(Ottawa) Le gouvernement Trudeau doit profiter de son prochain budget pour « renouveler » le partenariat entre le secteur public et le secteur privé. Ce partenariat est crucial pour attirer de nouveaux investissements et créer de la richesse, estime la présidente du Conseil sur la stratégie industrielle du Canada, Monique Leroux.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Des investissements dans les infrastructures « physiques et numériques » de la part d’Ottawa seront nécessaires pour jeter les bases de ce « partenariat renouvelé », selon Mme Leroux. Cela passe aussi par la présentation d’une « feuille de route claire et précise » pour les trois ou cinq prochaines années lorsque la ministre des Finances, Chrystia Freeland, déposera son plan budgétaire, le lundi 19 avril.

« Le rôle du gouvernement sur le plan économique, c’est beaucoup d’être un facilitateur, de créer des conditions en adoptant des politiques publiques qui vont permettre de la croissance économique grâce au dynamisme entrepreneurial et au dynamisme des entreprises », a affirmé Mme Leroux, dans une entrevue avec La Presse mardi.

Elle a donné en exemple le transport ferroviaire au pays. Comment un pays du G7 peut-il encore avoir des voies ferrées qui doivent être partagées entre des trains de marchandises et des trains de passagers ? « Le moment est venu de se donner une vision beaucoup plus claire et plus à long terme de nos infrastructures de transport et de commerce à travers le pays », affirme l’ancienne présidente du conseil et chef de la direction du Mouvement Desjardins.

Infrastructures

Cela est d’autant plus vrai que certains pays ont profité de la pandémie pour accélérer les travaux visant à améliorer leurs infrastructures, souligne-t-elle, afin d’être fin prêts pour la réouverture de l’économie. « Notre chemin de fer qui partage des voies entre des trains de passagers et des trains de marchandises, c’est un peu dépassé, ajoute-t-elle. S’il fallait que l’on compare notre infrastructure ferroviaire à travers le Canada à ce que l’on retrouve en France ou en Chine… Je pense qu’il doit y avoir des investissements publics assez importants qui doivent être annoncés et qui permettront aux entreprises privées de comprendre où le Canada s’en va. »

Dans cette vision à long terme, il faut inclure les ports et les aéroports si l’on veut que les entreprises puissent compter sur des infrastructures fiables, efficaces et rapides pour croître et améliorer leur compétitivité, selon elle.

Un moment « exceptionnel »

Mme Leroux a tenu ces propos à La Presse en marge d’une présentation virtuelle sur la relance économique devant les membres du Canadian Club de Toronto en compagnie du PDG de Suncor Energy, Mark Little, et du PDG de BMO Financial Group, Darryl White. L’évènement était animé par Goldy Hyder, président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires.

Selon Mme Leroux, le prochain budget représente un moment « exceptionnel », voire un rendez-vous historique pour donner un nouvel élan à l’économie canadienne. À condition, toutefois, que le gouvernement fédéral et les provinces jouent leurs cartes budgétaires adéquatement.

« L’un des défis que l’on a au Canada sur la compétitivité, c’est que le niveau d’investissement privé au Québec et au Canada est inférieur à ce que l’on retrouve dans d’autres pays, entre autres aux États-Unis. Cela affecte notre compétitivité et notre productivité. Donc, la manière de relancer les investissements du privé, c’est d’avoir une clarté sur la feuille de route que veulent suivre les gouvernements au moment où ils vont faire des investissements publics importants », a souligné Mme Leroux.

En plus de miser sur l’innovation, Mme Leroux incite les gouvernements à utiliser les sommes importantes qu’ils dépensent en approvisionnement d’une manière plus stratégique pour soutenir les entreprises canadiennes dans leur croissance, comme le font les États-Unis. Mais il faut le faire, précise-t-elle, sans tomber dans le protectionnisme.