(Montréal) Recentrée exclusivement vers les jets d’affaires, Bombardier devra maintenant expliquer aux investisseurs la trajectoire qui sera empruntée pour assainir ses finances et comment elle entend tirer son épingle du jeu dans un secteur vulnérable aux aléas de l’économie.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

L’avionneur tiendra jeudi une journée destinée à la communauté financière au cours de laquelle son président et chef de la direction, Éric Martel, présentera son plan en matière de gestion de la dette et de réduction des coûts.

Des perspectives du marché des avions d’affaires devraient être offertes ainsi que des détails sur la stratégie de Bombardier visant à faire croître ses activités de maintenance et de services après-vente, qui représentent actuellement environ 20 % des revenus.

Mais pour certains analystes, la marge de manœuvre est excessivement mince pour la multinationale québécoise, puisqu’elle dépend désormais d’un seul secteur depuis la clôture de la vente de sa division ferroviaire à Alstom, en janvier dernier.

« Si les choses ne vont pas bien dans le marché, (la direction de l’entreprise) n’arrivera peut-être pas à atteindre ses objectifs, a expliqué l’analyste Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, au cours d’un entretien téléphonique. Bombardier a une belle gamme de produits. Le problème est sa position vulnérable en cas de ralentissement économique prolongé. »

Tous les concurrents de Bombardier dans l’industrie des luxueux jets d’affaires, comme les compagnies derrière les Gulfstream et Falcon, sont également présents dans d’autres secteurs, comme la défense, ce qui leur permet de mieux résister aux périodes de turbulences, comme c’est le cas depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Le mois dernier, Bombardier avait indiqué s’attendre à livrer entre 110 et 120 jets d’affaires cette année. En 2020, 114 appareils avaient été remis à des clients.

Certains observateurs estiment que le contexte de la crise sanitaire stimulera l’intérêt pour les voyages privés. M. Aboulafia, lui, croit que les signaux sont mitigés, puisque les profits des entreprises et le prix des matières premières, des indicateurs qui profitent aux jets d’affaires, ne sont pas au rendez-vous.

Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, a quant à lui estimé que le rendez-vous de jeudi permettra aux investisseurs de mieux évaluer le « potentiel » de Bombardier comme constructeur exclusif d’avions d’affaires.

« Nous considérons l’évènement comme un potentiel catalyseur pour le titre », a écrit l’analyste dans une note envoyée à ses clients cette semaine.

En faisant le point sur sa performance annuelle et de fin d’exercice, le 11 février dernier, Bombardier avait annoncé de nouvelles mesures de réduction de coûts avec l’élimination de 1600 emplois — dont plusieurs centaines au Québec — et la fin de la production de la famille Learjet d’ici la fin de l’année.

L’objectif consiste à économiser 400 millions US de manière récurrente d’ici 2023. La manière d’atteindre cette cible devrait être précisée.

Au quatrième trimestre, qui s’était soldé par une perte nette de 337 millions US sur des revenus de 2,4 milliards US, l’entreprise avait affiché des flux de trésorerie liés aux activités poursuivies de 265 millions US, sous les attentes de plusieurs analystes. Sa dette nette était d’environ 4,7 milliards US, ce qui tient notamment compte du produit net de 3,6 milliards US récolté grâce à la vente de Bombardier Transport.

« Nous croyons que la direction peut redresser la barre du côté des flux de trésorerie […] mais l’exécution sera la clé », avait souligné Konark Gupta, de la Banque Scotia, dans un rapport publié le mois dernier, en précisant qu’il n’y avait plus vraiment d’actifs à céder pour améliorer le bilan financier.

Bombardier a annoncé mercredi une collaboration avec Aston Martin qui pourrait permettre au prestigieux constructeur automobile anglais d’apporter sa touche à la finition des cabines des familles Global et Challenger.

À la Bourse de Toronto, le titre de catégorie B de la société a clôturé à 60 cents, en hausse d’un cent, ou 1,7 %.