La pénurie de main-d’œuvre au Québec était criante avant la pandémie. C’est encore le cas sept mois plus tard. Les entreprises et établissements des secteurs de la santé, manufacturier et des technologies de l’information, particulièrement, ont les bras grands ouverts pour accueillir des gens en recherche d’emploi. « Il y avait 19 000 postes vacants avant la pandémie dans le domaine manufacturier, note Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ). Actuellement, on a autant de difficulté qu’avant à les pourvoir. »

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Même son de cloche du côté d’Olymel, pour qui le besoin de personnel reste important. « Nous avons plus de postes à pourvoir actuellement, soutient Véronique Dion, directrice corporative, attraction et fidélisation, du transformateur de viande. On a perdu plusieurs personnes pendant la pandémie. On a notamment dû interrompre le service de navettes de Montréal. Mais plusieurs ne sont jamais revenus après. »

Olymel et MEQ montrent du doigt, entre autres, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pour les difficultés de recrutement et la disparition d’employés. « La PCU a eu beaucoup d’impacts sur les postes d’entrée, tels que ceux de journalier et de manutentionnaire, payés 15 $ de l’heure », note Véronique Proulx.

« On se bat beaucoup contre ce programme, ajoute Véronique Dion, qui cherche à pourvoir 1000 postes. À travers nos 40 établissements, on a enregistré plus d’une cinquantaine de départs qui ont pu être motivés par la générosité de la PCU. Mais on a confiance qu’un emploi permanent à long terme, avec un salaire garanti, des avantages sociaux et une possibilité de développer ses compétences et de progresser dans l’entreprise sera toujours plus attrayant qu’un programme temporaire. »

Le salon de l’emploi Événement Carrières virtuel 2020, qui s’ouvre aujourd’hui pour une semaine, fait foi de cette recherche active de main-d’œuvre. Cette année, il regroupe 215 exposants qui ont ensemble 7000 postes à offrir. L’an dernier, on dénombrait 250 exposants pour 10 000 postes à pourvoir. « On a une vingtaine d’établissements en santé et des résidences pour aînés, comme Chartwell, souligne le promoteur Éric Boutié. On compte une trentaine d’entreprises spécifiquement en TI. On a aussi beaucoup plus d’exposants en région, mais le côté virtuel de l’événement motive ça, cette année. »

Un bon son de cloche, ce salon virtuel, en ce qui a trait au manque de main-d’œuvre au Québec ? « Oui, répond Éric Boutié. Il y a un parallèle à faire avec les secteurs en croissance et en décroissance présentement. Il n’y a ni resto, ni hôtel, ni personne en tourisme, à part la Station Mont Tremblant, parmi les exposants cette année. C’est le reflet malheureux de ce qui se passe. Ces secteurs étaient présents l’an dernier. On avait même un pavillon Hôtellerie. »

La méconnaissance du secteur manufacturier explique aussi la pénurie d’employés, selon la PDG de MEQ. « Que veut dire être journalier ? Faire de la mécanique ? explique Véronique Proulx. La santé, on sait ce que c’est. Il est important de faire connaître le secteur et travailler sur la requalification et les connaissances exigées. Où sont les chômeurs et comment on les intéresse ? On fait beaucoup de sensibilisation auprès des jeunes à l’école. Ce n’est pas un secteur qui a toujours eu bonne presse. »

À cela s’ajoute une inadéquation par rapport aux endroits où se trouvent les occasions d’emplois et où réside la main-d’œuvre. « Saguenay, par exemple, peut avoir besoin de couturières alors que, historiquement, c’est en Beauce qu’elles se trouvent. »

De son côté, Olymel explique le nombre élevé de postes à pourvoir aussi en partie à cause de la demande plus élevée des produits de la part des consommateurs et de l’agrandissement de son usine de Saint-Damase, en Montérégie.

Le transformateur pense pourvoir une trentaine de postes cette année au terme de l’Événement Carrières. « Ce salon est plus destiné aux cols blancs, note-t-elle, mais on ne néglige aucune plateforme. »