Le spécialiste de la location à court terme dit avoir accès à un potentiel de 15 000 à 20 000 chambres, à Montréal, New York et ailleurs

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Fondé à Montréal il y a huit ans, le spécialiste des séjours ponctuels Sonder affirme être courtisé par de nombreux propriétaires de tours de bureaux. Ces derniers aimeraient que Sonder occupe des étages avec des chambres à louer.

« Il y a une abondance de propriétaires qui nous contactent en ce moment pour nous dire “Mes locataires sont partis” ou “Mon édifice est vide et je suis prêt à faire des rénovations importantes. Combien d’étages voulez-vous ?” », lance Martin Picard, cofondateur et chef de l’immobilier chez Sonder.

« On a vraiment beaucoup d’opportunités à ce niveau-là présentement, à Montréal, à New York et un peu partout, à vrai dire. On doit avoir une possibilité de 15 000 à 20 000 chambres présentement qu’on examine en lien direct avec le phénomène des tours de bureaux qui pourraient potentiellement être converties », ajoute-t-il.

Sur le lot, il estime à au moins 1000 le nombre potentiel de ces chambres que des propriétaires de tours de bureaux de Montréal offrent de convertir pour Sonder.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Martin Picard, cofondateur et chef de l’immobilier chez Sonder

« Au cours des cinq à dix prochaines années, ça sera une des grandes opportunités pour nous », soutient Martin Picard.

Par son modèle d’affaires, Sonder signe des baux à long terme en tant que locataire principal ou unique d’un édifice avec des propriétaires immobiliers et s’occupe ensuite de louer les espaces pour des séjours à durée variable.

Si la pandémie cause des maux de tête aux hôteliers et aux propriétaires immobiliers, Martin Picard affirme s’en tirer plutôt bien, même si le taux d’occupation des espaces en location de Sonder a chuté à 40 % au pire de la crise plus tôt cette année. Le taux d’occupation des studios, lofts, appartements et chambres d’hôtel offerts par Sonder se maintient à 75 % depuis quelques mois, assure Martin Picard.

« On a le vent dans les voiles, dit-il. On a beaucoup d’espace pour aller chercher de la croissance à Montréal et ailleurs, comme en Europe par exemple, dans les prochaines années. »

Reconnaissance de la marque

Il explique qu’au lieu de gens qui passent trois ou quatre nuits, les clients passent présentement davantage 14 nuits ou un mois dans un appartement. « Avec l’incertitude, les gens apprécient avoir plus d’espace et une cuisine, par exemple. On commence même à monter les prix un peu. Avant la COVID-19, 25 % des réservations provenaient de notre site web sonder.com. Aujourd’hui, c’est 50 %. Les gens commencent à connaître le produit. Ils passent moins par booking.com ou Expedia. »

Martin Picard précise aussi qu’à La Nouvelle-Orléans, par exemple, des édifices au complet ont été loués par des gouvernements. « Un immeuble de 100 appartements a été demandé pour des infirmières et médecins qui ne veulent pas retourner dans leur famille. » Des clients sont aussi des consultants obligés de se déplacer pour le travail, dit-il, ou des familles qui prennent des vacances, mais qui ne veulent pas aller au restaurant et veulent une cuisine. Le produit fait en sorte qu’on performe. »

Sonder, dont le siège social est à San Francisco, s’est par ailleurs récemment joint à l’écosystème local avec l’adhésion à l’Association Hôtellerie Québec et à l’Association des hôtels du Grand Montréal.

Vers un siège social canadien

De retour à Montréal depuis quelques mois, Martin Picard souligne que le dossier du futur siège social de Sonder au pays chemine. « Les discussions sont assez avancées avec le gouvernement du Québec par rapport à l’ouverture d’un bureau d’envergure à Montréal qui serait notre siège social au Canada », dit-il.

« On discute encore avec Toronto et Vancouver, mais on est excité face à l’idée d’ouvrir ça à Montréal. Ça progresse bien. On continue de pousser en ce sens. Il n’y a encore rien de décidé, mais si on ouvre à Montréal, c’est certain que ça sera au centre-ville. »

Sonder, qui compte 140 employés à Montréal, a déjà un bureau dans le Plateau Mont-Royal et un autre dans le Mile End. « Ce qu’on voudrait, c’est un bureau au centre-ville pour pouvoir attirer un gros bassin d’employés. La pandémie ne change pas nos plans. »

Entre-temps, Sonder continue d’ajouter des espaces locatifs dans l’île de Montréal. « On vient de faire un de nos plus gros investissements au Québec (signature d’un bail à long terme), une propriété au coin de Mont-Royal et Drolet, un immeuble abandonné rénové de 53 unités. »

L’entreprise a aussi récemment accueilli l’ex-PDG de Vidéotron Manon Brouillette, au sein de son conseil d’administration, où elle représente les intérêts de la firme d’investissement iNovia, un important actionnaire de Sonder.

Pour ce qui est d’un éventuel premier appel public à l’épargne, Martin Picard parle d’un horizon de deux ans. « Si la pandémie peut passer, ça va nous aider à stabiliser nos prévisions financières avant de se lancer en Bourse. La COVID-19 nous a ralentis d’environ six mois dans nos objectifs. On a mis sur pause notre plan d’expansion pour stabiliser l’entreprise et lever du capital additionnel. Il faut rattraper ce temps avant de penser à aller en Bourse. »