(Bruxelles) Après dix mois de négociations harassantes, l’Union européenne et le Royaume-Uni espèrent annoncer jeudi un accord historique sur leur future relation commerciale,  qui leur permettrait d’éviter in extremis un « no deal » dévastateur pour leurs économies en fin d’année.

Christian SPILLMANN
Agence France-Presse

Les ultimes discussions autour de l’accord devaient se poursuivre « toute la nuit » de mercredi à jeudi, a annoncé sur Twitter le porte-parole de la Commission européenne, Eric Mamer.

Une source européenne avait évoqué mercredi « de grandes chances » de conclure un accord dans les prochaines heures. Le premier ministre irlandais Micheal Martin a lui parlé de « signaux positifs » sur RTE.

Selon une source gouvernementale française, les Britanniques ont consenti « d’énormes concessions », en particulier sur la pêche, ultime point d’achoppement des discussions.

« Il y a eu des mouvements du côté britannique, mais le diable est dans les détails des textes et nous n’y sommes pas encore », a tempéré une source diplomatique. « On vérifie que toutes les garanties sont bien là. »

S’il est confirmé, un compromis entre la Commission européenne et le Royaume-Uni devra encore être validé par les États membres, un processus qui devrait prendre plusieurs jours.

Mais il reste en théorie suffisamment de temps pour qu’un éventuel traité entre en application provisoire le 1er janvier, quand le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier dernier, aura définitivement abandonné le marché unique.

Le texte, de près de 2000 pages, serait alors validé a posteriori par le Parlement européen.

L’aboutissement de ces négociations, débutées en mars, permettrait aux deux parties de s’épargner un « no deal » aussi embarrassant sur le plan politique que dommageable au niveau économique.

Scénario noir

Sans accord, les échanges entre l’UE et Londres seraient régis par les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane, de quotas, ainsi que de formalités administratives susceptibles d’entraîner des embouteillages monstres et des retards de livraison.

Un scénario noir pour le Royaume-Uni, déjà malmené par une variante plus virulente du coronavirus qui l’a isolé du reste du monde.

Les négociations sont depuis lundi entre les mains de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du premier ministre britannique Boris Johnson, qui ont échangé à plusieurs reprises pour tenter de surmonter l’impasse sur la pêche.

Malgré son faible poids économique, le secteur revêt une importance politique et sociale pour plusieurs État membres, dont la France, les Pays-Bas, le Danemark ou l’Irlande. Mais les Britanniques en ont fait le symbole de leur souveraineté retrouvée après le divorce.

Les tractations se concentrent sur le partage des quelque 650 millions d’euros de produits pêchés chaque année par l’UE dans les eaux britanniques et la durée de la période d’adaptation pour les pêcheurs européens.

Les autres sujets jusque là problématiques – la manière de régler les différends et les mesures de protection contre toute concurrence déloyale – ont pour leur part été réglés ces tout derniers jours.

La conclusion d’un texte en à peine dix mois – quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit – constituerait une prouesse pour Londres et Bruxelles, surtout pour un accord de cette envergure, puisque de tels pourparlers prennent des années.

Strictes conditions

Il avait d’ailleurs fallu deux ans et demi pour négocier l’Accord de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, un texte qui apporte une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et fournit des garanties pour le maintien de la paix sur l’île d’Irlande.

Les pourparlers commerciaux, menés par Michel Barnier côté européen et David Frost côté britannique, ont été compliqués par la COVID-19 avec des échanges par visioconférence et parfois même la suspension des discussions à cause de cas positifs parmi les négociateurs.

Avec cet accord, l’UE offrirait à son ancien État membre un accès inédit sans droit de douane ni quota à son immense marché de 450 millions de consommateurs.

Mais cette ouverture sera, le cas échéant, assortie de strictes conditions : les entreprises d’outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles évolutives au fil du temps en matière d’environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties devraient aussi exister en matière d’aides d’État.

Un mécanisme devrait permettre aux deux parties d’activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane, en cas de divergences sur ces normes.

En cas de « no deal », le Royaume-Uni perdrait beaucoup plus que l’Europe : les Britanniques exportent 47 % de leurs produits vers le continent, quand l’UE n’écoule que 8 % de ses marchandises de l’autre côté de la Manche.