(Toronto) Les adeptes de la consommation en ligne ont peut-être récemment remarqué de nouvelles options sur les pages de paiement de leurs détaillants préférés, en particulier une qui propose d’« acheter maintenant et payer plus tard ».

Tara Deschamps
La Presse Canadienne

En plus des méthodes de paiement habituelles comme les cartes de crédit et PayPal, des sociétés telles que les maquillages Sephora, les sacs à dos Herschel Supply et les produits de beauté Lush offrent de nouvelles options issues de technologies financières comme PayBright, Afterpay, Sezzle, Klarna, QuadPay et Affirm.

Ces nouveaux services se concentrent sur les achats nominaux et permettent aux consommateurs de payer en plusieurs versements, parfois sans intérêt — ce qui peut être attrayant pour les Canadiens à court d’argent pendant la pandémie COVID-19.

Cependant, les options ne sont pas sans embûches.

Après un processus de qualification, les services permettent aux consommateurs de payer leurs achats par petits versements étalés sur des semaines ou des mois et offrent parfois l’accès à un portail de suivi, où ils peuvent ajuster leurs paiements en cas de circonstances imprévues.

Certains, comme Afterpay, tirent la majeure partie de leurs revenus des détaillants et ne facturent pas de frais ou d’intérêts aux acheteurs, mais les experts les déconseillent, car ils encouragent souvent les consommateurs à dépenser au-delà de leurs moyens.

« La chose qui peut vraiment causer des ennuis est de penser que « oh, 20 $ par ici, 60 $ par là, ce n’est pas grand-chose », mais ces petits achats peuvent s’additionner très rapidement », observe Julia Faletski, conseillère financière de Vancouver pour CI Direct Investing.

« Seulement, personne ne veut se retrouver dans une situation où une veste en cuir est la chose qui coule ses finances. »

Cependant, malgré le risque de s’endetter trop profondément, ces services ont leurs avantages, note-t-elle.

Par exemple, si on accepte des taux d’intérêt de 0 % ou des taux inférieurs à ceux de sa carte de crédit et qu’on peut régler le paiement d’un article rapidement, alors ces services peuvent être appropriés.

Laura Nadler, directrice financière d’AfterPay U. S., explique que le service de son entreprise est idéal pour les consommateurs qui souhaitent échelonner les paiements pour s’aligner sur un budget ou la réception d’un chèque de paie toutes les deux semaines.

L’offre d’AfterPay, précise-t-elle, convient également aux personnes qui ne souhaitent pas contracter un prêt traditionnel ou payer des frais ou des intérêts.

Penser par étapes

Lorsqu’on décide d’utiliser un service de type « acheter maintenant et payer plus tard » pour un achat nominal, il faut penser par étape, estime Chantel Chapman, une consultante en littératie financière de Vancouver à l’origine de l’entreprise d’éducation What The Finances.

La première étape consiste à se demander pourquoi il y a tant d’urgence à acheter quelque chose. Beaucoup de gens dépensent pour éviter des émotions telles que l’ennui, la douleur ou le sentiment d’insuffisance, qui peuvent être gérées autrement, de façon plus saine, rappelle-t-elle.

La deuxième étape consiste à réfléchir à la raison pour laquelle on envisage un plan.

« On peut ressentir un sentiment de honte à l’idée de dépenser autant d’argent pour soi, et il peut être moins douloureux de l’étaler sur quatre mois, c’est donc quelque chose à surveiller », explique Mme Chapman.

La dernière étape consiste à réfléchir à ce dans quoi on s’embarque.

Les plans « acheter maintenant, payer plus tard » peuvent être difficiles à saisir et avoir un coût mental parce qu’on ajoute soudainement un paiement supplémentaire et récurrent à son budget mensuel, observe-t-elle.

Les plans peuvent devenir une mauvaise affaire si on a trop dépassé sa capacité d’achat, si on n’a aucune chance de pouvoir se permettre ce qu’on achète ou si on n’a pas examiné de près les conditions.

« Il faut s’assurer d’avoir une idée très claire de ce qu’on doit et […] s’assurer de respecter le calendrier des paiements, car si on prend du retard, c’est à ce moment que les pénalités deviennent vraiment importantes », souligne Mme Faletski.

Mme Nadler, d’AfterPay, indique que plus de 90 % de ses clients paient à temps et que ceux qui ne le font pas sont empêchés d’acheter plus d’articles.

Cependant, Mme Faletski avertit que les utilisateurs des services « acheter maintenant et payer plus tard » qui ne font pas attention peuvent rapidement voir leur pointage de crédit prendre un coup et se retrouver avec encore plus de dettes à rembourser.

Pour ceux qui se retrouvent dans cette situation, Mme Chapman estime qu’il est souvent temps de faire appel à des conseillers en crédit ou à des professionnels pour obtenir une aide dans l’élaboration d’un plan de rétablissement.

L’essentiel, dit-elle, est de réfléchir longuement et sérieusement lorsqu’on envisage d’avoir recours à ces plans d’achat et de ne pas ignorer les signaux d’alarme.

« Ceux qui se retrouvent dans une situation où ils n’ont que ces petites sommes d’argent […] ou ceux qui n’ont même plus d’argent pour acheter ces trucs […] ne devraient pas utiliser ces services de paiement. »