Macky Tall part pour le groupe Carlyle

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Avec le départ de Macky Tall, la Caisse de dépôt perd son numéro deux et celui qui a mis sur pied, au cours des 11 dernières années, le portefeuille d’infrastructures de l’institution, une catégorie d’actifs qui prend de plus en plus de place dans la stratégie de placement de la Caisse et des grands investisseurs du monde entier. C’est d’ailleurs pour aller piloter la plateforme d’investissements en infrastructures de la firme américaine Carlyle Group que Macky Tall a décidé de quitter la Caisse.

« Après 16 années à la Caisse, ç’a été une décision vraiment difficile à prendre, mais c’est une opportunité unique qui s’est présentée à moi d’aller diriger la plateforme d’infrastructures du groupe Carlyle, l’une des firmes d’investissement privées les plus réputées au monde », m’a expliqué en entrevue, lundi, Macky Tall.

Est-ce qu’il aurait accepté ce nouveau mandat s’il avait décroché le job de PDG de la Caisse lors du départ de Michael Sabia, l’an dernier ? On sait que Macky Tall était sur la courte liste des possibles successeurs de celui qui est devenu lundi le nouveau sous-ministre fédéral des Finances, et que Québec a choisi de nommer Charles Émond à la tête de la Caisse.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Macky Tall quitte la Caisse de dépôt et placement du Québec après y avoir passé les 16 dernières années.

« C’est une question très hypothétique que vous posez là. La nomination de Charles Émond comme PDG de la Caisse a suivi un processus très rigoureux du conseil d’administration, auquel j’ai participé. J’avais de très beaux défis et de nouvelles responsabilités à la Caisse qui m’ont beaucoup mobilisé au cours de la dernière année », poursuit Macky Tall, qui restera jusqu’à la fin de l’année chef des actifs réels et des placements privés de la Caisse et grand patron de CDPQ Infra.

Pourquoi partir, alors ?

« Le groupe Carlyle est une grande organisation internationale, active dans 30 pays. Je vais construire des choses, c’est une opportunité d’avoir un impact, c’est un défi que je trouve stimulant. »

Le groupe Carlyle gère des actifs de 230 milliards US regroupés dans quatre grandes catégories, et les investissements en infrastructures ne représentent que 5 milliards. Le mandat de Macky Tall, qui agira à titre de coprésident et directeur général des infrastructures, sera de hausser de façon notable la pondération de cette catégorie d’actifs.

Le groupe Carlyle a d’ailleurs fièrement annoncé lundi la nomination de Macky Tall sur son site internet en relatant les faits d’armes de son parcours comme responsable du portefeuille des infrastructures à la Caisse de dépôt.

Une nécessité née de la crise

Malien d’origine, M. Tall a fait ses études universitaires au Québec, à HEC Montréal, avant d’obtenir un MBA à l’Université d’Ottawa. Il s’est joint à la Caisse en 2004 comme directeur des placements privés dans le secteur de l’énergie avant de se faire confier de plus en plus de nouveaux mandats.

« Lorsque Michael Sabia est entré en fonction en 2009, il m’a demandé de structurer nos investissements en infrastructures. La crise venait de nous démontrer l’importance de développer cette catégorie d’actifs », relate Macky Tall.

À partir de ses investissements dans l’autoroute 407 en Ontario, dans l’aéroport Heathrow à Londres et dans quelques projets du secteur de l’énergie, la Caisse a considérablement élargi son empreinte dans la catégorie des infrastructures avec un portefeuille aujourd’hui diversifié qui cumule des actifs de 30 milliards.

Le grand projet de Macky Tall — toujours en voie de réalisation — a évidemment été le lancement, il y a deux ans et demi, de la construction du Réseau express métropolitain (REM). Est-ce que ce projet de 6,3 milliards, qui a connu certains ratés récemment, a été une épine dans le pied de M. Tall ?

« Pas du tout. Malgré la COVID-19, l’arrêt complet des travaux durant six semaines, des problèmes d’approvisionnement en raison de la pandémie, on a déjà livré deux stations complètes et on débute les essais des nouveaux wagons dans les prochaines semaines.

« C’est le plus important projet de transports en commun à Montréal des 50 dernières années. Malgré certains enjeux et les retards qu’ils ont causés, nos équipes font un travail formidable », insiste le patron de CDPQ Infra.

Bien qu’il affirme partir en pleine sérénité, Macky Tall confesse qu’il s’en va avec un pincement au cœur, parce que les 16 dernières années ont été riches en collaborations et en accomplissements de toutes sortes.

« Quand je suis arrivé en 2004, la valeur des actifs de la Caisse était de 102 milliards alors qu’elle atteint aujourd’hui 330 milliards. Je suis fier de ma contribution et des rencontres que j’ai faites, des amis et des collègues qui vont me manquer », évoque-t-il.

Macky Tall souligne par ailleurs la profondeur des équipes de direction de la Caisse et la qualité de ceux qui vont prendre la relève à la suite de son départ.

Charles Émond, PDG de la Caisse, qui a souligné le modèle d’affaires novateur qu’a instauré Macky Tall à la direction de CDPQ Infra, a annoncé lundi une série de nominations au sein de l’organisation qui prendront effet au début de l’an prochain.

Jean-Marc Arbaud, qui était directeur général de CDPQ Infra, en deviendra le nouveau PDG, alors que Harout Chitilian, directeur exécutif, est nommé vice-président, affaires corporatives, développement et stratégie, de CDPQ Infra.

Emmanuel Jaclot, premier vice-président et chef des infrastructures, ainsi que Martin Laguerre, vice-président, solutions de financement, à la Caisse, relèveront tous deux dorénavant du PDG Charles Émond. Enfin, Macky Tall, qui était aussi président du conseil d’Ivanhoé Cambridge, sera remplacé à cette fonction au début de l’année 2021.

Macky Tall en quatre temps

Avant la Caisse de dépôt : titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires de HEC Montréal et d’un MBA de l’Université d’Ottawa, il a exercé les fonctions de cadre supérieur dans les secteurs de la finance et de l’énergie entre autres à Hydro-Québec, MEG International, Novergaz et Probyn & Company.

2004 : Macky Tall arrive à la Caisse de dépôt à titre de directeur, investissements et infrastructures. Il deviendra ensuite premier vice-président, infrastructures, et a accéléré la mise en place d’un modèle d’affaires axé sur des partenariats stratégiques avec les plus grands exploitants d’infrastructures du monde.

2018 : il est nommé chef des marchés liquides et était responsable des équipes de marchés boursiers et de revenu fixe.

2020 : Macky Tall devient chef des actifs réels et des placements privés (infrastructures, placements privés hors Québec, solutions de financement et recherche globale). Il est également président et chef de la direction de CDPQ Infra. Il siégeait au comité de direction et au comité investissement-risques de la Caisse, en plus d’être président du conseil d’administration d’Ivanhoé Cambridge.