent d’un plan crédible, dit-il. Il y a une chance pour que M. O’Toole soit en décalage avec cela. »