Perdre son emploi, vivre une baisse importante de revenu, être immigrant et avoir un conjoint entrepreneur influencent positivement les gens à devenir des entrepreneurs, selon une étude publiée lundi par Statistique Canada. Basée sur les années 2015 et 2016 telles que vécues par 25 millions de Canadiens, l’étude montre que les hommes sont deux fois plus susceptibles que les femmes de devenir propriétaires d’une entreprise.

Antoine Trussart
Antoine Trussart La Presse

Le choc de revenu mène à l’entrepreneuriat

Un prédicteur important de l’accession à la propriété d’une entreprise, particulièrement chez les femmes, est le fait d’avoir vécu ce que les chercheurs appellent un choc de revenu majeur, c’est-à-dire d’avoir perdu au moins 10 % de son revenu au courant d’une année donnée.

Les personnes qui sont sans emploi ou qui sont travailleurs autonomes sont également plus susceptibles de devenir entrepreneurs que les employés salariés. Selon les auteurs de l’étude, le contexte particulier de la COVID-19 pourrait donc mener à une résurgence de l’entrepreneuriat dans les prochaines années, considérant le nombre d’individus ayant vécu un choc de revenu en 2020.

Les hommes deux fois plus susceptibles de devenir entrepreneurs

Pour l’année 2016, les nouveaux entrepreneurs représentaient moins de 1 % de la population âgée de 18 à 80 ans au Canada, soit 78 000 femmes et 129  000 hommes. Les chercheurs ont ainsi déterminé que les femmes ont 0,6 % de chances d’accéder à la propriété d’une entreprise. Cette probabilité monte à 1,1 % pour les hommes.

Ce chiffre révèle une tendance générale en entrepreneuriat, alors que les hommes comptent pour plus de 60 % de tous les propriétaires d’entreprise au pays.

Les femmes célibataires sont également sous-représentées parmi les nouvelles entrepreneures. Alors que chez les employées ou travailleuses autonomes, elles représentent 29 % de la population, elles ne sont que 14 % à accéder à la propriété d’une entreprise. Parmi les femmes déjà propriétaires d’une entreprise, seulement 8 % sont célibataires.

Ce phénomène peut être partiellement expliqué par l’âge moyen plus bas des nouvelles entrepreneures (45 ans) que celui des propriétaires d’entreprise (52 ans).

Les hommes dans des entreprises qui appartiennent à des hommes

Les auteurs de l’étude séparent les entreprises selon qu’elles sont la propriété principalement d’hommes, de femmes ou que l’actionnariat est équilibré entre les deux sexes. Pour 79 % des hommes nouvellement propriétaires d’une entreprise, celle-ci est majoritairement la propriété d’hommes. Les 21 % restants sont dans des entreprises paritaires. Les hommes ne deviennent donc propriétaires d’aucune entreprise majoritairement détenue par des femmes.

Pour les femmes, environ la moitié devenaient propriétaires d’une entreprise détenue par un actionnariat féminin, alors que le tiers devient propriétaire d’une entreprise à actionnariat mixte. Les autres accèdent à l’entrepreneuriat dans une organisation possédée par une majorité d’hommes.

L’entrepreneuriat entraîne l’entrepreneuriat

La profession du conjoint est également importante pour déterminer les probabilités qu’une personne puisse devenir propriétaire d’une entreprise. Avoir un conjoint ou une conjointe qui est également propriétaire d’entreprise est le facteur le plus important dans la probabilité de devenir un nouvel entrepreneur. Cette tendance est encore plus forte chez les hommes que chez les femmes.

Les immigrants sont surreprésentés parmi les nouveaux entrepreneurs. Alors qu’ils représentent un peu moins de 20 % de la population de 18 à 80 ans et 18 % des entrepreneurs établis, ils comptent pour environ 30 % des nouveaux entrepreneurs. Selon les chercheurs, environ 12 % des immigrants propriétaires d’entreprise sont arrivés au Canada dans la catégorie des gens d’affaires. Les autres sont arrivés en tant que travailleurs qualifiés, réfugiés ou dans le cadre de réunifications familiales.