Lasses de voir des marchandises qui leur sont destinées leur « passer dans la face » sur le fleuve Saint-Laurent, une vingtaine d’entreprises de l’Est-du-Québec se sont regroupées mercredi pour trouver des façons de rendre plus compétitifs leurs coûts de transport, notamment en renforçant les ports de Gaspé, Matane, Rimouski et Cacouna.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le regroupement, baptisé Pôle Québec logistique, se donne une mission similaire à celle réalisée par CargoM à Montréal.

« CargoM, ce sont des entreprises qui se sont mises ensemble pour régler ensemble les problèmes de logistique qu’elles vivaient », explique Pierre Dolbec, président du conseil d’administration du nouvel organisme, président de l’entreprise de transport Dolbec International et maire de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

« On veut faire pareil, mais pour nos problèmes à nous, qui ne sont pas les mêmes qu’à Montréal. »

Ces problèmes se résument assez simplement. Pour acheminer ou faire sortir des marchandises de l’Est-du-Québec, les voies maritimes, ferroviaires et aériennes sont « faibles », constate M. Dolbec. Ne reste donc essentiellement que le camionnage, dont les coûts peuvent être prohibitifs.

Selon M. Dolbec, il coûte trois fois plus cher d’acheminer un conteneur vers Rivière-du-Loup que vers Québec, en partant de Montréal. Ces coûts se retrouvent inévitablement à être payés par les clients de ces entreprises, rappelle-t-il.

« Et plus tu vas vers l’Est, plus la facture monte, et drastiquement. »

Fleuve sous-utilisé

La première option vers laquelle Pôle Québec logistique se tournera pour tenter de trouver des débouchés, c’est le fleuve.

« On a réalisé que le fleuve, de Québec vers l’Est, est sous-utilisé », note M. Dolbec. Il fait le même constat pour les ports de Gaspé, Matane, Rimouski et Gros-Cacouna, cédés à Québec par Ottawa en 2018.

« Les conteneurs nous passent dans la face, ils vont à Montréal pour être déchargés et on nous les retourne par camion. C’est la même chose avec le vrac, qui s’en va à Québec. »

Il y aurait possibilité, selon lui, de voir certains navires de vrac provenant d’Europe faire un arrêt dans l’Est-du-Québec pour décharger une partie de leur marchandise destinée à des clients locaux avant de poursuivre vers Québec.

« On ne le fait pas parce qu’il n’y a pas de coordination. Le bateau s’en va à Québec, tout simplement. »

Quant aux conteneurs, l’organisme entend évaluer la possibilité qu’ils fassent le trajet entre Montréal et l’Est sur des barges, plutôt que par camion. L’arrivée éventuelle du terminal de conteneurs Laurentia, à Québec, est aussi considérée comme une voie prometteuse pour les entreprises de l’Est.

M. Dolbec ne cache toutefois pas son scepticisme actuel pour un autre projet logistique dévoilé récemment à Québec, celui de la création d’un pôle cargo à l’aéroport Jean-Lesage.

« Je n’ai pas encore vu les détails. Je ne dis pas non, mais si les chiffres n’ont pas changé depuis que je les avais analysés il y a 10 ans, je suis sceptique. »