(Montréal) L’annonce de modifications aux règlements pour faciliter l’accès à l’industrie de la construction irrite la FTQ-Construction, qui y voit une façon de contourner une solide formation initiale et complète pour les travailleurs.

Lia Lévesque La Presse Canadienne

La plus grande organisation syndicale de l’industrie de la construction s’inquiète des répercussions de ces assouplissements sur la compétence des futurs travailleurs et sur leur maintien dans l’industrie à moyen et long termes.

« Tous les métiers et les professions ont des formations. Et nous, on est en train de tout bypasser ça, avec ce qu’on fait présentement », s’est insurgé en entrevue avec La Presse Canadienne jeudi, le directeur général de la FTQ-Construction, Éric Boisjoly.

Mercredi, le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, a annoncé la publication, dans la Gazette officielle, d’un projet de règlement visant à faciliter l’accès à l’industrie de la construction. Une consultation de 45 jours s’ensuit avant l’adoption.

Entre autres mesures, Québec veut reconnaître l’expérience acquise hors de la construction pour permettre à un travailleur de s’intégrer dans cette industrie.

Il veut permettre l’émission d’un certificat de compétence apprenti à toute personne qui soumet un dossier pertinent de reconnaissance de son expérience professionnelle.

Québec veut aussi permettre le travail en chantier pendant les études.

Il veut également accélérer l’obtention du statut de compagnon pour les apprentis.

Pour la FTQ-Construction, qui regroupe plusieurs syndicats de travailleurs de l’industrie, cela posera un problème de formation des futurs travailleurs. « La diplomation est abandonnée de plus en plus. Certaines écoles ont de la misère à remplir leurs cohortes d’étudiants parce qu’il n’y a pas assez d’inscriptions », a déploré M. Boisjoly.

Et comme Québec veut permettre le travail en chantier pendant les études, M. Boisjoly s’inquiète. « Des gens qui entrent dans l’industrie et qui n’ont pas fini leur apprentissage, ils vont se dire : c’est quoi la plus-value d’aller à l’école ? »

Rareté ou répartition ?

Le ministre Boulet a indiqué agir ainsi pour contrer la rareté de main-d’œuvre dans la construction, surtout que le gouvernement Legault veut accélérer les projets d’infrastructures au cours des prochaines années.

M. Boisjoly conteste cette affirmation sur la rareté de main-d’œuvre. À ses yeux, la situation varie plutôt d’une région à l’autre et, dans certaines régions, les travailleurs accumulent peu d’heures.

La Commission de la construction affirme dans un mémoire que « les difficultés de recrutement sont apparues dès 2017, alors que l’industrie atteignait 148 millions d’heures » de travail. Or, en 2019, on a atteint un sommet avec 177,2 millions d’heures, une augmentation de 9 % par rapport à 2018.

En 2019, la CCQ a émis 33 000 nouveaux certificats de compétence et a admis plus de 11 000 apprentis à l’examen de qualification pour devenir compagnon.

Devant les critiques de la FTQ-Construction, elle se fait rassurante et assure que « la voie privilégiée est celle de la diplomation ».

La FTQ-Construction représente 43 % des travailleurs dans l’industrie de la construction. Elle est la plus importante des cinq organisations syndicales reconnues.