L’année 2019 avait été plus difficile financièrement pour Normand Legendre. Il comptait sur un gros contrat à la raffinerie Jean-Gaulin d’Énergie Valero, à Lévis, pour équilibrer son budget. Le tuyauteur devait participer à l’arrêt d’entretien majeur de 130 millions de dollars. De longues heures de travail en vue avec, au final, un chèque de paye rassurant. Mais voilà que le Québec est en arrêt et que les travaux sont annulés.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

« Le shut down est remis à une date qu’on ne connaît pas encore, raconte-t-il au téléphone. Je devais faire six semaines de travaux jusqu’à la fin de mai avec beaucoup d’heures supplémentaires. Ça représentait un montant. »

L’homme de 42 ans estime qu’il perd près de 40 000 $. D’emblée, il confie que cette situation inattendue et déstabilisante lui fait peur.

« Je n’ai pas d’argent de côté, avoue-t-il, je ne sais pas comment je vais faire pour arriver. L’hypothèque, les taxes, l’électricité, l’épicerie, ce sont des frais fixes qu’il faut continuer de payer. »

Avant d’avoir du retard dans le paiement de tous ses comptes, Normand Legendre n’a pas tardé à réagir. Il a demandé à son institution financière de reporter les paiements de son hypothèque.

« Ça va libérer un peu de sous, dit-il. Je sais par contre que c’est un cadeau empoisonné, parce que l’intérêt va continuer de s’accumuler sur le capital. Je vais rallonger de plusieurs mois le paiement de ma propriété. »

Normand Legendre pourra aussi compter sur des prestations d’assurance-emploi. Or, il sait qu’il doit limiter au maximum ses dépenses, car le montant auquel il a droit ne représente que 30 % de son salaire brut habituel de plombier industriel.

Ça va être très, très dur. Et je dois faire très attention, parce que si l’année repart bien, je vais devoir rembourser 30 % du chômage que j’ai reçu.

Normand Legendre

Avec un emploi du temps soudainement vide jusqu’au 13 avril, Normand Legendre prévoit rendre service aux personnes âgées de son entourage, toujours en gardant une bonne distance, assure-t-il. Comme il vit à la campagne, il sait que ses voisins auront besoin d’aide.

Mais ce qui lui manquera par-dessus tout, ce sont ses chums qu’il rejoignait régulièrement au garage pour réparer des véhicules en buvant une bière.

« On ne peut plus faire ça, lance-t-il à regret. Je vais donc faire des loisirs qui ne coûtent pas cher. J’ai un grand terrain, alors quand la neige va fondre, je vais le racler et ramasser des feuilles. Je vais prendre, moi aussi, des marches… mais dans le bois. »

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