(RIVIÈRE-DU-LOUP) Fondée il y a bientôt 100 ans, Premier Tech a encore démontré toute sa vivacité cette année en annonçant un plan d’investissement quinquennal de 250 millions pour ses seules activités au Québec. Avec un réseau de 47 usines dans 17 pays, actives dans les secteurs de l’horticulture, de l’emballage industriel et de l’environnement, Premier Tech compte 4700 employés dans le monde, dont plus de 1000 à son campus de Rivière-du-Loup. « On est la plus internationale des entreprises québécoises basées en région », résume, fort à propos, son PDG Jean Bélanger.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Premier Tech est devenue l’entreprise québécoise qui a la plus forte empreinte industrielle régionale à s’implanter de façon tout aussi marquée à l’échelle internationale. Comment expliquez-vous votre succès ?

On a entrepris notre diversification à partir de notre métier d’origine, qui était d’opérer des tourbières. À partir des années 1950, on a développé nos propres machines pour ensacher nos produits et on a commencé à en fabriquer pour nos concurrents. Dans les années 1990, on a utilisé la tourbe pour fabriquer des équipements de traitement des eaux usées et on a entrepris d’exporter nos technologies.

Il y a deux ans, on a créé une quatrième division, Premier Tech Digital, qui se spécialise dans la transformation numérique ou l’intelligence manufacturière afin de rendre plus performantes les usines de nos clients.

On a fait l’acquisition de la firme Manevco, de Bromont, qui travaillait avec nous sur l’optimisation de nos usines, et on a acheté cette année la firme française ArdTIC. Notre division Digital compte maintenant 60 spécialistes de la numérisation de la production.

Vous avez annoncé il y a trois semaines l’acquisition de trois entreprises françaises dans le secteur de l’environnement. C’est donc quatre sociétés françaises que vous avez acquises en l’espace de trois mois ?

Oui, c’est exact. C’est notre rythme habituel. On réalise de trois à cinq acquisitions en moyenne par année, et depuis une vingtaine d’années, on enregistre un taux de croissance de plus de 10 % de nos revenus par année.

On comprend bien que vous êtes devenu un groupe diversifié dans l’horticulture, l’équipement industriel et l’environnement. Quelle est la part de chacune de ces entités ?

On réalise 40 % de nos revenus annuels de près de 1 milliard dans notre secteur d’origine, qui est l’horticulture. Cette activité est principalement concentrée en Amérique du Nord avec plusieurs sites au Canada et aux États-Unis. On a aussi trois usines en France.

Le secteur de la fabrication industrielle représente un autre 40 % de nos revenus annuels. Notre empreinte internationale est plus marquée puisqu’en plus de nos neuf usines canadiennes, dont deux à Rivière-du-Loup, on en a aussi aux États-Unis, au Brésil, aux Pays-Bas, en Thaïlande et en Chine.

Enfin, le secteur de l’environnement génère environ 20 % de notre chiffre d’affaires annuel, et on a des usines au Québec, en France, en Allemagne, en Angleterre et au Portugal.

Notre nouvelle division Premier Tech Digital ne génère pas encore un pourcentage significatif de revenus, mais on s’attend à ce qu’elle produise d’ici cinq ans entre 100 et 150 millions par année.

Vous avez annoncé il y a un mois que vous allez investir au cours des cinq prochaines années 250 millions au Québec grâce notamment à un prêt sans intérêt de 50 millions de Québec. À quoi vont servir ces investissements ?

Depuis 1995, on planifie toujours nos investissements en recherche et développement sur un horizon de cinq ans, et on le fait aussi pour nos investissements dans nos infrastructures, l’achat de logiciels, l’augmentation de nos capacités manufacturières, etc.

On va donc investir 100 millions en recherche et développement et 150 millions dans la transformation numérique de nos activités au Québec. C’est ici qu’est le cœur de l’entreprise, c’est notre bouillon de culture.

On a 300 personnes dans le monde qui sont impliquées dans la recherche et le développement, mais plus de la moitié sont au Québec, elles vont être 200 bientôt.

Au Québec, on est le seul endroit dans le monde où on exerce tous les métiers de Premier Tech, c’est donc important de donner le ton à l’ensemble du groupe.

Le Québec et Rivière-du-Loup plus particulièrement sont au cœur des activités de Premier Tech, mais le marché canadien n’est pas le marché le plus important du Groupe ?

Non, on réalise plus de 40 % de notre chiffre d’affaires aux États-Unis, qui demeurent notre plus important marché. C’est pourquoi c’était important durant la pandémie de poursuivre nos exportations vers les États-Unis. C’est plus de 50 000 camions par année qui partent de chez nous pour aller livrer aux États-Unis, c’est 1000 camions par semaine…

L’Europe est notre deuxième marché et représente plus de 25 % de nos revenus, alors que le Canada compte pour 20 % de notre chiffre d’affaires. L’Asie et l’Amérique latine génèrent plus de 10 % de nos revenus annuels.

Mais ce qui est bien, c’est que chacun de nos secteurs d’activité est en croissance année après année et que chacun de nos marchés géographiques progresse aussi.

Votre père a racheté l’entreprise qui appartenait à des Américains dans les années 70 et vous la dirigez depuis 1999. Comment entrevoyez-vous la suite des choses ?

On va voir ce que fera la prochaine génération. J’ai quatre enfants, dont ma fille aînée de 23 ans qui termine sa deuxième maîtrise et qui travaille chez nous l’été, et mon fils de 20 ans qui est à l’université et qui est lui aussi intéressé à l’entreprise, comme mes deux plus jeunes.

On verra la suite. Mes deux aînés souhaitent exercer des rôles de leadership dans Premier Tech, je ne les force pas, comme mon père ne m’a pas forcé à travailler pour l’entreprise.

Une chose est certaine, notre rôle comme propriétaire d’une entreprise familiale est d’assurer la pérennité des valeurs et de la culture de Premier Tech. Cela peut se faire de différentes façons.

On a des partenaires suisses depuis des années. La famille Bühler, dont l’entreprise réalise un chiffre d’affaires de trois milliards, est rendue à la cinquième génération. Les trois filles qui en sont propriétaires ne sont pas aux commandes de l’entreprise, alors que leur père l’était. Leur entreprise fonctionne vraiment bien et le management en place est vraiment engagé dans la poursuite des affaires.

C’est sûr qu’on n’est pas à vendre. Chaque semaine, je reçois des appels de banques d’investissement privées qui aimeraient bien acheter Premier Tech et la démanteler à gros prix. Je leur demande plutôt s’ils n’ont pas des entreprises à vendre qui pourraient nous intéresser.