Le fondateur d’une chaîne spécialisée en revêtement pour béton ne s’en est pas laissé imposer. Devant la crise, il a fondé une autre chaîne, spécialisée en désinfection.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

La COVID-19 a durement frappé Béton Surface.

Béton Surface a immédiatement répliqué.

Cette chaîne spécialisée en revêtements pour plancher de béton était à peine forcée à la fermeture qu’elle proposait une contre-mesure, avec un service de désinfection qui s’est répandu comme une pandém… comme une traînée de poudre dans presque tout le Québec.

Le nom de cette nouvelle chaîne : Pulveriz.

Il faut dire que Nicolas Desjardins, son initiateur, a le réflexe de la franchise. « J’ai commencé dans le domaine de la franchise avec les peintres-étudiants quand j’étais à l’université », confie-t-il.

Il a ensuite fondé une entreprise de peintres, puis, fin 2014, il a créé Béton Surface, dans l’objectif d’en faire une chaîne franchisée. Au printemps suivant, sa participation à l’émission Dans l’œil du dragon a donné l’impulsion à sa nouvelle créature. Au début 2020, la chaîne comptait 15 succursales, et Nicolas Desjardins travaillait à l’étendre en Ontario.

« Tout ça allait super bien jusqu’au fameux confinement, qui est venu secouer la structure et les franchisés », décrit-il.

« Qu’est-ce qu’on fait ? », s’est-il demandé le 18 mars, alors que l’interdiction des rassemblements laissait déjà entrevoir un confinement généralisé. « J’avais déjà un ami dans le domaine de la désinfection. Pourquoi on n’offrirait pas ce service dans le résidentiel ? »

Une semaine plus tard, « on commençait à recevoir des appels et on faisait de la désinfection ».

Une semaine bien compactée… Il fallait d’abord une image de marque. « On a donné le mandat à l’équipe web qui travaille avec nous. Je leur ai dit : en 72 heures, ça me prend un site web. »

Notre première idée était StopVirus. Finalement, on trouvait ça un peu agressif. Ils sont revenus avec l’idée de Pulveriz.

Nicolas Desjardins

En 72 heures, « ils ont livré le mandat. Logo inclus ».

Entre-temps, Nicolas Desjardins a déniché un fournisseur de désinfectant et s’est mis en quête de l’équipement de pulvérisation. « J’ai fait les quatre coins de la province pour trouver des pulvérisateurs usagés. »

Il a difficilement déniché sept appareils, dont un à Winnipeg.

Le centre d’appels de Béton Surface s’est transformé en centre d’appels Pulvériz, pendant que ses employés recevaient une formation à distance sur l’art délicat de la désinfection, avec un protocole élaboré avec des experts dans le domaine.

Il n’était pas seul dans l’aventure. Quand il a demandé conseil à Serge Beauchemin, qu’il avait connu comme dragon en 2015, celui-ci a proposé de se joindre à lui. C’est par l’intermédiaire d’un de ses forums sur l’internet, auquel assistait Nicolas Desjardins, que Pierre Lévesque, président de la chaîne d’ateliers de parebrises VitrXpert, a eu vent du projet. « Il voulait explorer le volet de désinfection des véhicules. » Il est monté à bord le 3 avril, entraînant avec lui près de la moitié de ses 150 franchisés.

Patrice Bélair, expert du monde de la franchise, a complété le quatuor.

Du flair

« Créer une entreprise à distance, ça a été tout un changement pour moi », reconnaît Nicolas Desjardins.

Il a dû apprivoiser les outils de vidéoconférence, avec les aléas d’une première expérience. « J’ai accroché un bouton, raconte-t-il, et pendant cinq minutes, j’avais des oreilles et un nez de chien. » Il lui a fallu ce délai pour comprendre que ce n’était pas ses propos qui suscitaient l’adhésion hilare de ses interlocuteurs.

« C’est mon fils, avant la rencontre, qui m’a appris comment ça fonctionnait », s’est-il excusé.

Début avril, Pulveriz comptait donc près de 90 points de vente potentiels, mais ne possédait encore que 7 pulvérisateurs.

Nicolas Desjardins a commandé une centaine de machines de Chine, livrables par avion en une semaine. Mais sur le lot, il a fait l’erreur de demander cinq appareils à batteries. Le chargement complet s’est fait refuser le vol.

Ça a été la panique. On avait des demandes, entre autres de la Sûreté du Québec qui voulait faire désinfecter ses véhicules.

Nicolas Desjardins

La commande – moins les appareils rechargeables – arrivera avec plus d’une semaine de retard.

De toute manière, l’approvisionnement en désinfectant causait déjà des maux de tête qui n’avaient rien à voir avec son odeur. « On s’est dit : on va faire une étape de plus, on va essayer de créer notre propre produit. »

Ils se sont tournés vers une entreprise de Sherbrooke qui se spécialise dans les solutions désinfectantes écologiques à base de thym. Le 5 mai, ils ont obtenu l’approbation de Santé Canada pour leur produit désinfectant contre la COVID-19, avec le précieux numéro DIN.

La préparation et l’embouteillage ont été confiés à une entreprise de Boisbriand. C’est un autre écueil : « Les bouteilles, ça n’existe plus au Québec ! » Pour l’instant, ils doivent se contenter de contenants de 4 litres.

Chez VitrXpert, la désinfection des véhicules s’effectue dans les succursales. « Chez Béton Surface, on est mobile. »

Leur produit, appelé PulverizEco DS, est aussi vendu en ligne. Et en Colombie.

Le pays « nous a approchés pour avoir le service et le produit », explique l’homme d’affaires.

L’intermédiaire est un Colombien installé au Québec.

Une première cargaison de désinfectant a été expédiée la semaine dernière.

« Éventuellement, il s’agit de voir comment on peut les former pour avoir un modèle de franchise », admet sans détour Nicolas Desjardins.

On l’a dit, c’est un homme de franchise.